‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 30 sur 404 · OO · texte numérisé non relu

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avocats, de tous ceux qui exerçaient une action au tribunal, dans les curies, dans les présidences, dans les gouvernements et bientôt dans l'épiscopat ? Isolée dans le cercle d’Ausone, l'éducation romaine semble quelque chose d'artificiel, et l'école apparait comme un organe ayant perdu sa raison d'être et survivant à sa fonction. En est-il de même, quand on considère les milliers d'hommes qui jouèrent un rôle dans l'empire ou dans la cité, et qui s'y étaient préparés par l'étude des arts libéraux ? !

Notre jugement sur l'école du 1v° siècle serait incomplet et nécessairement injuste, si nous ne considérions pas surtout cette partie de sa clientèle, si, d'une façon générale, nous ne nous demandions ce qu'attendaient de l'enseignement des lettres classiques et l'État qui le protégeait et les élèves qui le recevaient.

La culture classique et la vie romaine.

Le rôle de l'État, dans l'éducation des Gaulois, nous le connaissons. Rome avait enseigné le latin successivement aux diverses parties de la Gaule ?. L'usage du celtique n’avait peut-être pas disparu aussi complètement ni aussi rapidement qu'on l'a cru quelquefois, mais, au 1v° siècle, 1l devait être rare, sinon exceptionnel 3. Le latin était non seulement la langue officielle, mais la seule comprise par la majeure partie de la population. Ce résultat était dû au séjour des soldats, à l'établissement des colonies, sans doute aussi à la fondation d'écoles élémentaires. Pour compléter cette œuvre de transformation, les Romains avaient introduit en Gaule la culture classique, ils l'avaient répandue dans l'aristocratie, lui offrant ainsi un moyen de naturalisation intellectuelle #. Les nobles

4. Cf. sur les fonctions, Boissier, La /in du paganisme, I, p. 230.

2. Sur la romanisation de la Gaule, voir Jullian, Journal des savants, 1889, p. 118, et les réserves de Guiraud, id., 1901, p. #15. Sur l'établissement des écoles, voir Villemain, Tableau de la litt. du moyen âge, 1, p. 49 (éd. de 1866); Mohl, Introd. à la Chron. du. latin vulgaire, p. 61.

3. Voir Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours, p. 23; résumé et textes indiqués dans Brunot (Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la litt. franç., l, p. xx1). |

4. Cf, Mommsen, Histoire romaine (trad. Cagnat et Toutain), t. IX, p. 142.

Gaulois avaient dû renoncer à l'instruction donnée par les druides pour recevoir l'éducation des vainqueurs !.

Nous tenons à le remarquer, de cette assimilation de l'aristocratie on ne doit pas conclure à celle de la Gaule, pas plus qu'on ne doit étendre à toutes les classes de la société gallo-romaine les sentiments que nous croyons découvrir dans la classe supérieure. Ce que nous avons dit et ce que nous allons dire ne s applique qu’à ce groupe sans doute très restreint qui formait la clientèle des écoles d'arts libéraux. Si nous voulions juger de l’état dela Gaule en général au lieu de rechercher les aspirations de la seule classe qui fût en possession de la culture classique, nous serions obligés de faire toutes réserves sur les souffrances et les rancunes que la pax romana dissimulait sous de brillants dehors.

À Rome même, l'enseignement avait longtemps conservé un caractère privé et libre, avant de recevoir des empereurs une protection devenue plus tard une direction et un contrôle ?. Dans les provinces, il est vraisemblable que les écoles d'arts libéraux, véritables rouages de l'organisation romaine, furent de bonne heure surveillées par l'État. En tout cas, dans la Gaule du 1v° siècle, nous voyons, à plusieurs reprises, les empereurs intervenir pour assurer l’enseignement des arts libéraux dans les écoles publiques.

L'enseignement privé n'avait sans doute pas disparu; il restait toujours celui qui était donné par les esclaves, mais il était obligé de se modeler sur celui qu'on donnait dans les établissements officiels. L'ingérence des empereurs est prouvée par plusieurs documents. Un rescrit de Julien > revendique nettement pour l'empereur le droit de choisir les maitres: si, ne pouvant l'exercer lui-même, il remet ce choix aux Curiales, ce n’est que par délégation, et les décisions de la curie devront lui être soumises. Le rescrit date de 362 et Julien l'a évidemment dirigé contre les chrétiens. Pourtant, on doit le reconnaître, cette mesure, par elle-même, ne faisait que généraliser l'exercice d’un droit déjà ancien; les prédécesseurs de Julien ne s'étaient pas contentés d'intervenir auprès des curies pour fixer le

1. Sur la disparition des écoles druidiques, voir d’Arbois de Jubainville, Rer, Archéol., t. 38 (1879), p. 377; Fustel de Coulanges, id., t. 39 (1880), p. 111, et la Gaule Romaine, p. 110; Duruv, id., p. 347 (fausse pagination pour 247),

2. Boissier, La fin du paganisme, 1, p. 188; Lacour-Gayet, Les Antonins, p. 315.

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