Id, p
Minerve, saint Romain celui de Condat (vers le début du v° siècle), etc.
Tout d'abord les moines s'étaient inspirés de la tradition du monachisme oriental, plus ou moins exactement rapportée par de pieux voyageurs. On se pressait autour des pèlerins revenus d'Égypte! : on écoutait leurs récits miraculeux, on admirait les privations des ascètes, le labeur des cénobites. Puis chacun s'efforçait de les imiter, du moins en partie, car les estomacs gaulois ne pouvaient résister au régime des couvents orientaux ?. Bientôt un fait très importantse produisit. Les efforts individuels reçurent une direction. Vers 417, Cassien composa un recueil de ces traditions. Ses 7nstilutiones furent comme le code du monachisme occidental. C'est toujours dans les laures de la Thébaïde que Cassien cherchait ses modèles. Il avait longtemps vécu dans le désert et il consacra ses Collationes à initier ses disciples à l'existence d'Antoine, de Paphnuce et de Pacôme, et à leur transmettre les enseignements donnés par les abbés de l'Orient, et ce qu'il offrait aux moines de la Gaule, à quelque adoucissement près, ce fut la dure discipline des couvents orientaux. Les religieux qui peuplent les monastères sont soumis à des habitudes communes. Ce n'est pas encore la règle, c'est quelque chose de plus brutal. Les Znstilutions de Cassien, les récits de Sulpice Sévère nous montrent que, dans l'Orient, la volonté de l’abhé est toute-puissante ; « la loi suprême (summum jus) est de vivre sous la domination de l'abbé, de ne rien faire de sa propre volonté ‘ ». Cette tyrannie est acceptée : « la première vertu des moines est d’obéir au pouvoir d'autrui” ». Ce principe est transporté dans le monachisme occidental, et tout d'abord, l'autorité de l'abbé n y est pas tempérée par une règle.
Puis la discipline devint plus précise : peut-être la venue d'hommes avides de trouver dans leur retraite l'équivalent de la forme sociale à laquelle ils renonçaient, ne fut-elle pas étrangère à ce résultat, et le monastère subit-1l les mêmes influences que le gouvernement de l'Eglise? Toujours est-il que les habitudes, les traditions prirent peu à peu la forme impersonnelle d'une règle. Si la plus ancienne que nous possédions pour les monastères de la Gaule est
Cf. Sulp. Sév., Dial., I, 10.
Sulp. Sév., Dial., [, # et 8.
Dom Besse, id., p. 409.
Sulp. Sév., Dial., F, 10, Cf. Cassien, Znst., IV, 10 ; 24-99. Sulp. Sév., éd.
SRE CES
celle de saint Césaire, il est vraisemblable que saint Honorat avait composé pour les moines de Lérins une règle que nous n'avons plus?. Quils obéissent à l'abbé ou à la règle, les habitants d'un monastère se trouvèrent soumis à une même discipline, fait d'une importance capitale et qui exerça sur l'orientation de la société et sur le caractère de l'éducation une influence décisive. Tous se virent imposer les mêmes obligations, quelles que fussent leurs aspirations, quel que füt le mobile qui les poussât au cloitre. À tous on demandait de renouveler leur vie morale et leur vie matérielle. Peu importait qu'en se dépouillant du monde, les uns voulussent surtout fuir le paganisme et ses tentations, les autres s'abstraire de l'existence terrestre; pour tous les maux dont on venait demander la guérison, le même remède était proposé ; tous les maux étant humains, il fallait faire crier et dompter la chair, il fallait tuer l'homme. Au moine, encore imprégné de l'esprit du siècle, la règle proposait de suite et, sans une transition contraire à l'esprit monastique, un autre idéal, elle commandait non de purifier ses passions, mais de es annuler, de se préparer par l'obéissance absolue, par le renoncement absolu, à la cité divine, en goûtant par avance les joies de la sainteté.
Pour s'élever jusqu'à ce degré de perfection, le moine devait se soumettre à une double discipline : la science pratique punifiait son être moral, la science spéculative lui révélait les choses divines et lui donnait la connaissance des sens les plus sacrés ?. Tous parvenaientils à l'entière renonciation, tous étaient-ils dignes d’entrer dans ce que Renan appelle l'Église des Saints ? Il n'importe : les religieux, pénétrés par la discipline monastique, dépouillaient au moins le romain, et c'est ce qui est intéressant au point de vue de l'évolution sociale en général, des destinées de la société romaine en particulier.
C'est à tort, croyons-nous, que, dans l'activité monastique, on attribuerait alors aux discussions théologiques la part la plus importante, L'effort tenté pour arracher l'homme aux préoccupations