M. 9#, col. 9 et suiv
que le sermon est alors un simple exposé de la doctrine chrétienne. Bède choisit, dans l’Écriture, un texte en rapport avec le jour où il préche, et il l'explique, en le suivant pas à pas. C'est un commentaire littéral, terminé par une exhortation à appliquer la leçon contenue dans le passage interprété. Il cherche à prouver, non par des effets oratoires, mais par un étalage d'autorités. Ce n'est pas à la rhétorique qu'il fait appel, mais à la connaissance de l’Écriture. Nous ne pouvons juger s'il en était autrement, quand :il fallait défendre le dogme. Pourtant, à voir les questions qui étaient débattues, et dont plusieurs sont traitées par Bède dans des sortes de consultations, on peut croire que les adversaires devaient prouver leur finesse dans l'interprétation, leur à-propos dans l’art d'amener les citations, la richesse de leur mémoire, beaucoup plutôt que leur connaissance de la rhétorique. Dans les homélies, dans les controverses, ils étaient, comme dans les commentaires de l'Écriture, des exégètes, et, comme tels, assez indifférents au talent oratoire. On s'explique donc qu'ils n'aient pas repris dans son ensemble un art qui pour eux n’était pas indispensable.
Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas le droit de rattacher le traité d'Alcuin à l’enseignement de l'École d'York, et, pour juger des connaissances techniques que les Anglo-Saxons ont eues dans la rhétorique, il ne nous reste plus que le curieux passage d'Aldhelm, relatif au rythme oratoire f.
À la fin du De Septenario, 11 donne une liste de quinze synzygies, quinze pieds propres aux rhéteurs, dit-il, et que lés métriciens répudient. Ces pieds ont tous plus de quatre syllabes ; les quatre pieds dont Aldhelm nous indique la nature en ont six. Où a-t-il pris cette liste? Nous l'ignorons. Les termes qui y figurent ne se rencontrent dans aucun lexique et dans aucun des traités de rhétorique, grecs ou latins, que nous avons lus. Cela ne saurait étonner, puisque, d'accord avec les métriciens, les rhéteurs ne reconnaissaient pas de pieds ayant plus de quatre syllabes ?. Peut-être Aldhelm a-t-il trouvé cette nomenclature chez
4. M. 89, col. 235 : « ...proxilius, diprolius, diopros, trampus, cribussus, namprossimalus, phymarus, atrorbus, rivatus, pranulus, linuatus, machaus, matrimus, phynulus, febrinus. Hi sunt proprie rhelorum pedes, qui quaternarum mensuram syllabarum transeuntes a metricis magnopere
spreli repudiantur. … proxilius.. ---uuu. Dipodius... vuu---, Diopros rrvuuu, .. Trampus vuuc-- ».
2. Une exception est faite pour le dochmiaque (Rufin, Versus de composilione et de metris oratorum, Halm, p. 5%41. Voir en particulier Quintilien,
Inst. orat., IX, 4.