‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 51 sur 404 · Epist. 34 (éd. Peiper · texte numérisé non relu

Epist. 34 (éd. Peiper

2. « Conditio instabilis semper generaliter aevi », dit Paulin dans un vers qui peut s appliquer soit à la vie en général, soit à l'époque particulière où il vivait (Euchar., v. 540).

3. Voir Fustel de Coulanges, L'invasion germanique, p. 450 et passim.

sement des « alliés », elle comprenait les Alpes maritimes, la seconde Narbonnaise et une partie de la première, la Viennoise, la première Aquitaine et la première Lugdunaise. Mais ces provinces lui sont bientôt arrachées. Lyon, Narbonne, Vienne, Autun demeurent des villes romaines jusqu'en 460, Clermont jusqu'en #15, époque où la Province romaine est réduite à la bande de terre située entre la Durance et la mer. En #80, après la chute de l'empire d'Occident, Euric s'empare d'Arles et de Marseille. Pendant le cours de cette période, les empereurs intervenaient en Gaule, tantôt pour arrêter par les armes les empiétements des Barbares, tantôt pour les reconnaître par un traité, tantôt pour réprimer les tendances séparatistes des Gallo-Romains. À cela se bornait leur intervention : qu'elle s'exerçät par la violence ou par la diplomatie, elle ne dépassait pas, quand elle l'atteignait, l'objet même qui l'avait susvitée. L'État n'exerçait pas l'action durable, nécessaire pour maintenir intacts les différents organismes de la vie romaine.

Dans ces conditions, faut-il admettre que des établissements aussi fragiles et aussi dispendieux que les écoles aient pu se maintenir, ou faut-il croire encore que, ruinés pour un temps, ils aient été relevés ensuite? Quand, aux époques de troubles, les écoles disparaissent, elles ne renaissent pas d'elles-mêmes aussitôt que le calme s'est rétabli. Elles ne figurent ni parmi les rouages indispensables d'un État, comme les pouvoirs judiciaires et administratifs, ni parmi les habitudes de la vie, qui ne sont que suspendues et résistent souvent aux révolutions les plus violentes. Au us° siècle, il avait fallu l'ordre exprès et la munificence de l'empereur pour restaurer l’école d'Autun ; au 1v°, qui avait aussi connu les guerres civiles et les incursions des Barbares, l'action impériale était intervenue pour ranimer le zèle des cités et maintenir l’enseignement dans son éclat, quand le calme s'était rétabli, C'est en vain qu'au v° siècle on chercherait un équivalent aux libéralités de Constance Chlore ou au rescrit de 376. Nulle part il n'apparaît que les empereurs aient alors accordé leur appui aux écoles publiques de la Gaule.

Ont-elles trouvé dans les princes goths ou burgondes l'aide qui leur faisait défaut ? Pour le soutenir on ne manque pas d'arguments : les Barbares ont emprunté aux Gallo-Romains leurs institutions, ils leur ont permis de garder leur législation, ils ont conservé des fonctions !, enfin ils ont appris le latin et entretenu une chancellerie.

{. Cf. Dahn, Die Kæœnige der Germanen, WE, p. 174.

Ils avaient donc intérêt à maintenir les universités qui avaient fourni à l'empire des jurisconsultes, des fonctionnaires et des bureaucrates.

Nous répondrons tout d'abord que nous ne parlons pas des institutions en général, mais de l’école, c’est-à-dire d’une institution qui, à la différence des autres, a pour principale mission de préparer l'avenir. Or, dans l'adaptation des institutions romaines à leurs besoins, travail sans cesse interrompu par les guerres, les Barbares se sont de préférence attachés au présent. Si l'on passe en revue ce qu'ils ont emprunté à la vie romaine, on voit qu'en dehors des habitudes qui subsistaient d'elles-mêmes, ils ont conservé les institutions qui étaient d'une utilité immédiate, ou semblaient assurer, mieux que les leurs, l'existence de l'État ou la condition des personnes !, L'école publique, où les arts libéraux étaient enseignés à l'aristocratie, suivant des méthodes et dans un esprit nettement romains, n était pas de celles-là. Les empereurs avaient un intérêt politique à exiger des provinciaux avides de fonctions qu'ils eussent reçu cette éducation traditionnelle, dont les lacunes comme les parties superflues semblaient également respectables, Mais il n'importait pas aux princes barbares de montrer les mêmes exigences,; de ce que la Lex Burgqundionum, comme la Lex W'isigothorum contiennent l'indication de dignités? qui, au 1iv° siècle, n'auraient été remplies que par d'anciens élèves des universités romaines, on ne doit pas conclure que les Burgondes et les Wisigoths aient empêché les cités de se dérober aux dépenses scolaires, ou se soient substitués à elles pour le paiement des professeurs. Autre chose était de respecter les mœurs des Gallo-Romains, autre chose de les garantir contre un renoncement partiel à la vie romaine.

Reste un dernier argument : les Barbares ont adopté le latin; ils s'en sont servis dans leurs relations avec les Gallo-Romains, avec l'empire, avec le clergé, ils ont eu des bureaux. Cet argument n'a de valeur qu'en apparence, et il perd toute autorité si, d’une part, on a soin de distinguer le latin parlé et le latin écrit, et si, d'autre part, au lieu d'embrasser le siècle entier dans une vue générale, on y reconnaît des époques distinctes. Rien ne prouve que les Wisigoths de Gaule et les Burgondes aient fait usage du latin littéraire en dehors de leur chancellerie. Sidoine Apollinaire dit bien que

1. Cf. Fustel de Coulanges, La monarchie franque, p. 183. 2. Voir la liste de ces dignités id., p. 239; Lécrivain, Annales du Midi, 1 (1889), p.145 et suiv.

Théodoric II avait lu Virgile !, et Fauriel en a conclu qu'il « avait reçu à Toulouse une éducation romaine toute classique ? ». Mais, outre que la connaissance de Virgile ne suppose pas nécessairement la connaissance des lettres classiques, — nous le verrons au chapitre suivant, à propos de Grégoire de Tours, — un fait précis nous autorise à ne pas étendre à tous les princes wisigoths la prétendue éducation de Théodoric. Quand, en 475, saint Épiphane fut envoyé en ambassade au roi Euric par l’empereur Népos, il ne conversa avec le prince goth qu’au moyen dun interprètes, Faurie] déclare ce détail suspect, sous prétexte qu'Ennode, qui le rapporte, était un rhéteur. L'argument est insoutenable : on ne voit pas quel effet oratoire Ennode aurait attendu de l’introduction d'un interprète dans son récit. On pourrait prétendre qu'Euric, qui, à ce moment, affichait la prétention de rompre avec l'empire, affecta de ne pas comprendre le latin; mais, dans cette circonstance, il ne voulait pas blesser l'empereur à qui, en apparence au moins, 1] accorda satisfaction, et, d'autre part, reconnaissons-le, ce dédain s'accorderait mal avec un appui quelconque donné aux lettres romaines. Il est plus vraisemblable qu'Euric ne comprenait pas assez le latin, et surtout le latin des orateurs, pour se hasarder à écoutersans interprète les discours d'Épiphane. Les questions que celui-ci devait régler avec le roi wisigoth étaient très délicates et exigeaient une grande précision ; le moindre malentendu aurait amené de graves complications. Ce témoignage n'indique pas qu'Euric ne savait pas le latin, mais il prouve qu'il le savait mal, et qu'en tout cas, il n'avait pas reçu l'éducation classique que Fauriel prête à son frère Théodoric. Vraisemblablement il n'entendait que la langue usuelle, et se méfiait du langage plus littéraire qu'employait Épiphane.

Pour les Burgondes, la question est plus délicate. Par suite du mode de répartition des terres entre eux et les Gallo-Romains, ils s'étaient trouvés intimement mêlés à la vie romaine #. Il n'en faudrait pourtant pas conclure, sans preuve, que les Burgondes aient reçu la culture classique ; c’est même aller trop loin, selon nous, que de dire : « Tous les Burgondes des classes élevées parlaient

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