Fustel de Coulanges, L'invasion germanique, p
Enseignement des lettres classiques. 3
tiens, en s'opposant à ce que les tendances de l'école fussent en rien modifiées !, il ne s'écartait pas de la politique impériale. Cette mesure qui enlevait à ceux qu’il considérait comme les adversaires des idées romaines, le champ de propagande le plus fécond, complétait les édits interdisant l’abandon de la curie et le renoncement à la vie terrestre. Il eût été contradictoire de laisser prêcher le dédain de la vie romaine dans l’école, et de le réprimer dans son application ?. Dues à des empereurs païens comme Julien, ou chrétiens comme Valentinien I 3, les lois tendaient à assurer le maintien de l'ancien état de choses.
Mieux encore que ces dispositions, l'organisation de l'Église dut affermir les esprits dans la croyance que rien n'était changé, que toute institution nouvelle devait être façonnée à l'image de la société romaine et sur le modèle de l'administration impériale. Fustel de Coulanges a montré quelle avait été l'influence de l'empire sur l’Église, et comment elle s'était exercée par la fixité des dogmes, l'établissement d’une discipline et l’organisation d'une hiérarchie 4.
En venant au christianisme, l'aristocratie gauloise du 1v° siècle nentra pas dans une religion de petites gens, promettant aux humbles, avec l'égalité, le respect de la personnalité, une part du bonheur en ce monde ou en l’autre, mais dans un organisme hiérarchisé où se trouvait consacré le principe des distinctions sociales. On retrouvait dans l'Église le spectacle qu'offrait la société civile; la situation de l’épiscopat rendait l'assimilation plus exacte : si, en fait, l'évêque était indépendant de l’empereur, l'appui qu'il recevait de lui, le concours qu'il lui demandait soit pour réunir un concile, soit pour en faire prévaloir les décisions, lui donnaient l'apparence d'un fonctionnaire impérial. Aux yeux des Gallo-Romains appartenant à la classe promise aux fonctions administratives, l’épiscopat fut une charge nouvelle à laquelle ils pouvaient prétendre
1. Julien, Epist. 42 (trad. Talbot): « I] faut que ceux qui font profession d'enseigner quoi que ce soil aient d'abord de bonnes mœurs, et que leur âme ne soit imbue, fût-ce au prix d'un changement, que de doctrines conformes à l'esprit public. »
2. M. Bloch (Lavisse, Hist. de France, I, 2, p. 393) remarque que la loi de Julien /Cod. Theod., XI, 1, 5) n'a pas été rapportée après la mort de son auteur, Il n'était pas nécessaire que cette loi fût rapportée pour n'être plus appliquée.