Jonas, id
3. Voir, dans Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 154 et suiv., le récit des conversions des saints Germer, Wandrille, Philibert.
&. Cf. id., p. 159. Voir Ronet-Maury, Saint Colomban et la fondation des monastères irlandais en Brie au VII siècle dans la Rev. Ilist., LXXXII, 1903, p. 281.
régime, saint Columban le leur donna, et rien ne nous montre mieux les tendances du monachisme franc, au vit siècle, que le succès d'une règle, dont la rigueur rappelle tous les excès de l'ascétisme oriental.
Tandis que saint Benoît trace, avec sérénité, un plan complet de la vie monastique, saint Columban oppose à la violence des vices, dans une société corrompue, la violence dans la pénitence !: il trace un plan d'attaque où il met toute la fougue de son caractère. La vertu de la religion était presque abolie ?; il s'efforce de la ranimer, et de rendre à la foi la vigueur et l’efficacité qu'elle avait perdues. À ces hommes quittant une société, où chacun s'efforçait de vivre suivant son bon plaisir, Columban demande de ne pas faire ce qu'ils veulent (non faciat quod vult 3). Il insiste sur la nécessité de l'obéissance, comme les abbés orientaux, que Cassien et Sulpice Sévère nous ont fait connaître *. Mépriser le siècle, dompter la chair par tous les raffinements de la mortification, anéantir la personnalité par la sévérité de la discipline, voilà ce que Columban exige avant tout des moines de Luxeuil. C'est d'ailleurs à coups de fouet qu'il tente de substituer les vertus monastiques, soit aux vices humains, soit aux vertus ramenées par le siècle à des proportions humaines. Ce retour à l'ascétisme primitif, c'est le sens même de sa mission et ce fut la cause de son succès. Nous voyons les moines avides de sainteté fuir une discipline moins sévère et courber avec joie la tête sous ce joug impitoyable, mais salutaire *.
Ce réveil de l’ascétisme ne semblait pas favorable à l'étude des lettres. On sait ce que les moines du 1v° siècle pensaient des écri-
4. Voir, sur cette règle, Hauck, Kirchengesch. Deutschlands, I, p.257.
2. Jonas, Vitae, I, 5 (Krusch, Script. rer. Merov., IV, p. 71) : « A Briltanicis ergo sinibus progressi, ad Gallias tendunt, ubi tunc vel ob frequentia hostium externorum vel neglegentia pracsulum religionis virtus pene abolita habebatur. Fides tantum manebat christiana, nam penitentiae medicamenta, et mortificationis amor vix vel paucis in ea reperiebatur locis. »