‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 89 sur 404 · Jlist. Franc., V · texte numérisé non relu

Jlist. Franc., V

2. La civilisation chrétienne chez les Francs, p. 478. — L'Ilistoire littéraire est moins nette (t. II, p. 7) «: On vit encore parmi eux des écoles publiques ouvertes à la jeunesse. Mais les nouvelles mœurs faisant chaque jour plus de progrès, il fallut enfin céder à la violence du torrent, » Malgré cette réserve, l'Histoire littéraire parle continuellement des écoles dans le cours du troisième volume. M. Jullian, qui avait cru au maintien de l'école de Bordeaux au ve siècle, dit (ist. de Bordeaux, p. 8%) : « De l'école, encore florissante sous les Wisigoths, il n'est pas une seule fois question sous [a domination des Francs. »

on donnait des leçons de tous les arts convenables à des jeunes gens de la première naissance !. » Plus loin, l'Histoire litiéraire est moins affirmative, et elle présente l'enseignement des arts libéraux à l'École du Palais comme une hvpothèse *. « On ne peut douter, dit-elle, que la connaissance des lettres, et. de ce qu'onnommait les arts libéraux, ne füt un des premiers et principaux exercices dans lesquels on élevait cette jeune noblesse. Sans cela, comment aurait-on formé des Politiques et autres ministres pour les besoins de l'État? » Cette théorie a été reprise, non plus comme une hypothèse, mais comme un fait établi, par dom Pitra dans la Vie de saint Léger 3. Ayant sous les yeux l'École du Palais, telle quelle fleurit au temps de Charlemagne et de Charles le Chauve, com Pitra a groupé dans une Académie les hommes instruits du temps, y compris Fortunat ‘; il n'a pas craint d'affirmer qu ‘à partir de Clotaire II, on distinguait nettement l'existence de l'École du Palais et qu'on pouvait décrire « sa physionomie, ses plans d'études, ses hommes et ses œuvres ÿ ». Dom Pitra a même cité quelques-uns des maîtres de l’École Palatine, saint Béthaire (+ en 623) 5, Rusticus. Il conclut ainsi : « C'était comme une haute école où la science du temps s’y enseignait en un degré supérieur, Après avoir épuisé l'éducation paternelle des familles sénatoriales et l'art des rhéteurs et des grammairiens, on venait se perfectionner au Palais... Aussi y accourait-on de tous les points de la Gaule 7. »

Ozanam a reproduit la théorie de dom Pitra en la considérant, ainsi que lui, comme indiscutable 8. Par un habile mélange des vies des saints Didier de Cahors, Evroul, Chlodulf, Germer, Bonet, Lambert, Wandrille, Faron, de Wala, d'Adalhard et de saint Benoît d'Aniane avec des textes de Tacite, de Grégoire de Tours, de Fortunat, de Paul Diacre, d'Einhart, en interprétant largement les uns et le autres, il s’est donné l'illusion d’un mouve-

. T. I], p. 424. L'Ilistoire lilléraire cite comme ayant été élevés dans l'École du Palais : saint W andrille, saint Faron, saint Didier de Cahors, saint Germer, saint Philibert, saint Hubert, saint Ouen

à Id. , pe 425.

8. La civilisation chrétienne chez Les Frances, pb. 542, Cf. Masius dans

Schmid, Geseh. der Erziehung (18921, LH, 1, p. 107.

ment intellectuel reproduisant, deux siècles par avance, la renaissance carolingienne.

Fustel de Coulanges a fort atténué les tons éclatants de ce tableau. Nous citerons en entier ce qu’il dit de l'École Palatine.

« Les empereurs avaient eu un paedagogianum. On ne retrouve plus le mot sous les rois francs; mais la chose n'a pas tout à fait disparu. Nous voyons les plus grandes familles placer leurs enfants à la cour « pour qu'ils y apprennent ce qui s’apprend dans le palais, eruditionem palatinam, aulicas disciplinas » (Vita Aridü ap. Gr. de Tours — Vita Wandregesili, 2 (Mab., Acta SS., IT, 534). Cette éducation paraît avoir compris, autant que nous en pouvons juger, les lettres latines, l'instruction religieuse pour les uns, l'exercice des armes pour les autres, avec les connaissances nécessaires à la gestion des emplois administratifs, pour tous, l'art de servir le maitre !. »

On pourrait adopter ces conclusions et passer outre, si l'expression « lettres latines » qui, seule, nous intéresse, ne prêtait à confusion ?. Que faut-1l entendre par ces mots, et quelles étaient les limites et le caractère de cette éducation littéraire ? Les élèves de l'École Palatine apprenaient-ils simplement à lire et à écrire, et se contentaient-ils d'acquérir les notions de droit, de retenir les formules nécessaires à de futurs référendaires, ou bien étudiaientils les arts libéraux? L'objet de ce travail ne nous permet pas de laisser subsister, sur ce point, de malentendu.

Les auteurs de l'Histoire littéraire établissaient l'existence de l'École du Palais par la nécessité de fournir « des Politiques et d'autres ministres aux rois francs ». Les besoins de l’administration franque ne doivent pas nous entraîner à une dangereuse assimilation. Parce que nous trouvons auprès des rois mérovingiens une cour et des emplois, il ne s'ensuit pas qu’ils nous offrent la garantie d'une culture étendue, comme, au 1v° siècle, le palais impérial et les fonctions exercées pour l'Etat romain. Si, alors, les hauts dignitaires étudiaient nécessairement les lettres, c'était moins pour exercer leurs fonctions, que pour acquérir l'éducation romaine; quant aux employés du Palais, s'ils devaient être instruits, — et il serait hasardeux d'égaler leur savoir à celui d’un Symmaque ou d’un Ausone,

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