Carm., IX
LES « HISPERICA FAMINA » 253
entre Gildas et l’auteur des Hisperica Famina. L'usage de quelques mots spéciaux au latin hispérique serait plus probant. Or, M. Zimmer n'a pu relever ! dans le De excidio que l'expression trans Tithicam vallem et Titane ?. Comme nous l'avons vu plus haut à, l'adjectif éithicus se rencontre dans les Hisperica Famina, et une glose du manuscrit de Luxembourg explique maris : titonis À. Dans Gildas, Titan signifie le soleil, comme l’admet Zimmer ?. Ce sens est confirmé par une glose contenue dans le Codex Sangallensis 912 5. Par suite, au moins pour ce mot, le rapport cesse d'exister entre les Hisperica Famina et l'ouvrage de Gildas. Reste Tithicam vallem. Il y a là évidemment une ressemblance entre les deux textes. Si fréquents que fussent les adjectifs dérivés en -icus dans le latin classique et le latin ecclésiastique 7, on ne peut supposer que, par une simple coincidence, l’auteur des Hisperica Famina et Gildas aient, chacun de leur côté, créé Tithicus d'après Tithys sur le modèle de ponticus dérivé de pontus 8. Mais le rapprochement admis, la date des Hisperica Famina ne se trouve pas déterminée avec plus de certitude : trois hypothèses en effet sont possibles : ou bien Gildas est le créateur de la forme fithicus, ou bien elle a été d'abord employée par l'auteur des Hisperica Famina, ou bien l’un et l'autre l'ont trouvée dans un même auteur. Nous ne serions pas complètement fixés, quand nous saurions ou que les Hisperica Famina sont antérieurs au De excidio Britanniae, ou qu'ils lui sont postérieurs, ou que les deux auteurs se sont inspirés d'un même recueil de gloses; notre incertitude redouble, quand aucun de ces points n’est déterminé. Les ressemblances entre le De excidio Britanniae et les Hisperica Famina ne sont donc pas décisives. Gildas n'a guère employé qu'un seul mot considéré jusqu’à présent comme purement hispérique. Les tendances qui se manifestent à la fois chez lui et dans les Hisperica Famina appa-
. Nenn. vind., p. 316 .- $ 19 (éd. Mommsen, p. 35).
Cf. page 245.
Lux., #4, 20, gl.
Id., p. 319.
. Titan : sol. Gütz, Corp. Gloss., IV, p. 212. Voir aussi Du Cange, Titan, ane. 1. Cf. Gœlzer, Latinité de saint Jérôme, p. 152. 8. Le sens s'oppose à ce qu'on voie dans les mots vallem tithicam un souvenir de l'expression vallem Tilanum qui se rencontre dans saint Ambroise, De fide, HI, 1,4 (M. 46, col. 590).
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raissent aussi dans des ouvrages qui n'ont évidemment aucune parenté avec ces textes. Pour qu'on soit en droit de les rapporter à une influence commune, il faudra qu'on ait prouvé, par ailleurs, que les Hisperica Famina ont été connus de Gildas. Que nous reste-t-il pour l'établir ?
Il nous reste la présence de gloses bretonnes à la suite de plusieurs des textes hispériques qui nous ont été conservés, et celle des mots hispériques dans le Juvencus de Cambridge. Nous trouvons, dans ce fait, la preuve que les Bretons ont connu cette langue étrange. Mais il ne s'ensuit pas qu'ils l'aient apprise au temps de Gildas, ni qu'ils en soient les inventeurs. Tous les manuscrits contenant des mots hispériques sont postérieurs à Gildas, et ne nous fournissent, par eux-mêmes, aucun renseignement sur la date et l'origine des compositions qu'ils ont reproduites. Ils pourraient avoir été copiés sur des manuscrits irlandais par des moines bretons, qui auraient noté, dans des gloses, le sens des mots qui leur était transmis. On ne s'est Jamais appuyé sur les gloses bretonnes du Martianus Capella de Cambridge ! pour soutenir que les Nuptiae ont été écrites par un Breton du vi° siècle.
Il n'est donc pas établi que les Hisperica Famina et la Lorica soient, à n'en pas douter, l'œuvre de Bretons. Par contre, nous possédons la preuve que le domaine de Ia littérature hispérique n'a pas été, en tout cas, limité à la Bretagne.
Si nous n'avons rencontré dans le De excidio qu'un seul mot hispérique, nous faisons une plus ample moisson dans l'hymne Altus prosator. Nous y relevons le mot Tithis avec sa forme grecque ?, dodrans à, scropibus *, iduma®. Comme nous l'avons fait plus haut, nous laissons de côté les mots en -men f, les hellénismes fréquents ?, dont l'imitation du latin ecclésiastique peul expliquer la présence. L'hymne Altus prosator a été composé au vi® siècle, au plus tard; les emprunts évidents faits à l’ancienne version de l'Écriture 8 en font foi. D'autre part, si on a pu nier
1. Le Codex CC. 153 date du vur” siècle. Cf. Ziminer, Nenn. vind., p. 3èt ; Wh. Stokes, Beitr. 3. vergl. Sprach., VIE, p. 385.