‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 291 sur 404 · Anst., I, 1 (M. 70, col · texte numérisé non relu

Anst., I, 1 (M. 70, col

4. Cette formule est empruntée à divers grammairiens. Charisius esl le seul chez qui on trouve les quatre mots réunis par Alcuin, il y ajoute l'analogie (K., L. p. 1). Quintilien dit (/nst. orat., I, 6) : « Sermo constat ration. vetustale, auctoritate, consuetudine »; Audax (K. VII, p. 322 [presque dans les mêmes termes que Maximus Victorinus (K., VI, p. 489)] :« Ratione, auctorilate, consuetudine. » Diomède:iK., 1, p. #39) : « Natura, analogia, consuétudine, aueloritale, »

5. K.,1, p. #39 : « Natura verborum nominumque immutabilis est, nec quiquam aut minus aut plus tradidit nobis quam quod accepit. Nam si quis dicel scrimbo pro eo quod est scribo, non analogiae virtute sed naturae ipsius ous lilutione convincitur, »

xt siècles 1. Par le mot ratio, Quintilien entendait principalement l'analogie et aussi l'étymologie ?; et 1l avait le soin de remarquer qu'il fallait se défier de l’une et de l’autre. Nous rencontrons le mot avec un sens plus général dans l'abrégé de grammaire attribué à saint Augustin 3. La ratio y est assimilée à l’ars, c'est-à-dire à la connaissance des règles. Il est probable qu'Alcuin l’entendait de même. Le mot vetustas devait disparaître dans la définition d’Alcuin. L'idée qu'il se faisait, ainsi que Bède, de l'autorité en matière de langage, ne lui permettait pas d'admettre un mot ou une forme, uniquement par respect pour son antiquité.

Nous arrivons aux deux mots les plus intéressants : l'autorité et l'usage. « L'autorité, dit Quintilien, est ordinairement tirée des orateurs et des historiens... Quant à l'usage, c'est le maître du langage le plus sûr ; pour la langue, comme pour la monnaie, on doit se servir de ce qui a cours #. » Et, plus loin, 1l oppose nettement l'autorité à l'usage, quandil écrit : « Reste l'usage ; car 1l serait ridicule de préférer le langage qu’on a parlé à celui que l'on parle ÿ. » A les considérer ainsi, ces deux principes, autorité et usage, ne présentaient pas pour les Anglo-Saxons des différences réelles. Les mots, les tournures, la syntaxe du langage courant, ils ne les recevaient pas d'une population qui les leur imposât, ils les empruntaient, tout comme les mots, les tournures et la syntaxe de la langue littéraire. Des Francs auraient pu, à la rigueur, parler d'un usage; et encore Alcuin, alors même qu'il s’adressait à eux, n'aurait jamais pensé à appeler usage le latin corrompu de la langue rustique. Le latin écrit, savant, était désormais une langue morte; qu'on le parlât ou qu'on l’écrivit, on vivait sur l'emprunt, c'est-à-dire sur l'autorité. Pourquoi done Alcuin a-t-il conservé une distinction qui, en fait, n'avait plus sa raison d’être? Ce n’était pas par respect pour les grammairiens qui l'avaient adoptée : nous l'avons vu modifier leurs vues, quand il le jugeait nécessaire. C'est que, comme Bède, et, d'une manière générale, comme des grammairiens du moyen âge 6, il a étendu au latin écrit ce qui, jusqu’à un certain point, était vrai de la langue parlée; il a considéré le latin courant de l'Église

. Voir Thurot, Doctr. gramm., p. 122.

. Inst. orat., I, 6.

Ars S. Aug. pro fratrum mediocritate breviata (K., V,p. 49#).

. Inst. orat , 1, 6, 3. Quintilien le définit (id., #5) : consensum eruditorum. Id., 1,6, 43.

Cf. Thurot, Doct. gramm., p. 20+.

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d'Occident comme une langue vivante. Il a distingué la langue usuelle, adoptée et élargie par les Pères, et celle qu'on pouvait apprendre à l'école des écrivains. Il a eu ainsi le droit ou le prétexte d'opposer un usage à une autorité. Mais cet usage avait été artificiellement créé, et il était soutenu par le respect dû à certains textes. Quand un conflit se produisait, ce n'était donc pas en réalité entre l'usage et l'autorité, mais entre deux autorités. Ce caractère apparait bien, quand on recherche ce que Bède ou Alcuin entendent par le bon usage de la langue. On voit alors que, dans la société ecclésiastique, l'usage varie pour chacun, suivant que ses études et son goût ont élargi le cercle de ses emprunts. Au degré le plus humble, la grammaire s'appuie sur l'usage, pour enseigner la correction ; mais à mesure qu'on s'élève, l'influence des écrivains se fait plus nettement sentir. L'étude des textes tend continuellement à modifier l'usage qui s'est d'abord constitué, soit qu'on étudie seulement les Pères de l'Église, soit qu'on se hagarde à lire quelques-uns des auteurs classiques. Il se forme, à l'intérieur même du latin ecclésiastique, une distinction entre le latin des érudits et le latin des illettrés. Mais cette reconstitution d'une langue presque littéraire, scolastique, pour lui donner le nom qu'elle portait dans la Gaule du v° siècle, est limitée par le caractère sacro-saint du texte de l'Écriture, et par l'influence des Pères de l'Église. Les plus cultivés parmi les maîtres anglo-saxons, n’ont pas été des humanistes ; ils n'ont pas songé à reporter l'autorité en-matière de langage sur les seuls classiques. Nous n'aurons garde d'étabhr un rapport entre les théories qui régissent l’école du monastère anglo-saxon au vin* siècle et les vues d’un Bembo ou d'un Sadolet.

Bède, en effet, ne distingue pas, dans l'histoire de la langue latine, une époque asie qui s'imposerait à l’imitation. Le bon usage de la langue comprend, pour lui, tous les écrivains, de Térence jusqu’à ses propres contemporains. [1 invoque indifféremment Virgile! Cicéron * ou Salluste * et Jean le Scolastique *, saint Jérôme * ou Grégoire le Grand. Les premiers sont les anciens : veteres 1,

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