‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 331 sur 404 · Pour Alcuin, voir plus haut, p. 358 note · texte numérisé non relu

Pour Alcuin, voir plus haut, p. 358 note

Dans la théorie, Bède apporte ses qualités habituelles de précision, et, à force de vouloir être clair !, il accentue encore le caractère conventionnel des règles, où les grammairiens avaient noté et généralisé les licences des poètes. Cela apparaît dans la théorie des syllabes longues par position et surtout dans la théorie des syllabes communes.

Bède reconnaît six modes de syllabes longues par position, suivant les types asf, dur, arca, axis, Troja, advena ?. Quant aux voyelles suivies d'un z, ou de r précédé d'une consonne, à l'intérieur d'un mot, Bède n'admet pas qu'elles forment toujours des syllabes longues, comme plusieurs grammairiens i. 1l en fait, avec Sergius, une catégorie spéciale des syllabes communes.

Bède distingue neuf espèces de syllabes communes 5; en fait, il n'y en a que huit dans son classement 5; car il range dans la neuvième catégorie les syllabes qui, placées à la fin du vers, ne comptent pas pour l'oreille 7. Les huit autres correspondent aux cas suivants : 1° tenébris 8, 2° vir humiliset nigèr hispidus ?,3° Albä somaragdus et jamqué scilicet. Bède admet que, devant une consonne suivie de s, la syllabe finale reste brève : cœlestià psallere 9. Puis, il

1. I prend à partie Donat, Pompée et Sergius qui, à son avis, ont mal établi la distinction de i et u, voyelles et consonnes (id., p. 228).

2. K., VIL, p. 229, d'après Donat/K., IV, p. 368). Ces six types se ramènent d’ailleurs aux quatre reconnus par Sergius (K., IV, p. 478). |

3. K. IV, p. 478. Pompée (K., V, p. 11#) et Maximus Victorinus (K., VI, p. 197) distinguent les modes nozx et nexus comme Bède, dux et ais.

4. Probus (K., IV, p. 256-257), Diomède, IT (K., I, p. #30), Victorinus (K., VI, p. 197).

6. Bien que (K., VII, p. 231) il cite Donat {K., IV, p.369) et (K., VII, p. 320) Sergius (K., IV, p. 478), il semble avoir spécialement suivi Servius (K., IV, p. #24) qui classe les syllabes communes en huit espèces. La neuvième catégorie de Donat (K., IV, p. 369) se confond avec la deuxième de Bède. Dans le classement de Sergius (K., IV, p. 478), la première et la deuxième catégorie correspondent à la première de Bède.

1. Ce passage est inspiré de (Palaemon) Victorinus (K., VI, p. 208).

8. Bède écarte l'exemple Neve flagello donné par Sergius (K., IV, p. 478).

9. Vir humilis (Sedulius, Pasch., ILE, 296). — Bède écarte l'exemple Terga fatigamas hasta donné par Pompée (K., V, p. 117) à cause de la coupe. Il généralise le fait, et, en citant le vers d'après Mallius Théodore (K., VI, p. 587), il supprime le conseil donné par le grammairien d'éviter cette licence. La phrase même de Mallius sert à Bède pour un autre fait {K., VIT, p. 232).

10. Sedulius, Pasch., 11, 249, Cf. L. Müller, De re metrica, p. 388.

L'Enseignement des lettres classiques. 2i

370 LA GRAMMAIRE CHEZ LES ANGLO-SAXONS — Il

émet une théorie singulière. Il explique la scansion de Virgile : ponitë ; spes !.… non par la place de ponite devant une pause, mais par l'habitude que, d'après lui, Virgile aurait eue de traiter s comme une liquide, quand ce lui était commode. II cite comme exemple le vers :

Hortatur Mnestheus : nunc *.…

où 1l scande sans doute Mnésthèas... « à moins, dit-il, qu'il ne faille scander Horta spondée, {ur Mne spondée, stheus nunc spondée, en réunissant les voyelles en une diphtongue... 4° Cujüs onus et ficus erat, cujüs in. Bède ajoute : « Il faut éviter de considérer comme longues les syllabes de cette espèce;* ou, au moins, ne le faire que très rarement. Dans les poètes récents, il n'est pas facile d'en trouver des exemples, bien qu'ils ne soient pas très rares chez Virgile, mais très fréquents chez Homère 3. » Cette restriction reproduit textuellement ce que Mallius Théodore observait à propos du vers de Virgile : Omnia vincit amor #. Si ce déplacement n'est pas dû à un copiste, il est instructif; la quantité de amor suivi d'une coupe coïncidant avec une forte pause, n'a aucun rapport avec l'allongement de la finale dans cujus; 5° Musæ Aonides et Insule Ionio 6. Bède 7? étend cette catégorie très restreinte chez les classiques À ; il autorise les poètes à abréger une longue en hiatus, non seulement à la fin d’un mot, comme Virgile l'a fait plusieurs fois, dans des conditions déterminées (avec des mots grecs ou des monosyllabes), mais à l’intérieur d’un mot, comme l'ont fait les modernes. Il reviendra sur ce sujet dans le chapitre De synaloephe®; 6° à utinam!0 et ü Alerifl, Bède étend cette licence aux syllabes en contact à l'intérieur d’un mot, comme le font les « versificateurs modernes "» ; T° hôc, donéc; 8° gäza 3.

. Aen., XI, 368.

. Virg., Aen., V, 189,

. K., VII, p. 232.

K., VI, p. 9587.

. K., VII, p. 232.

. Id., Virg., Aen., II, 211.

. K. VII, p. 232.

. Cf. Müller, De re metrica, p. 1#.

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