‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 293 sur 404 · Voir plus haut, p. 188, n · texte numérisé non relu

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ment élevés au-dessus des besoins propres de l'état monastique et qu'ils ont fourni, en si grand nombre, les essais littéraires que nous avons signalés. |

Traités des parties du discours.

Pour apprendre à écrire et à parler correctement, les Anglo- Saxons avaient à leur disposition un grand nombre d'ouvrages techniques.

En réunissant les témoignages que fournissent les ouvrages d'Aldhelm, de Bède, de Tatwin, de Boniface et d’Alcuin, ainsi que le catalogue de la bibliothèque d'York, inséré dans le poème d'Alcuin De sanctis Euboricensis Ecclesiae, nous pouvons dresser la liste des grammairiens que, selon toute apparence, les Anglo- Saxons connaissaient !. Elle comprend Verrius Flactous, Varron, Nonius Marcellus, Caper, Agroecius, Diomède ?, Charisius, souvent cité sous le nom de Cominianus à, Priscien 4, Donat ÿ, Sergius,

1. Devant relever plus loin, à propos de chacun des maîtres anglo-saxons, les sources qu'il a utilisées, nous nous contentons ici de dresser la liste des grammairiens imités. Pourtant nous indiquerons, dès maintenant, nos références pour ceux dont l’usage n'est pas assuré.

2. Aldhelm, semble-t-il, a imité Diomède : ainsi, De sept. (M. 89, col. 182; penthemimeris — semiquinaria, hephthemimeris = semiseptenaria), et Diomède, IK., 1, p. #97, ; Aldhelm, id, icol. 183), caesurae tetartitrochaïci quam quidam tetartebucolicon nuncupant, et Diomde, IT (K., I, p. #98). Le passage sur la coupe trochaïque cité par M. Manitius (Sifzungsherichte de l'Académie de Vienne, CXH, p. 594), Aldhelm., id, (col. 182: et Diomède, I {K., I, p. 94) ne nous parail pas probant.

3. Alcuin, De SS. Eub. Ecel., v. 1556 (p. 204). Voir sur Cominianus, Keil, I, p. xevri. |

4. Aldhelm, De Sept. (M. 89, col. 237) appelle Priscien : « Romanae lumen facundiae », et Alcuin, Gramm.iM. 101, col. 873) : « Latinae eloquentiae decus.» Aldhelm possédait un manuscrit de Priscien copié sur celui d'un certain Théodor: qu'il confond avec l'empereur Théodose. Cf. Hertz, ap. Keil, Il, p. vin. |

5. Aldhelm, De sept. M. 89, cl, 230) l'appelle : « illustris grammalicae artis commentlator, »

Servius !, Pompée *, Audax #, Eutychès #, Phocas, Probus, Consentius, Cassiodore, le grammairien Virgile 5, Isidore de Séville, saint Augustin de qui ils ont appris soit toute la grammaire, soit les parties du discours, Maximus Victorinus, Mallius Théodore, Palaemon à qui ils n'ont emprunté que la connaissance de la versification. Nous ne prétendons pas avoir cité tous les grammairiens connus en Grande-Bretagne au vni® et au vif siècles 6. Il est probable qu'ils étaient mieux partagés que nous ne le sommes, et qu'ils se sont servis d'ouvrages grammaticaux, qui, depuis, se sont perdus,

1. Sur les commentateurs de Donat dons l’enseignement des Anglo-Saxons, voir Manitius (Sifz., p. 594).

2. De SS. Eub. Eccl., v. 1556 (p. 204). C'est évidemment le commentateur de Donat, qui est nommé dans la liste d'Alcuin, et non Festus, comme le suppose Wright (Biographia britannica literaria, 1, p. 37).

3. Audax ayant imité de très près Max. Victorinus, il est souvent difficile de décider lequel des deux a été utilisé par les Anglo-Saxons. Ainsi, quoi qu'en dise M. Manitius (Siz., p. 600), nous ne voyons pas nettement si Aldhelm (De sept., M. 89, col. 173) a emprunté la théorie de l'hexamètre à Audax (K., VII, p. 336) ou à Victorinus (K., VI, p. 208). De même Aldhelm (col. 219) et Audax (K., VII, p. 323). Bède nomme Audax, De arte metr. (K., VIE, p. 2#1).

+. Alcuin, De SS. Eub. Eccl., v. 1556 (p. 20#). D’après M. Manitius (Siz., p. 597), Aldhelm aurait imité Eutychès. Le passage qu'il cite (Aldhelm, De sept. (M. 89, col. 231) aggero..., et Eutychès (K., V,p. 481) n'est pas prohant.

5. Bède, De orth. (K., VII, p. 282), et Virgile, Epil. V (Huemer, p. 40); Bède, td. (K., p. 289) et Virgile, id. ‘p. #8), etc. Pour Aldhelm, voir plus haut, p. 111, note 11.

6. Nous n'y faisons pas figurer Julien de Tolède avec M. Manitius (Sitz., p- 597). Il y a certes des ressemblances entre les passages d'Aldhelm et ceux de Julien qu'il a rapprochés : Aldhelm, De sept. iM. 89, col. 182)et Julien {édition de Rome, p. 34; ; Aldhelm, id. (col. 208) et Julien (id., p. 22) ; Aldhelm, id. (col. 213; et Julien (id., p. 22). Aucun de ces rapprochements ne nous parait probant. Dans le dernier passage, Aldhelm semble avoir paraphrasé Isidore (Etym., 1, 17), dont Julien s'est directement inspiré. M. Manitius (p. 598) suppose encore qu'Aldhelm a puisé dans Julien de Toléde la matière de son développement sur la divisio (M. col. 200); et, comme il ne rencontre pas le passage dans le grammairien espagnol, il suppose une lacune, contenant justement ce qu'Aldhelm aurait imité. Cette hypothèse est bien hasardeuse, Aldhelm, croyons-nous, trouva les éléments de sa théorie, soit dans Isidore (Etym., 1, 27), soit dans Sergius {K., IV, p. #81), soit dans Pompée {K., V, P. 123-4), dont Isidore s'est inspiré. Par contre, M. Manitius a relevé avec raison des ressemblances entre Aldhelm (M. col. 201; et le fragment de Bobbio (K., VIT, p.5##).— Nous n'avons pas rencontré d'indices permettant de croire que les grammairiens anglo-saxons aient utilisé Martianus Capella. Cf. Meier, Die sieben freien Künste im Mittelalter, p. 6.

ou gisent cachés dans des manuscrits inexplorés. Mais nous croyons avoir énuméré ceux à qui les maîtres anglo-saxons ont emprunté la majeure partie de leurs connaissances.

Des traités que les Anglo-Saxons avaient à leur disposition, aucun ne convenait exactement à leur enseignement : les uns étaient au-dessus de leurs forces, les autres au-dessous de leurs besoins.

Dans des ouvrages détaillés comme celui de Priscien, la grammaire était avant tout étudiée pour elle-même. Leurs auteurs s’adressaient à un public cultivé, dont la curiosité s'accommodait de recherches subtiles. Pénétrés des doctrines grammaticales élaborées par les Grecs, en particulier par Apollonius Dyscole !, ils avaient, pour la plupart, une tendance à confondre l'étude spéciale d'une langue avec celle du langage en général. Ils aimant déjà, comme les grammairiens logiciens du moyen âge, à raisonner sur l'ordre, la nature, les propriétés, la signification des parties du discours ?. De plus, 1ls n'avaient nul souci de séparer les grammaires grecque et latine. Un n traité, comme les Institutiones grammalicae, était, en somme, écrit par un érudit pour des érudits 5. Ce ne pouvaient être là des livres de classe pour les écoliers des monastères anglo-saxons : ceux-ci n'étaient ni des érudits ni des puristes. Lathéorie, la grammaire générale, l'étude simultanée du grec et du latin, tout cela ne pouvait être, pour eux, qu'une gêne. Ils étudiaient la grammaire, non pour aiguiser la finesse de leur jugement, non pour approfondir les modes de raisonnement, ou subtiliser sur le propre des parties du discours, mais pour de la langue de l’Église à laquelle ils appartenaient, et franchir un degré qui les rapprochät d'une étude supérieure et très différente, celle de l'Écriture. L'objet de leurs efforts était tout pratique, et, pour y parvenir, ils devaient user d’une méthode ayant le même caractère.

Les deux traités de Donat étaient bien mieux appropriés à leurs besoins, et nous savons qu'ils ont été continuellement employés dans les écoles anglo-saxonnes. L'auteur d’un traité, inséré dans les œuvres de Bède #, constate, qu’à force d'être utilisé, le texte de

{. Priscien, dédicace (K., I, p. 2); XVII, 4 (K., I, p. 197).

2. Voir, par exemple, Phicéion, XVII, 12 he II, p. 415); id., 22 (id. . 121); éd, 155 (id., p. 183), ete... ; Probus, Inst. (K., I, p. 50, 121-40, 140, 55, etc. ); Pompée (K., V,p. 147, 448, 151, 182, etc.).

3. Priscien s'excuse dédicace K., IT, p. 2) de ne pouvoir être bref.

4. Keil, V, 325, préface au Gate attribué à Bède et publié dans M. 90, col. 614.

Donat avait fini par être affreusement mutilé. Pourtant, le Donat présentait des lacunes. Les grammairiens romains l'avaient senti ; Servius, Sergius, Pompée avaient essayé d'y suppléer. Mais ils s'étaient placés à un point de vue qui n'était pas celui des Anglo- Saxons ; trop souvent, ils s'attardaient dans des commentaires inuüles. Aux élèves d'Aldhelm ou de Bède, 1l fallait enseigner la grammaire comme à des étrangers. Ils se souciaient peu qu'on grossit le Donat, si c'était pour en paraphraser le texte et en justifier tous les termes. Les changements qu'ils demandaient étaient d'un autre genre. Îls voulaient un livre plus simple encore et cependant plus complet. Donat pouvait être simplifié : préparant des enfants à étudier plus à fond la grammaire, le maître de saint Jérôme-avait adopté le cadre qu'ils devaient retrouver plus tard. Comme le fit Priscien, après lui. il avait étudié chaque espèce de mots dans ses accidents. Cette méthode avait l'inconvénient de mofceler l’étude des faits. Les maîtres anglo-saxons, qui n'étaient pas tenus par les études postérieures de leurs élèves, auraient pu y renoncer ; ils ne l’osèrent pas, tant était grand le respect inspiré par Donat, mais ils y obvièrent, en introduisant dans l'Ars major des tableaux, où l’on vovait d'ensemble les formes conjuguées et déclinées, comme l'avaient déjà fait certains grammairiens anciens. A cette modification, ils en ajoutèrent d'autres ; ils insistèrent sur les genres, ils donnèrent plus complètement les temps primitifs des verbes. En un mot, leur effort se porta sur les questions qui, délicates pour des écoliers romains, constituaient une difficulté extrème pour des étrangers.

Nous avons plusieurs témoignages de ce travail d'adaptation : le traité publié dans les œuvres douteuses de Bède sous le titre : Cunabula grammaticae artis Donati a Beda restiluta, ceux de Tatwin, de Boniface et d’Alcuin. Ce n'est sans doute qu une faible partie des ouvrages composés par les maitres anglo-saxons. Ainsi nous ne possédons pas le traité qu'Aldhelm avait écrit, et auquel il fait allusion dans le De septenario ou Epistola ad Acircium !. Les quatre livres cités plus haut, suffisent pour que nous apercevions avec netteté dans quel sens les Anglo-Saxons ont orienté l'enseignement grammatical.

Bède n'a pas mentionné, à la fin de son Histoire ecclésiastique ?,

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