‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 256 sur 404 · Epist. ad Eahfridum (M. 89, col · texte numérisé non relu

Epist. ad Eahfridum (M. 89, col

Pâques continuant à troubler la vie religieuse de l'Occident, ils étudieront le comput et le cours des astres. En s'elforçant d’expliquer les mots, de comprendre certains phénomènes, ils en rencontreront d'autres qui entraîneront plus loin leur curiosité; et ainsi, peu à peu, ils constitueront un programme d'étude.

Ce moment était arrivé pour l'Angleterre. Depuis 650, les moines avaient profité d’une ère de paix relative; les controverses avaient excité leur ardeur. En continuels rapports avec les Églises irlandaise et bretonne, des moines de Northumbrie, d'Est-Anglie, de Mercie, du pays de Galles avaient été familiarisés avec la tradition qui y avait été reprise, et qui admettait l'étude des arts libéraux dans la vie religieuse.

Quand la règle bénédictine fut introduite en Angleterre, soit par Wilfrid d'York!, soit avec des modifications par Benoît Biscop et Ceolfrid ?, le sens de la lecture divine et l'orientation des études, qui y préparaient, étaient fixés pour le clergé de ce pays. Je ne sais si, dans les monastères où cette règle fut appliquée, on réduisit aux deux heures quotidiennes, prescrites par saint Benoit, la lecture incessante, recommandée aux moines de Lindisfarne par l'exemple d’Aidan, mais, du moins, le principe régissant les méthodes d'enseignement ne fut pas modifié. Sur ce point, l'Église romaine ne combattit pas les Irlandais ; elle ne l'aurait pu d'ailleurs sans favoriser ses rivaux. Du moment que ceux-ci avaient reconnu la nécessité des études, comme autrefois les Pères de l'Église, les missionnaires venus de Rome et leurs partisans étaient contraints d'acquérir une culture au moins égale à celle de leurs adversaires. Les circonstances empêchèrent que, sur ce point, les deux Églises fussent séparées. Il n'en est pas moins vrai qu'aux missionnaires sortis d'Iona et de Lindisfarne, et aussi peut-être, nous ne devons pas l'oublier, aux moines bretons successeurs de Gildas, revient l'honneur d'avoir implanté en Angleterre les études classiques, et indiqué dans quel sens l'éducation chrétienne devait s'en servir. Que leur indépendance disparût, et que ceux qui demeuraient fussent absorbés dans le clergé romain, il importait peu. Grâce à leur long établissement, ils laissaient une empreinte profonde sur les institutions religieuses. Pendant la période de lutte

1. Vila Wilfridi, 45 (Gale, p. 76). Cf. Lingard, Les antiquités de l'Église anglo-saxonne, p. 143. Mabillon, Acta SS., IV, 1, p. 672-3.

2. Bède, Vita SS. Abb., II (M. 9%, col. 725). Cf. Alcuin, Epist. 19 ad Wirensis et Gyrvensis Écclesiae fratres (Epist. Mer. el Kar., 1, p. 54).

ou d'entente avec l’Église romaine, l'Église irlandaise lui avait communiqué ou imposé un principe et une méthode d’enseignement. La fusion s’opéra par des hommes comme Jean de Béverler, comme Benoît Biscop, et même comme Wilfrid d'York, en dépit de son intransigeante hostilité contre l'Église celtique. C'est en eux que se fit le contact entre l'Église irlandaise et l'Église romaine, dont l'union devait être si féconde pour l'enseignement monastique.

Les Irlandais transmirent aux Anglo-Saxons la culture classique, telle qu'ils l'avaient conçue à cette époque, réduite à des limites assez étroites, détachée des souvenirs païens, et mise au service de la foi. Il restait beaucoup à faire pour que les lettres antiques atteignissent au développement auquel elles parvinrent dans les écoles de Jarrow et d’York.

Théodore et Hadrien.

En 668*, le rs Vitalien rendait hommage à l'instruction du clergé d'Angleterre. Ayant à donner un successeur à l'archevêque de Canterbury, il le choisit parmi les hommes les plus instruits de l'époque. Sur le refus d'Hadrien, il désigna Théodore, mais Hadrien accompagna son ami en Angleterre 5. Hadrien, Africain de naissance était abbé d’un monastère voisin de Naples *, « Il était, dit Bède *, péné-

4. L'étude des manuscrits a permis de constater dans l'écriture cette double influence. Cf. Prou, Manuel de paléographie, p. #1 ; Blass, Latein. Palaeogr. dans I. Müller, Handbuch der Klass. Alt.- Wiss., 1, 4, p. 302.

2, On date souvent de 668 la mission de Théodore. Il fut nommé et consacré en 668 (Bède, Hist. Eccl., IV, 4, Reg. Pont. Rom. Jaffé, I, p. 236), et il débarqua en Grande-Bretagne en 669 (Bède, id., IV, 2). Cf. Haddan and Stubbs, Councils, Uf, p. 114. Hadrien le rejoignit plus tard, peut-être en 670 (Plummer, Il, p. 329).

3. D'après Montalembert, Les moines d'Occident, IV, p. 206, le pape Vitalien aurait tenu à ce que Hadrien accompagnät Théodore, « afin de veiller à ce qu'il n'introduisit rien dans cette Eglise de contraire à la foi orthodoxe, comme le faisaient souvent les Grecs ». Cette tutelle parait quelque peu étrange.

&. Les mss. de Bède donnent Hiridano monasterio (Hist. Eccl., IV, 1! Dugdale l'appelle Niridia (Monast. Anglic., 1, p. 120). M. Morin propose, avec M. Holder, Nixidano (Rer. Bénéd., VIIT, 4891, p. 482), et M. Plummer, Niridano (Ct. id., notes, Il, p. 202).

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