Id, I
mettre en doute, quand on se rappelle les préventions de Grégoire le Grand à l'égard de l'antiquité profane. On ne le voit guère recommandant, sans une nécessité absolue, en Bretagne ce dont il condamnait l'usage en Gaule. Pour que l'Église romaine encourage les lettres classiques, il faudra que Grégoire soit mort ; il faudra aussi que, par le progrès des moines irlandais dans la conversion de l'Angleterre, le contact s’établisse entre eux et les missionnaires venus de Rome. Alors, soit que ceux-ci aient été gagnés à l'exemple de leurs rivaux !, soit qu à ce moment seul, ils se soient trouvés en état de le suivre, ils sentiront la nécessité de s'éclairer des lettres antiques dans leur méditation de l'Écriture, et le pape Vitalien enverra en Bretagne Théodore et Hadrien.
Jusque-là, le seul enseignement institué par l'Église romaine fut le chant d'église ; c'est du moins le seul dont Bède fasse mention. Il y revient à plusieurs reprises, mais chaque fois pour citer le même diacre Jacob qui, vers 635, à York, enseignait « le chant d'église suivant l'usage de Rome et du Kent ? ».
Nous avons eu déjà l'occasion de constater que l’enseignement du chant d'église ne supposait pas nécessairement l'existence d'un cycle complet d'études %. Il fallait, il est vrai, prononcer correctement le latin en tenant compte de la ponctuation et de la place de l'accent; et, plus tard, nous verrons les moines saxons étudier les grammairiens pour parvenir à ce résultat #. Mais il est évident qu'à cette époque, dans la transmission du chant grégorien, on dut surtout faire appel à la mémoire des chantres *, et leur demander de reproduire simplement la cantilène qu'on chantait devant eux. Comme, au vu® siècle, l'effort de l'Église romaine, dans les régions évangélisées par l'Eglise celtique, tendait avant tout à substituer la liturgie de Rome à celle des Irlandais 6, il est inutile de supposer qu'à York, où il avait été appelé par Paulin, le diacre Jacob
1. Nous n'avons pas ici à nous occuper de l'argument qu'on pourrait tirer de l'observation de la règle bénédictine en Angleterre. Outre qu'à notre sens, nous l'avons vu, elle n’imposait pas l'étude des lettres, elle ne fut introduite que plus tard chez [es Anglo-Saxons, par Wilfrid (+ 709). De plus, celui-ci avait été à Lindisfarne (.Eddi, Vita Wülf., 2. Gale, Hist. Script. p. 52), ce qui dut préciser dans son esprit 1e sens et les limites de la lecture sacrée.