‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 32 sur 404 · Cod. Theod., XIIE · texte numérisé non relu

Cod. Theod., XIIE

+. «E fisco emolumenta douentur. » Ün commentateur du Codex Theodosianus se demande (éd. Weidmann, 17#1, p. #8) si /iscus ne désigne pas ici les revenus de la cité. MM. Boissier (La fin du paganisme, 1, p. 198) et Bloch (Lavisse, Hist. de France, X, 2, p. 392) ont adopté cette interprétation. Le mot /iscus à cette époque signifie le trésor public. Cf. Suétone {Vesp. 18) où M. Boissier (id., p. 193; l'interprète comme nous. Le passage du rescrit « nec vero judicemus liberum ut sit cuique civitati suos doctores et magistros placito sibi juvare compendio » n'appuie le sens de M. Boissier, que s’il est pris isolément. Replacé dans l’ensemble, il a une portée générale et semble avoir été introduit pour souligner une disposition qui était prise rarement.

Notons que Constance Chlore, fixant les appointements d'Eumène, mais en laissant la charge à la curie d’'Autun, a eu le soin de le préciser (Eumène, Paneg., chap. {#4 : « Denique eliam salarium te... ex reipublicae viribus consequi volumus. ») Mommsen, {list. rom. (trad. Cagnat et Toutain),t. IX, p. 142, note, entend qu'il s’agit 1à d'un supplément de traitement payé par l'État.

était sans objet. Pourquoi les empereurs auraient-ils offert de prendre à leurs frais des dépenses consenties et payées régulièrement par les curies? Nous supposerons avec plus de vraisemblance que, pour des causes diverses — l'une au moins est facile à apercevoir : la suppression du traitement — l'enseignement municipal s était désorganisé dans quelques-unes des métropoles de la Gaule. Les professeurs en renom avaient déserté les écoles publiques; ils enseignaient chez eux, dans les écoles privées. C'est à cette situation que remédia Gratien, soit que, sur l'avis de conseillers comme Ausone, il voulût maintenir une forme d'enseignement devenue traditionnelle et conserver à l'État le contrôle sur les maîtres les plus éminents, soit qu'un fléchissement dans le nombre ou l'instruction des Gaulois capables d'exercer des fonctions publiques lui révélât l'existence d’une crise scolaire, et qu’à certains indices il reconnût la nécessité d’un effort nouveau, pour marquer profondément dans les esprits l'empreinte romaine !.

L'action impériale eut-elle pour résultat de faire évacuer les écoles privées au profit des écoles publiques municipales? Nous ne pouvons le déterminer avec les documents que nous possédons. Dans les témoignages que nous avons entendus sur les écoles, les maitres, les programmes, nous ne pouvons pas toujours faire le départ entre l'enseignement privé et l'enseignement public. La plupart des maîtres célébrés par Ausone enseignaient dans les écoles officielles, mais, d'autre part, les premières connaissances de Paulin de Pella avaient été probablement acquises dans la maison paternelle. Quoi qu'il en soit, il reste certain qu'il y avait une doctrine d'État en matière d'enseignement, et que les empereurs en assuraient l'application dans les écoles publiques de la Gaule.

Une autre question se pose. Comment était accueilli cet enseignement d'État par la population gallo-romaine? Au moment où le latin allait devenir une langue morte, la culture latine n’allaitelle pas prendre aussi le caractère d'une chose morte? Sur ce point, la réponse n'est pas douteuse. Étroitement liée à la vie réelle, l'école était un organisme bien vivant.

Tous les témoignages s'accordent à montrer que jamais l’action romaine ne s'était exercée sur la Gaule avec plus d'efficacité. Non

1. Signalons aussi les immuuités consenties aux professeurs (Cod. Theod., XIE, 3, 1; id., 3, 4); elles sont confirmées en #1#+ par Honcrius et Thiéodose (Cod, Theod. | "XIIL a 46.

seulement l'autorité impériale n'avait pas disparu; non seulement l'empire romain existait encore, au lieu d'être, comme il le sera : plus tard, passé à l’état de souvenir ou de modèle; mais il semblait indestructible, en tant que réalisant le type social le plus parfait. Il apparaissait déja comme « une manière d'être », pour employer l'heureuse expression de M. Lavisse !, avec la netteté que donnent à une conception sociale plusieurs siècles d'existence.

La notion de la domination romaine, établie en Gaule à l'époque où elle était dans toute sa force, s'était bientôt exprimée dans la plus claire des formules,qui était le régime impérial. Affermie par le contraste de l’état d'anarchie auquel elle se substituait, cette notion semble y être demeurée plus nette et surtout plus consciente. Non seulement la domination romaine fut vite acceptée, mais les Gallo- Romains s'y attachèrent comme à une source de richesses, comme à une garantie de sécurité, comme à la force tutélaire qui les défendait contre les invasions toujours menaçantes des Germains. Au iv° siècle même, Julien avait refoulé les Barbares, et le danger avait été assez grand pour faire sentir davantage aux Gaulois quel intérêt les unissait à Rome. Rome d'ailleurs les avait admis au bienfait de la civilisation et, de bonne heure, avait fait une large part à l'élément gaulois dans le gouvernement impérial, suppléant ainsi à l’appauvrissement intellectuel des autres provinces de l'empire ?. Par un sentiment qui leur est commun avec les habitants des autres provinces, les Gallo-Romains étaient fiers de participer à la puissance du peuple qui possédait le monde entier. Quand Eumène s'était écrié : « Nunc domum juvat orbem spectare depictum, cum in illo nihil videmus alienum® », il ohéissait à un mouvement d’orgueil national qui s'accentua encore après lui*. A une époque où Rome se confondait avec le monde, il était naturel que la vie romaine finit par représenter la vie terrestre dans la seule forme que pût concevoir un Gallo-Romain.

Nous savons que cette confiance dans l'éternité de Rome, tant de fois exprimée * et dont un Gaulois, Rutilius Namatianus, se faisait

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