Orator
2. Sur ce sujet, voir, L. Müller, De re metrica ?, passim el p. 12.
âge. Il n'est pas douteux que, si, au lieu de transformer les exceptions en règles générales, Servius et Diomède se fussent enfermés dans l'observation rigoureuse de la technique de l'époque d'Auguste, la versification des poètes du 1x° siècle, par exemple, eût été plus correcte !.
Bède et Aldhelm ont adopté, presque sans changement, les règles que les grammairiens avaient maladroitement formulées. Pourquoi d'ailleurs les auraient-ils suspectés ? Donat et Servius appuyaient de l'autorité des poètes classiques des préceptes, qu'on trouvait également appliqués dans les poètes chrétiens. C’eût été une prétention d'humaniste, que de considérer la versification métrique comme morte après Virgile ou Ovide, et d’en reconstituer le tvpe d'après les seuls poètes du siècle d'Auguste. Aldhelm et Bède n'étaient pas des humanistes, et ils ne redoutaient pas que la lecture d’Arator et de Sédulius gâtât chez eux le goût poétique. Bien plus, parmi les poètes, c'est sur ces derniers que se portent leurs préférences. Bède prend, en général, ses exemples dans les poètes chrétiens, dans Fortunat, Sédulius, Arator, Paulin, Prudence, Prosper d'Aquitaine. Il cite, il est vrai, Lucrèce et Virgile, mais c'est en général pour justifier, par des analogies plus ou moins probantes, les libertés qu'ont prises les poètes postérieurs. Ses classiques, ce sont donc Sédulius et Arator, parce qu'ils sont modernes et surtout parce qu'ils sont chrétiens ?. On comprend sans peine qu'il ait eu de la répugnance à recommander la lecture de poètes païens dont les peintures ne cadraient pas avec les préoccupations et l’objet de la vie monastique ; d'autre part, sa distinction de profanes et de chrétiens (nos) est toute naturelle 3. On comprend moins que des poëtes aient trouvé un titre à ses préférences dans leur qualité de modernes “. Or, bien que Bède ne s'explique pas nettement à cet égard, et qu'en aucune partie de son traité, il n'ait proclamé la supériorité théorique des poètes modernes sur les anciens, il les considère, en fait, comme les modèles les plus sûrs, soit que l'établissement du christianisme entraîne à ses yeux un progrès certain des arts comme des mœurs, soit qu'il trouve les poètes chrétiens d’une imitation plus commode. Quoi qu'il en soit, Lucrèce et Virgile
1. 11 faut remarquer, d'ailleurs, que, sur certains points, les poètes chrétiens ne [es ont pas suivis. Cf. L. Müller, De re metrica3, p. 363.
2. Bède dit même, à propos du poète Porphyrius : « Comme ces poèmes étaient païens, nous n'avons pas voulu y toucher. » K., VIT, p. 258.