L'invasion germanique, p
et qui complétait le cursus. La différence dans le mode de nomination n'en modifiait pas le caractère apparent. Saint Germain d'Auxerre était gouverneur de cette ville, quand, en 418, il fut élu évêque par ses concitoyens !. Beaucoup d’évêques réunissaient la triple noblesse que donnaient la naissance, l'exercice des charges publiques et les hautes fonctions religieuses ?, et tel parvenait à l'épiscopat, après avoir été sénateur ou consul, qui, cent ans auparavant, aurait terminé sa carrière en présidant comme pontife aux fêtes de Jupiter et au culte de l’empereur.
Il y avait là, reconnaïissons-le, bien des raisons pour river les esprits à l'observation fidèle du passé et empécher le christianisme de donner partout ses pleins effets. Il ne faut pas s'étonner si, à la fin du 1v° siècle, le type courant des chrétiens est celui qui nous est fourni par Ausone 3.
Incapable d'un sentiment religieux, il n'a jamais eu de la religion que les pratiques extérieures. Une fois la prière quotidienne récitée #, sa conscience est en repos, il retourne à ses occupations; peu lui importe alors si ses études sont dans l'esprit de l'Evangile, et s’il tient les promesses du matin. Remplir ses vers avec les Thaïs et les Lesbies, écrire les petits poèmes qui salissent son œuvre, ne lui semble pas indigne d’un chrétien; il croit s'excuser suffisamment en notant que « si la page est obscène, la vie est pure 5. » On sent qu'il trouve la vie bonne et s'inquiète fort peu de ce qui doit venir après. Au temps des persécutions il n'eût pas compris qu’un chrétien mourût pour sa foi; aurait-il admis seulement qu'un Romain embrassât une religion suspecte au gouvernement impérial? En tout cas, Ausone ne voit pas d'opposi- | tion entre ses devoirs religieux et ses devoirs civiques, entre la vie chrétienne et la vie romaine. Lorsque, dans sa vieillesse, il jette un regard en arrière, il juge qu'il a rempli la destinée d'un véritable Romain : il a été un rhéteur applaudi; il a eu le précieux honneur d'instruire le fils de Valentinien; il a occupé les plus hautes charges de l'État ; il a pris part aux conseils de l’empereur et -