LA RHÉTORIQUE ET LA DIALECTIQUE CHEZ LES ANGLO-SAXONS
propre, éviter qu’un mathématicien, un médecin fussent dits orateurs, parce qu'ils savaient persuader ce qui avait trait aux mathématiques ou à la médecine. Par suite, ils avaient précisé l'objet de la rhétorique et l'avaient restreint aux questions civiles (civiles quaestiones 1). Ces mots étaient passés dans la plupart des définitions des rhéteurs ?, et, de là, dans saint Augustin ?, dans Cassiodore #, dans Isidore de Séville ÿ.
[lest vrai, après avoir aing introduit cette restriction, on avait cherché à en étendre le sens. Pour les uns, les questions civiles avaient embrassé tout ce qui tombait sous le sens commun f; pour d’autres, c'étaient les controverses pouvant surgir entre citoyens‘; pour d’autres, elles comprenaient tout ce qui n'appartenait pas au domaine d’un art spécial, comme la géométrie, la musique 8. Mas dans toutes les définitions, on n'en retrouvait pas moins ces mots : quaestiones civiles *, et, bien que la signification en eût été généralisée, l'art oratoire apparaissait toujours comme incorporé à la science politique (pars scientiae civilis 10),
Nous retrouvons les mots questions civiles dans la définition d’Alcuin !!. Il n’écrivait pas pour des moines, il est vrai. Au début du” dialogue, par la voix de Charlemagne, il déclare qu'il fant étndier la rhétorique, parce qu'elle traite des questions civiles qui con-
1. Saint Augustin, Rhet. (alm, p. 138) semble attribuer cette addition à Hermagoras. Mais, suivant Quintilien (/ns£. orat., II, 15, 14), Hermagoras donnait comme but à la rhétorique la persuasion, et c’est Aristote (id., 19) qui l'aurait restreinte aux questions civiles.
2. Fortunatianus, Ars rhet., I, 1 (Halm, p. 81) ; Sulpicius Victor, Inst. oral. (Halm, p. 313) ; Julius Victor, Ars rhel., proæœmium (Halm, p. 373); Victonnus, 1, 5 (Ialm, p. 171); Comm. in Cic., De Inv., L, 5.