‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 265 sur 404 · Aldhelm, De sept. M. 894, col · texte numérisé non relu

Aldhelm, De sept. M. 894, col

cien, HE 3+ (Keil, FL p. 1091.

+. Aldhelm, éd. {col. 2107.

. Id., id. {col, 225 Salluste, Jugurtha, 100, 2, d'après Priscien, TE, ?à

Reg pee.

6, Manitius (op. étf., p. 606! suppose qu'Aldhelm eut à sa disposition le

22#:,Cic., ca Pisonem, 2, 59, d'après Pris-

Traité sur les cris d'animaux.

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saint Martin; saint Cyprien, Cassien, etc. Enfin, il cite fréquemment le texte latin de l'Écriture !.

Ce n'est pas des classiques qu'Aldhelm s’est inspiré dans sa prose, et l'on n'aperçoit pas qu’au point de vue de la composition ni de la forme, il ait subi leur influence, même indirectement, à travers les écrivains ecclésiastiques qui s'en étaient pénétrés. Il s’en faut d'ailleurs qu'il atteigne toujours à l'extravagance qui a Justement choqué Taine. En lisant l’épitre à Eahfrid, on se demande d’abord si ce n'est pas une plaisanterie, quelque chose comme le chapitre où Rabelais raille les latiniseurs de son temps. Peut-être Aldhelm at-il voulu, écrivant à un homme qui étudiait en Irlande, montrer quon pouvait posséder un beau style sans avoir entrepris ce voyage. À la fin de sa lettre, il demande, non sans quelque aigreur, pourquoi tant de gens émigrent en [rlande, quand ils trouveraient en Bretagne des maîtres argiens et des ciloyens romains. Peutêtre aussi l'école littéraire qui avait produit les Yisperica Famina avait-elle encore des admirateurs qu'Aldhelm eut le désir de satisfaire *. Toujours est-il que cette lettre diffère sensiblement du reste de son œuvre. Les lettres à Géronte, à Haëddi, à un clerc de Wilfrid, pour ne citer que celles-là, sont tout à fait intelligibles. D'ailleurs, Aldhelm lui-même nous a contié qu'il avait deux styles ; quand il était pressé, il écrivait vite, sans s'écarter du sujet (cursim pedetemptim *); dans le cas contraire, il se laissait entraîner par la douceur du bavardage (garrulo verbositatts strepitu *) ; alors, il ne gardait plus aucune mesure; il parlait un langage tuméfié, débordant de mots abstraits, d'images, de périphrases, d'hellénismes, chargé d'allitérations ?, difficile à suivre et impossible à tra-

1. Il est difficile de décider si Aldhelm a lu l'Écriture dans Ja Vulsate ov dans une autre version. Cf. Manitius, Sifs., p. 386. [ semble qu'il ait eu plusieurs versions entre Iles mains. M. Plummer ,Baedae opera, 1, p. 313: pense que, comme Bède, il s'est servi tantôt de l’une, tantôt de l'autre ; il en fournit deux exemples qui sont probants.

2. Voir, page 256, Les ressemblances sirnalées entre la langue d'\dhelm gtcelle des Hisperica Famina. UN resterait encore une hypothèse, c'est que eette lettre ne soit pas d'Aldhelm. Mais certaines parties rappellent très exactement ses habitudes de style, et il n'y à pas de raison suflisante pour la raver de son œuvre,

3. M. 89, col. 87 Æpist. Mer. et Kar., 1 pe 246,05 (id, 236, 100.

+. Epist. Heddar, M. col, 96, Epist. Mer. el Kar.s 1, p. 237. CC sur Haeddi, Hahn, Bonifaz und Lull, p. 30.

5. Au début de la lettre à Eahfrid, on trouve 15 mots de suite commencant par un p.

duire, aucune langue ne possédant un vocabulaire assez ample ou assez vague pour rendre sa prolixité et son imprécision.

Ce n'est pas qu'Aldhelm ait créé beaucoup de mots ; le nombre de ceux qu'on peut lui attribuer en propre est relativement restreint; encore, parmi ceux-ci, en est-il qu'il a dû emprunter, sans que nous avons pu le vérifier !. Mais s'il ne crée pas. Aldhelm use d'un procédé commode pour accroître les ressources de son langage ; il ne met aucune distinction entre les auteurs, emprunte indifféremment aux prosateurs et aux poètes, ne sinquiète n1 des nuances qui différencient les synonymes, ni des locutions, dans lesquelles l'usage a enfermé plus ou moins strictement les mots. Enfin il accentue la tendance qu'avaient les Pères de l'Église à employer des hellénismes. Il s'ensuit que, si Aldhelm présente une grande variété dans l'expression, — et, se répétant à satiété, 1] y a un certain mérite, — il le doit à son mépris pour le choix et la propriété des termes. Là encure, on ne peut faire de lui le disciple des classiques. Des auteurs qu'il a lus. il n'a guère retenu que des mots, il ne leur demandait que d'accroître son vocabulaire. Jusqu à un certain point même, les répertoires qu'Aldhelm

1. Cf. Archir f. lat. Ler, K, p. 110, 266, 468, et III, p. 131, 251, 495. L'auteur a relevé, dans Aldhelm, une cinquantaine de mots nouveaux, Mais beaucoup n'ont pas élé créés par lui, Par exemple (TT, p. 136), des mots comme gralulo = gloltoro, pour désigner le cri de la CIgogne, gritlo — grocio, erocio, pour désigner le cri du corbeau, ont été très probablement empruntés par Aldhelm au Traité sur les cris d'animaux qu'il a eu entre les mains et qui est perdu aujourd'hui, Nous avons examiné, au point de vue de la langue, quelques lignes de FEpistola ad Eahfridum (jusqu'à Quamobrem). Nous relevons seulement, comme térmesinconnus ou d'un emploi exceptionnel: adverbe siticudose, formé régulièrement d'après siticulosus: aethralibus, qui est familier à Aldhelm ; contribula, au lieu de confribulis. Les mots prosalor, peccamen, oramen, municipatus, rumigerulus, allithronus, repatrians, almilas, propalare, alternatim, sarcinalus se rencontrent dans des auteurs qu'Aldhelm a pu connailre. J'écarte : ermuli, où Du Cange restilue à bon droit hinnuli (art. ermulus elcerrulus\;cireio (en qui il faut peut-être voir un doublet de circius) ; sugens. il faut peut-être Tire : her sophiae seges metebatur); cireili (CF. Archir f. dat. Lexr., 1. p. 266,: fretantium (qu'il faut peut-être lire frequentantium). Quant aux hellénismes contenus dans ce passase, des mots comme hiymnizemus, proloplasmatorum se lrouvent dans les auteurs chréliens. Le barbarisme pantorum appartient en propre à Aldhelm, mais provient peut-etre d'une faute de copie. Les mots ad doxam onomatis {= los Kyrie devraient ètre écrits en caractères grecs. Pour la signification, notons le mot sons qu'\ldhelm considère comime un nom neutre el auquel il donne, dans ce

passage, le sens de crime,

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a consultés, et, en dehors des Etymologiae, il dut avoir entre les mains des recueils de gloses. ont été pour lui une source d'inspiration !. Il lui arrive de parler, pour employer des termes récemment appris, et il est telle phrase de lui, qui semble construite sur des mots donnés ?. C'est l'écolier que nous surprenons ici, s'exerçant dans une langue quil connaît mal, et abusant des vocabulaires techniques que, d'une part, l'ignorance de la langue, et, d'autre part, le maniement des allégories, si chères aux écrivains ecclésiastiques, l'incitaient à étudier.

Tel est le prosateur. Abordons maintenant le poète *. [l semblerait que les libertés du langage poétique et la faculté d'employer des images offraient, à la subtilité d'Aldhelm, une matière plus riche encore que la prose. Pourtant ses vers sont la partie de son œuvre la plus intelligible. C'est qu'ici, il a été mieux guidé dans le choix de ses modèles, et surtout qu'il a été contraint à plus de retenue par son inexpérience. Ces deux influences se sont heureusement exercées aux dépens de sa personnalité.

Dans la liste! des auteurs qu'il imite, à côté de Sedulius, de Juvencus, de Prudence, d'Ausone, de Prosper d'Aquitaine, de Sidoine Apollinaire, de Paulin de Périgueux. de Dracontius, d'A vit, d'Arator, de Corippus, de Fortunat, etc... on trouve les noms de Virgile, d'Ovide, d'Horace, de Térence, de Sénèque le Tragique, de Perse, de Juvénal, de Lucain, de Claudien, etc. * Ces poètes, il ne les connaît pas seulement par les grammairiens ; dans le relevé de M. Manitius. la liste des emprunts ou citations de Virgile occupe

1. Ainsi Aldhelm dit indifféremment : pour le pied, pes et planta, qu'il trouve rapprochés dans Isidore {Ælym., XF, 1); pour le vin, defrutum (De octo princ. vitiis, v. 67, M. col. 282), et sapa |id., v. 80) qui sont donnés par Isidore dans son chapitre de potu ,;Etym., XX, 31. S'il veut parler de tuiles, il emploie successivement {De laud, Virg., 60, M col. 159) les deux mots {egulae et imbrices qu'Isidore a réunis dans la méme phrase (Etym.. XV, 8:

2. Ainsi: De laud. Virg. (M. 89, col. 159): « Velut jactis jam rhelorieis fundamentis ac construclis prosae parietibus cum tegulis trochaïecis et dactilicis metrorum imbricibus firmissimum eulmen ealesti confisus suffragio imponam. » [sidore {Ætym., XV, 8: parle d'abord du fundamentum, puis du Paries, puis du culmen. et plus loin des tegulae et des imbrices.

3. Voir, pour la partie technique de son œuvre, le chapitre X.

4. Pour cetle étude des sources poétiques d'Aldhelin, nous devons beaucoup à M. Manilius (Si43., p. 550 el suivi.

. [ connait aussi Proba ; De sept., col. 226:, Symposius à qui il a beaucoup emprunté td, col. 170.

douze pages, et toutes les parties de son œuvre y figurent !. Dans son traité, il cite, à l'appui de ses règles, des exemples pris indifféremment dans les poètes chrétiens et païens ; dans un passage mème, il semble recommander les types de vers qui se rencontrent dans Virgile *, bien que, dans la pratique, il ait suivi de préférence les poètes chrétiens. Aldhelm, poète, a été retenu par la difficulté du vers métrique. Avant tout, illuia fallu connaitrela quantité *. Apprendre les formes et la syntaxe du latin était déjà malaisé pour un Saxen: mais, du moins, sur ce domaine, il n'avait à triompher que de son ignorance; nayant Jamais parlé latin auparavant, il n'avait pas à chasser de sa mémoire les formes barbares qui, en Gaule par exemple, constituaient le fond du langage. Les moines de Malmesburv ou de Jarrow n avaient pas, pour langue maternelle, une parodie de l’idiome qu’ils devaient étudier. La versification était autrement difficile. Ce n'était pas seulement la quantité qu'Aldhelm dut apprendre; il lui fallut se rendre compte qu'une versification pouvait être fondée sur la durée des syllabes. Des vers, il en connaissait : loin d'interdire les chants populaires si Hands chez les Saxons, l'Église s'en servait pour répandre la doctrine chrétienne. Mais ces rvthmes, qui chantaient dans sa niémoire, ne pouvaient l'aider en rien à comprendre la versification antique. Tous les poèmes saxons que nous avons de cette époque sont en vers rithmiques. Bien plus, AldheÏm rencontrait, même en latin, un type de versification rythmique. Les hymnes lui en offraient maint exemple: lui-même a fait des vers latins dont le rythme est constitué par le retour d'un accent à certaines places *. Dans ces conditions, loin de compter sur l'oreille pour distinguer les brèves et les longues, il devait se méfier d'elle et des erreurs provenant de coïncidences accidentelles.

Cette difficulté eut pour Aldhelm une heureuse conséquence; elle le contraignit à la prudence. Lui qui, en prose, s'abandonne au verbiage sans retenue, montre plus de réserve dans ses vers. Il

1. Aldhelm cite {De sept., col. 207 le Paedagogus attribué à Virgile. Les vers qu'il en détache se retrouvent dans TAnthologie africaine publiée par Mile Poet. lat. mir AV, p.161,

. De sept. col. 179).

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