Id
ment la récitation des psaumes, mais l'étude du texte saint. Hilda était célèbre par sa science de l'Écriture autant que par sa sainteté. Le zèle que les moines, établis dans cette région, apportaient au travail, nous est attesté par le soin de leurs copistes. M. Berger a remarqué « qu'une partie de nos meilleurs manuscrits des Évangiles dutypeirlandais proviennent de Northumbrie et de Mercie ! ». I y a donc lieu de croire que, adoptant ainsi les coutumes des monastères irlandais, les moines de Lindisfarne et de Streaneshalch, ou tout au moins certains d'entre eux, ont, dès le début, étudié les lettres classiques et connu ce qu'on en apprenait en Irlande. La prudence qui nous a souvent conduits à restreindre le sens des mots « lettres sacrées » soit en Gaule, soit ailleurs, alors que l'enseignement des lettres classiques, ou bien était abandonné, ou bien n'avait pas encore été introduit dans les monastères, ne nous impose pas les mêmes devoirs, quand il s'agit d'écoles fondées en Grande-Bretagne, au vir® siècle, par les Irlandais. Là, nous sommes en présence d'un type d'enseignement admettant, en partie et pour quelques-uns au moins, l'étude des arts libéraux. Nous pouvons donc, sans contradiction, étendre le sens de la lecture sacrée, et supposer qu'Aidan lui-même et plusieurs de ses disciples s'aidèrent de la science antique, comme saint Columban, pour parvenir à la pleine connaissance de l Écriture. Nous reconnaissons d'ailleurs que ce n'est là qu'une hypothèse, qui pour changer de caractère, aurait besoin d'être appuyée sur des faits ©.
L'Église romaine en Angleterre au VII": siècle.
Pendant que, dans les royaumes du nord, les moines irlandais établissaient des centres d'instruction religieuse ; pendant que, sortis d'Armagh ou d’Iona, ils attribuaient une place prépondérante à la lecture sacrée, et apportaient, dans leur enseignement, tout au moins le germe de la culture classique ; dans les royaumes du sud, l'évangélisation était, depuis 597, l'œuvre de l'Église romaine.
4. Rev. Cell., VI, p. 349. Cf. du même auteur, Histoire de la Vulgate, p. #&.
2. fl est question dans Bède (TT, 13} d'un scolasticus de genere Scottorum, doctus quidemm vir studio litlerarum. I vivait après 642, puisqu'il est cité à propos d'un miracle accompli par les reliques de saint Oswald,
C'est à cette date, en effet, que le futur archevêque de Canterbury, Augustin, et ses quarante moines, envoyés par le pape Grégoire le Grand, avaient débarqué dans l’île de Thanet !.
Mais des écoles, où l’on enseignät les lettres classiques, ne devaient pas s'ouvrir dès leur arrivée. Augustin s'occupait avant tout de catéchiser et d'amener au christianisme de nouveaux adeptes « par la prédication, par les miracles, par l'exemple d’une vie pure et le mépris des Jouissances terrestres ? ». Dans la correspondance de Grégoire le Grand et d’Augustin, où le pape entre pourtant dans le détail de l'organisation ecclésiastique, il n’est pas question des écoles. L'œuvre de la nouvelle Église était, ainsi que l'indique le pape Grégoire dans une lettre au roi Aethilbert *, de détruire le paganisme et de réformer les mœurs. C'était une tâche suffisante, et qui ne laissait guère de place pour une autre préoccupation. Augustin fut bien accueilli, et la mission sembla d’abord assurée d'un brillant succès. Le zèle religieux de Berthe, fille du roi Charibert, qui avait épousé le roi de Kent, Aethilbert, aida singulièrement saint Augustin. Mais le succès n'était qu'apparent; le christianisme n'était pas accepté, et il fallait toute l’autorité du roi pour que la population le subît 4. En 616, c'est-à-dire vingt ans après l’arrivée d'Augustin, l'avènement d'Eadwald, fils d’Aethilbert, fut marqué par un retour au paganisme *. L'œuvre parut, gi compromise, que les successeurs d'Augustin, Mellitus et Justæ, quittèrent la Bretagne. Les deux évêques ne tardèrent pas à revenir; la crise était donc passagère; mais elle prouve combien peu le christianisme avait pris racine, au cours de ces vingt années. L'Eglise nouvelle avait surtout le souci de vivre, et elle vivait sur ses propres ressources, avec le concours de prêtres venus de Rome, sans espoir de trouver, de suite, en Angleterre les éléments d'un clergé national.
Dans ces conditions d'’instabilité, l’hypothèse d'un enseignement méthodique de la lecture sacrée, donné à des Anglo-Saxons par les missionnaires, est bien hasardeuse. On est encore plus disposé à la
1. Bède, Hist. Ecel., 1, 25. Cf. pourlestextes relatifs àcette mission, Haddan and Stubbs, Councils, II, p. 3 et suiv.; pour saint Augustin, Brou, Saint Augustin de Canterbury et ses compagnons, p. 51. Une inscription du parvis de S. Gregorio Magno sur le Cælius, à Rome, conserve le nom des prêtres qui aidèrent Augustin dans son apostolat.