DE
Aldhelm, il faut nettement distinguer le poète et le prosateur. Si l’un est en général mesuré et lisible, l'autre est trop souvent exubérant jusqu à l'extravagance.
Taine, qui n'a examiné que sa prose, lui a consacré quelques pages sévères, et il a expliqué l'étrangeté de son style par l'opposition du génie latin et du génie saxon : « La puissante imagination #ermanique, dit-11!, où les visions éclatantes et obscures affluent subitement et débordent par saccades, faisait contraste avec l'espril raisonneur dont les idées ne se rangent et ne se déroulent quen files régulières, en sorte que, si le barbare, dans ses essuis classiques, gardait quelque portion de ses instincts primitifs, ilne parvenait qu'à produire une sorte de monstre grotesque et affreux. » Taine ne jugeut œuère Aldhelm que sur l'épitre à Eahfrid, où ses défauts habituels sont outrés, mais 1l nous semble avoir mis en pleine lumière la cause de son exubérance. C'est Pun des traits caractéristiques de son éducation. que le génie latin n'ait pas eu sur Jui plus de prise, et n'ait pas tempéré le débordement de l'imagination germanique.
A vrai dire, Aldhelm n'avait guère pratiqué les auteurs de la bonne époque. Dans tous ses écrits, M. Manitius n'a relevé qu'un souvenir de Pline le Jeune et deux de Cicéron, appartenant l'un ct l’autre à la seconde action contre Verrès?. Ajoutons une citation de Cicéron, /n Pisonemm, d'après Priscien *, une autre de Pline l'Ancien ‘ (?), unetroisième de Salluste, encore d'après Priscien *. Il fait un plus grand usage du traité encyclopédique de Suétone, les Prata*. et de Solin, qui lui rendaient les mêmes services qu'Isidore de Séville: et surtout 1l connait mieux la littérature chrétienne ; il cite Orose, inexactement, 1l est vrai, la Chronique d'Eusèbe, remaniée par saint Jérome ; les Dialoques, de Grégoire; saint Augustin, dont il nomme les Confessions, les traités du Libre arbitre, du Maitre et de la Musique ; Sulpice Sévère, dont il utilise la Vie de
1, ist. de La Lit angl, Xp. 67.
2, Voir, pour tous ces emprunts, Manilius, Sifz., p. 546 et suiv. ; pour Cicé-
ron, p. 6501).