‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 316 sur 404 · EE SE · texte numérisé non relu

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sérieuses modifications. Mais, au iv° et au v° siècle, ils s’inquiétaient fort peu des altérations de la prononciation latine. Ils n'estimaient pas, semble-t-il, qu'on dût en tenir compte dans la langue littéraire qu'ils avaient mission d'enseigner. Ils restaient fidèles aux principes qu'ils tenaient des Grecs; ils se les transmettaient, comme un ensemble de connaissances traditionnelles, qu'ils avaient: le devoir de protéger contre l'ignorance. L'affaiblissement de la quantité, l'altération de l’accent leur parurent sans doute une atteinte à ce précieux dépôt. Il faut donc prendre dans leurs ouvrages la théorie de l'accent pour ce qu'elle est, c'est-à-dire pour un chapitre de grammaire conventionnelle. Même dans un traité élémentaire, comme l’Ars major de Donat, il est question, non de l'accent latin à une période spéciale de l'histoire de la langue, mais de l'accent gréco-latin, à l'époque indéterminée où sa nature mélodique satisfaisait les raffinés. Ce caractère conventionnel de l'accent n'avait aucun inconvénient dans les pays latins. Personne ne s’y laissait tromper sur la véritable nature de l'accent et sur la disparition de la valeur métrique des syllabes. Peut-être même, les circonstances seules ont-elles empêché que la fidélité des grammairiens à la culture grecque et leurs principes conservateurs aient eu des conséquences pratiques. C'était, semble-t-il, un effort analogue, tenté dans le même esprit et sous la même influence !, qui avait donné naissance à la grande école poétique du siècle d'Auguste.

Ce qui, à Rome, ne faisait aucune illusion, pouvait induire en erreur des étrangers. Cela se produisit chez les Anglo-Saxons. Le premier qui ait traité de l'accent, et le seul qui en ait parlé longuement, Aldhelm, crut devoir reproduire intégralement la théorie de Donat ?, et ainsi il compliqua, sans utilité, son étude de la prosodie. Il retrouvait les dix prosodies dans Isidore de Séville 3, chez qui leur présence se justifiait par le caractère encyclopédique des Etymologiae. Hadrien, qu'il avait eu pour maître, avait été élevé à l'école des grammairiens grecs. Aldhelm fit comme ses modèles ; non seulement il conserva les signes de quantité et de l'accent, ce qui se comprenait, puisqu'il se piquait d'être poète, et qu'il continuait à voir dans le latin une langue vivante ; non seulement il étudia l’hyphen et la diastole {, souvent utiles pour reconnaitre le

1. Weil et Benlæœw, Théorie générale de l’accentuation latine, p. 231.

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