La civilisation au V* siècle, 1, p. 240 et p
seulement de les rassembler et de les ordonner, comme nous l'avons fait pour le 1v* siècle, où les détails secondaires nôus échappaient, mais où les témoignages étaient assez nombreux et assez précis pour fournir une idée exacte dans sa généralité. Il nous faudra désormais interpréter des textes trop souvent ambigus ou remplis de contradictions et d'invraisemblances. IL nous faudra surtout suppléer à ce qu'ils omeltent. Quand aucun texte ne mentionne le maintien d'une école que, plusieurs années auparavant, on a laissée prospère, on est libre de conclure à son existence ou à sa disparition : les écoles peuvent vivre et mourir sans bruit, et, dans leur histoire, 1l n'y a que le moment de la fondation qui soit parfois retentissant. Ont-elles disparu”? on ne s'aperçoit de leur ruine qu’au moment où renaissent le besoin et l’occasion de les restaurer.
Ces conditions nous imposent quelques observations préliminaires, inutiles dans le chapitre précédent. Pour avoir quelque chance de donner à de pauvres documents une interprétation au moins vraisemblable, nous devons d’abord chercher ailleurs quelque point d'appui. Il nous faut examiner si le concours de circonstances qui avait assuré la prospérité des écoles au 1v° siècle s'est reproduit au ve. Nous limiterons cet examen aux questions suivantes : trouvons-nous encore à cette époque, en Gaule ou dans une partie de la Gaule, les périodes de paix relativement longues qui signalent le 1ve siècle ; y découvrons-nous l'action efficace du pouvoir impérial ou d'un pouvoir quelconque intéressé à maintenir les foyers de romanisation et à favoriser l'extension de la bureaucratie et le recrutement des fonctionnaires; y constatons-nous l'attachement de l'aristocratie à la vie romaine?
C'est seulement quand nous aurons déterminé ces points, brièvement, mais avec quelque précision, que nous examinerons si la culture classique a été répandue chez les contemporains de Sidoine Apollinaire, et si elle a été donnée dans des écoles publiques.
Conditions défavorables à l'enseignement.
Au point de vue politique et territorial, le v° siècle a marqué pour la Gaule Ja fin de la domination romaine. Nous nous contenterons de rappeler les faits. Dans les premières années du siècle, le pays fut déchiré par des guerres civiles et ravagé par des bandes
L'enseignement des lettres classiques. Û
de Barbares ; puis, après quelques années de calme, commença le grand mouvement des invasions germaniques.
En #13, les Burgondes « obtinrent une partie de la Gaule dans le voisinage du Rhin ! »; en 419, les Wisigoths s'établirent dans la seconde Aquitaine ; enfin, à une date indéterminée, des peuples francs prirent leurs cantonnements au nord de la Gaule?. D'une façon continue, les unset les autres étendirent leurs frontières aux dépens de la province romaine. En 460, la Viennoise et la Lugdunaise étaient au pouvoir des Burgondes ; en 475, les Wisigoths avaient ajouté à l'Aquitaine la Narbonnaise et l'Auvergne. Vers 480, Cambrai, Le Mans, Soissons étaient occupés par des chefs francs. L'Armorique s'était séparée de Rome au début du v° siècle.
Ainsi, dans la première moitié du v° siècle, certaines provinces de la Gaule demeurent soumises directement à l'action romaine, d'autres ont été concédées aux Barbares. Des conditions d'existence différentes répondent à cette nouvelle division territoriale; nous le verrons en cherchant à comprendre le caractère même de la conquête.
Fustel de Coulanges a essayé d'établir 3 que l'établissement des Wisigoths, des Burgondes et même celui des Francs, n'avaient pas été, à proprement parler, des invasions. C’est à titre d’alliés de Rome qu'ils occupaient des provinces de l'empire; ils mettaient leurs forces militaires à son service et administraient pour son compte le territoire qu'ils occupaient. Cette théorie lui a permis de suivre chez les Francs, à l'époque des Mérovingiens et plus tard des Carolingiens, la trace des institutions romaines t. Si, dans ce chapitre, nous faisions l'histoire générale et, pour ainsi dire, philosophique dela pédagogie, il ne nous coûterait rien d'englober les écoles dans les institutions dont parle Fustel de Coulanges. En voyant les écoliers du vaut et du 1x° siècle lire Virgile et étudier la grammaire, nous en conclurions que les invasions n'ont pas sensiblement modifié les destinées de l’enseignement. Mais, ici, nous n'étudions pas la transmission de la culture classique d'une manière générale, à travers
1. Prosper d'Aquitaine. Cf. Fustel de Coulanges, L'invasion germanique, p. #46.
2. En 456 ils possédaient la première Germanie et la seconde Belgique (Sidoine, Panég. d'Avitus, v. 372).