Id., v
9, L'invasion germanique, p. 536.
changé: en face des avantages conservés, on oubliait sans peine les détails qui s'étaient perdus. Enfin, il faut tenir compte d'un phénomène qui reparaît dans les siècles les plus troublés, et qu’on ne constate Jamais sans un nouvel étonnement. On l'a souvent remarqué : pour peu qu'une crise dure longtemps, on s'accoutume à vivre dans l'incertitude. La génération née après 406, qui n'avait jamais connu de paix durable, était heureuse d'un calme momentané, et elle en jouissait sans se soucier du lendemain. A peine échappé d'un péril, on s’en croyait délivré pour toujours. Cettedisposition naturelle qui n’est, en somme, qu'une des formes de la volonté de vivre, était au v° siècle, développée par le souvenir de la sécurité autrefois assurée par la puissance romaine. Le christianisme la renforça encore : il enseignait que l’homme ne peut jamais espérer le calme ici-bas. Saint Avit l'écrivait à l'un de ses amis qui prenait un moment de calme pour le terme de ses malheurs!{. Il fallait donc se résigner à ces épreuves nécessaires, et chez beaucoup la résignation se traduisit par l'insouciance. Mais la résignation ne prouve pas que les maux n’existaient pas. L'impression dernière, qui ressort des confidences faites par les hommes du v° siècle, est celle d'une situation instable, qui se prolongera d'ailleurs bien au-delà de la période qui nous occupe, et d’un désordre qui revêt, dans la soumission illusoire à l'empire, et dans la conservation d'une partie des institutions, les apparences de la régularité ?. La paix véritable, féconde, celle qui permet à l'activité intellectuelle de se déployer librement, ne s’y rencontre pas.
Ce qui, dans les siècles précédents, avait empêché que les guerres civiles et même les invasions étrangères eussent pour conséquence la ruine des institutions romaines, c’est que, le calme rétabli, le péril écarté, la puissance impériale avait travaillé à les rétablir. Au v° siècle, il est question de la défense du territoire, demeuré romain, non de sa réorganisation administrative. La province des Gaules devient progressivement moins étendue3. Après l’établis-