‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 385 sur 404 · Hahn, Jahrbücher des fränkischen Reichs, 541-752, p · texte numérisé non relu

Hahn, Jahrbücher des fränkischen Reichs, 541-752, p

2. Diplom. Pipp. reg., VI (Bouquet, Hist. des Gaules, V, p. 102) : « Donamus..... ad Monislerium beati domni Dioninsiæ ubi enotrati sumus... », Cf. Hahn, Jahrbhücher des fränkischen Reichs, p. 3.

3. Gesta Episc. Melens. (M. 95, col. 709, d'après Pertz): « Hic in palatio mayjoris Caroli ab 1pso enutritus, ejusdemque referendarius exstitit, ac demum Pippini regis Lemporibus pontificale decus promeruit. Fuit... forma decorus, eloquio facundissimus, tam patrio quamque etiam latino sermone imbutus... »

+. I cite des hexamètres d'Eugène de Tolède, 62 (M. 89, col. 1036).

9. L'exemple cité par MM. Hahn (Jahrbücher des fränkischen Reichs, p. 13) et Iauck {Airchengesch. Deutschlands, WW, p. 121, n. 53) serait probant, si la Vita Willelmi ducis ac monachi Gellonensis n'était pas du x° où du xr' siècle, y est dit (3, Mabillon, Acta SS., IV, 14, p. 73): « Eum disciplinis liberalibus tradunt et specialiter informari et erudiri faciunt., Eruditum vero litteris divinis ac diversis philosophorum doctrinis parentes ejus, ut erat moris ficri de principum lilits, nihelo instruunt fortioribus studiis atque exercitiis militiae saecularis. » :

A partir de 742, Boniface exerce tout son ascendant sur l’Église des Gaules. Déjà, alors qu'il évangélisait la Hesse, la Thuringe et la Bavière, et qu ‘il fondait une Église de Cnn dont de l'Église romaine, il avait été en continuelles relations avec le clergé franc. Mais la protection intéressée de Charles Martel consacrait plutôt qu'elle ne combattait les désordres de l'Église de Gaule. Après la mort de ce prince, quand ses fils eurent conclu l'alliance entre les Francs et la papauté, Boniface se trouva le représentant naturel du Saint-Siège dans les Gaules. Ce n'est plus au hasard des rencontres que les Anglo-Saxons vont agir sur le clergé franc, mais d'après un plan méthodique et en vertu d'une mission officielle. D'accord avec Carloman et Pépin, comme avec le pape, Boniface va tenter de réformer l'Église des Gaules.

C'est de cet effort, croyons-nous, que naquit le mouvement qui, sous Charlemagne et ses successeurs immédiats, amena la restauration des études. L'histoire de ce qu’on appelle la renaissance carolingienne commence vraiment avec l'affermissement du pouvoir, qui permettra au prince d'exercer une action sur les écoles, comme sur les autres institutions de l'État, et favorisera la reconstitution d'une société lettrée ; elle commence avec le relèvement de l'Église franque, qui lui permettra d’avoir ses exégètes, comme l'Église d'Angleterre. Mais il faut se garder de confondre les époques. La période qui s'étend de 742 à l'avènement de Charlemagne ne vit pas refleurir les études, elle ne fit que préparer ka suivante, celle où, profitant du progrès accompli dans l'État et dans l'Église, sous Pépin, la Gaule de Charlemagne se reprit à aimer les lettres. Les conciles de 742, 743, 745, les capitulaires de Pépin ne contiennent aucune prescription relative aux écoleset rien ne prouve que, dès cette époque, le programme tracé par les Anglo-Saxons ait été répandu dans les monastères de la Gaule.

On voit, d'après la correspondance de Boniface! et les capitulaires de Carloman et de Pépin des conciles®?, à quel niveau le clergé franc était descendu. La chasse et la défense de ses intérêts temporels lui étaient plus familières que l'étude ou l'accomplissement des devoirs religeux. Boniface voulut, avant tout, réformer les mœurs du clergé, dont la corruption rendait illusoire toute tentative pour restaurer la vie religieuse. Le premier caractère de sa ten-

4. Epist. 50 (Epuisl. aevi Merov. et Kar., I, p. 299), 78, p. 350, etc. 2. Boretius, Capit. reg. franc., 1, p. 25-26, 28, 29, 34. Cf. Concilium vernense (id., p. 33). Voir [Hauck, Æirchengesch. Deutschlands, 1, p. 504, 5#4.

tative, — et en cela seulement elle ne diffère pas de celle de Columban — est d’être une réforme morale. Mais ce n'était la que le premier acte de sa mission. Boniface travailla en outre à hiérarchiser l'Église des Gaules, dans la soumission à la papauté.

Le caractère de cette réforme, joint aux circonstances dans lesquelles elle s’effectua, explique pourquoi elle ne coincida pas immédiatement avec un réveil des études, et pourquoi nous ne rencontrons pas, desuite, en Gaule, des écrivains, comme il en parut, à la même époque, en Grande-Bretagne. Ïl ne s'agissait pas d'introduire dans une société monastique bien constituée des méthodes d’enseignement, d'offrir à des hommes, qui avaient toute l’ardeur des néophytes, le moyen de satisfaire leur curiosité, développée dans le calme de la méditation et de la vie régulière, Il fallait reconstituer une société normale dans une Église, envahie depuis plusieurs siècles par la corruption. L'ascétisme de Columban et de ses disciples n'avait pas réussi à la défendre contre l'esprit du temps;

dans la lutte contre les désordres invétérés de l'Église franque, les triomphes étaient peu durables. Columban avait suscité des saints,

il n'avait pas ramené l'Église à ses devoirs. Boniface reprit cette tâche avec plus de succès, sans l'achever pourtant, et sans relever l'Église franque au niveau de l'Église Anglo-saxonne !, En outre,

ou plutôt par une conséquence de cet état, l'exégèse biblique, pour laquelle on avait cultivé les lettres en Angleterre, n'était pas intéressée dans cette réforme. Chrodegang recommandait plus tard aux chanoines de Metz de lire l'Écriture, pour n'être pas surpris par les pseudo-docteurs ?, mais s'agit-il là de l'étude attentive et savante de l’Écriture, telle que Bède la pratiquait ?

Ce n'est pas que Boniface, apôtre de la Germanie, et réformateur de l'Église franque, ait renoncé aux lettres classiques. Ses épitres nous le montrent au milieu de son labeur, s'intéressant aux lettres et encourageant le goût poétique de ses correspondants. Mais, ce

1. Chrodegang constatera, dans sa Règle des chanoines, écrite vers le milieu du vie siècle, que le clergé était loin d'accomplir ses devoirs (praef M, 89, col. 1057): « Cum... in tantam negligentiam clerum plebemque deve-. nisse conspicerem, coepi moestus conquirere quid agere deberem... Volui... parvum decretulum faccre, per quod se clerus ab illicitis coerceat, vitiosa deponat, mala diu longeque usurpata derelinquat, ut dum mens ab assuelis viliis vacuatur, facilius bona et optima quacque sunt, inserantur. »

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