DÉVELOPPEMENS
objets dont l’exécution a été commamlée d’après un modèle tracé , et écrire, pour rendre scs idées et les faire comprendre aux autres ; il n’exprime pas, comme l’écriture, des articulations et des sons, mais des ligures réelles; introduit dans l’enseignement des classes inférieures , il doit nécessairement perfectionner leurs jjroduits et élever notre industrie au plus haut degiv de splendeur.
En un mot, l’art du dessin, s’il ne contribu^pas, comme la lecture et l’écriture , à élever le moral des nations , est peut-être plus utile à la prospérité de leur industrie , et au bien-être de chacun dans la profcssion^qu’il exerce.
Ces considérations ont frappé un homme d’état qui se glorifie d’être compté parmi les plusfermes soutiens de l’instruction publique : M. le duc de Gazes, alors piésident du conseil des ministres, a voulu introduire l’enseignement du des.sein dans l’école qu’il a fondée à Libourne, en limitant ce bel art à la seule partie qui soit^ l’usage du peuple, c’est-à-dire, l’enseignement du dessin linéaire.
La plupart des facultés de l’homme, lorsqu’il veut les exercer , peuvent atteindre à une perfection dont il est difficile de se faire une idée. 31. de Gazes a conçu cette grande pensée, qu’on pourrait perfectionner nos organes, jusqu’à donner à la main et aux yeux une précision presque égale à çelle qu’on obtient des instrumens usuels. G’est dans ce but qu’il a réuni plusieurs membres de la société d’instruction élémcntame , pour préparer un travail sur l’art du dessin linéaire , afin que les principes suivis dans la méthode de l’enseignement mutuel fussent appliqués à ce genre d’instruction. J’ai été chargé de ce soin , et aidé des conseils de 31M. Mirbel, de Lasteyrie, Hachette, Gloquet. Je vais rendre compte de la manière dont cette intention a été remplie, et du résultat de cette tentative.
Les bases dont nous sommes partis sont les suivantes :
1 ®. Les figures géométriques ont été considérées comme devant d’abord .servir de modèles. Nous voyous pai- le cercle du Gioto , et les traités élémentaires, d’Alberl-
PRELIMINALaES.
Duren et de Jean Cousin , que c’est ainsi que ces grands maîtres ont conçu l’art du dessin. D’après ces considérations, des figures de géométrie ont 'été disposées dans l’ordre des difficultés du dessin , pour sei^vir de modèles.
2®. Chaque figure se rapporte à un commandement que le maître fait à scs élèves. <
'3“. Un travail préparé pour le maître est destiné à le mettre en état d’instruire ses disciples , dê lever les difficultés que' le tracé juésente, et de faire comprendre le' sens des divers commandemens. ' ■
4®. Enfin , selon le mode pratiqué pour l’enseignement mutuel , auquel ces procédés sont applicables , aussi-bien qu’à toutes les espèces d’écoles primaires , on ne srfppose d’avance aucune connàissance de dessin au maître , ni aux élèves; et tous, à peu près aussi peu habiles, soit en géométrie , soit en dessin | doivent arriver à tracer correctement toutes les figures d’omemens usités dans les arts t et cela sans préceptes spéciaux , sans ce qu’on appelle des lè~ çons, et par le seul empire de l’exemple et de l’imitation.
M. Mirbcl, savant académicien, qui a lui-méme des-' sine les figures de ses cxccHens oureages d’histoire natii- ' relié , a même imaginé qu’on pouvait tirer parti de cette circonstance pour habituer l’œil de l’enfant à évaluer en * ’ mètres les dimensions , et l’exercer à l’usage des nouvelles mesures, C’était opérer en France une heurense révolution dans les habitudes nationales. Les mesures dont la puissance législative n’a pu encore introduire l’usage dans toutes les classes de la société , n’offrent aucune objection à la raison la plus difficile à contenter ; mais il faut consentir au sacrifice des habitudes , pour en adopter de nouvelles , effort dont iPs hommes instruits sont capables ; mais qui est presque impossible à une population nombreuse. ‘ '
D’ailleurs, le nouveau système métrique, né aumilieu de nos orages politiques, a rencontré autant d’obstacles à son *
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établissement dans réloigiiemcnt de certaines personnes pour les principes du gouvernement de ces temps malheureux , que dans la .paresse d’esprit qui résiste au changement', et la haine que portent certains hommes à tout ce qui est utile. Le gouvernement recula devant cette triple opposition , et consentit à transiger avec elle : conception bien malheureuse , puisqu’elle conduisit à permettre à la fois 4’usage des anciens et des nouveaux noms de poids et de mesures ! Cette concession , sam produire aucun des avantages qu’on en espérait , ne fit que jeter dans le discours des obscurités perpétuelles. L’expérience avait prouvé que ces dénominations n’avaient rien de gênant yéet que les habitudes seules étaient contrariées par l’emploi de grandeurs qui n’avaient pas encore acquis l’autorité de l’expérience , et créaient de nouvelles relations avec les besoins. On ne reniédiaif donc qu’à un mal imaginaire , sans faire un seul pas vers le but qu’on voulait atteindre. Le moyen de rendre populaires les nouv-elles mesures, est de les iuUoduire dès l’enfance dans les usages domestiques , et les écoles publiques out justement paru à M. Mirbel une occasion sûre d’arriver au but. La commission a saisi avec empressement cette belle idee;-dès la première tentative, on a obtenu des succès qui dépassent toutes les espérances.
Il est maintenant iiicile de concevoir les procédés qu’on a suivis , dans les sections les plus élémentaires de cet ouvrage j les autres pai ties , étant destinées à pousser l’enseignement jusqu’au dessin de la ligure , des machines et de l’architecture , exigent plus de soin et une aptitude plus marquée.
Les élèves dessinent debout,* sur uji tableau noir, devant lequel ils sont rangés en demi-cercle , ayant devant les yeux les figures dont ils doivent imiter les contours; ou bien à leurs places , assis sur des bancs , et armés île l’ardoise et du crayon. D.ins le premier cas , ils tracent
tour à tour la figure désigné par le maître , qui- a soin de l’appeler par son nom; et l’élève qui a le mieux dessiné prend de suite la place la plus honorable. Dans le second cas, sous le commandement que fait le maître en lisant sur une tablette les phrases qu’il juge à propos de choisir, l’ardoise se couvre des diverses figures; la correction se' fait ensuite à l’ordinaire," sans jiàrler, en traçant de nouveau les figures et procédant de rang en rang. Tout se passe donc dans l’ordre et selon la thode accoutumée dans les classes d’enseignement mutuel, où le moniteur commmande et dessine les figures, étant dressé d’avance à cet emploi par l’instjlÿteur qui l’a rendu , ou l’a choisi, déjà plus habile que ceux qu’il doit commander. '
La première section de l’ouvrage est destinée à ce genre de dessin où les instrumens ne sont pas en usage. Il, est sans doute à souhaiter que les enfans puissent employer la règle et le compas, et soient capables de dessiner des machines et dès projections ; mais c’est ce qu’on fera plus tard. Jusqu’ici les élèves ne se servent jamais de ces instrumens •' le maître seul les emploie comme moyens de vérifications. Lorsque les élèves auront vu se servir de la règle , du compas et de l’équenc, on leur mettra ces instrumens dans les mains , ainsi qu’il sera expliqué dans les auti'es sections de l’ouvrage , pour vérifier les figures tracées à main levée. Une réglette divisée eu centimètres et millimètres , qui est connue dans le commerce sous le nom du fabriquant Kutsch , sei't aux corrections sur l’ardoise. Un demi-mètre divisé est le bâton de commandement , et sert à vérifier les figtires tracées sur le tableau noir ; un autre mètre , fixé en haut de ce tableau , sert à réglei* le coup d’œil , lorsqu’on veut tracer des lignes de longueurs données : car toutes les figures doivent êtres assujetties à avoir des dimensions que le mattrè fixe à sa volonté. Celles du litre , de l’hectolitre , qui servent à mesurer les substances solides et liquides ,
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sont , même au ranj^ des figures qui doivent être dessinées. *
Voici donc l’ordre qu’on doit observer. Le maître lit sur sa tablette un commandement , et les élèves obéissent en traçant la ligure indiquée t aidé de la règle métrique . le maître corrige ensuite.
• Mais bientôt il sera nécessaire d’exercer lès élèves à se servii- des iustrumens de géométrie , qui donnent aux dessins plus de .sûreté et de coiTection j la classe doit en être pourvue , savoir : de règles de diverses longueui's , d’un grand et un petit compas, d’une grande et une petite équerre, et d’un rapporteur ; mais ces divers instrumens ne sont pas* utiles à la fois : les uns ne servent qu’à la première classe de dessin , les autres à la seconde ou à la
troisième La deuxième section de l'ouvrage est destinée à
enseçner au maître à se servir de ces instrumens, ‘dont il ne doit indiquer l’usage qu’en pratiquant , et non pas en exposant verbalement des préceptes.
Soit qu'il s’agisse de dessiner à main levée, ou avec les instrumens , les apprentis dessûialcurs sont partagés en cinq classes ; les plus faibles tracent des droites , des angles, des parallèles , des perpendiculaires, des triangles. Dans la classe suivante' on trace des polygones , et des polyèdres.
Dans la troisième classe, on fait des cercles, despoly-.»' gones réguliers et les figures planes qui en dépendent.
Dans la quatrième , on apprend à dessiner un l'àpporteur, et à faire des angles d’une ouverture donnée ; on trace des ellipses, et on imite en perspective quelques coips ronds à trois dimensions, tels que les cylindres, cônes , sphères '
Dans la cinquième classe enfin , oiP dessine des vases et des omemens de goût.
Ce travail ainsi pi-épai'é fut mis à l’épreuve , afin de reconnaître par expérience quels étaient les changemens
qu’il pouvait exiger ; on s’est donc borné à faire dessiner les figures, à copier les instructions, et à établir cet enseignement dans l’école de Libourne, fondée par M. le duc de Gazes. Il était difficile à l’auteur de faire comprendre ces leçons manuscrites à des personnes étrangères à la géométrie et au dessin , situées à- cent quarante jieues de Paris ) et , comme ce genre d’instruction n’était pas introduit dans l’école normale , où l’on forme les instituteurs pourl’enseignement mutuel , on a eu besoin de secours , qui, dans d’autres circonstances , n’eussent pas été nécessaires.
On a heureusement rencontré à Libourne de zélés auxiliaires : deux des anciens élèves de cette école fameuse, dont la renommée a publié partout les travaux, et qui • semble destinée à s’associer à tout ce qu’il y a de lumières, de grandeur et de patriotisme, M. Angelier , sous-préfet à Libourne , et M. Chayrou , capitaine de génie , tous deux sortis de l’école polytechnique.’ Leurs soins ont levé toutes les diflieultés, et un rapport que M. Angelier a fait au ministre , donne la mesure des succès que cette méthode a obtenus , et de ceux qu’elle est destinée à obtenir encore ’ . Aidé de ces puissans secours, l’instituteur de l’école de
I Les premières figures furent comprises sans la moindre difficulté, dit M. Angelier, dans son rapport : le premier tableau ne tarda pus lui-même à être connu de tous les élèves. Leur intelligence a saisi habilement les notions qu'on voulait leur donner ; mais ils ont été arrêtés assez long-temps dans la pratique. Il n'était pas facile à des enfans , qui n'avaient pas la moindre notion du dessin, de tracer des lignes, de les diviser en parties exactement égales , d'en prendre le tiers , le quart , etc. ; d'abaissser des perpendiculaires de tirer des obliques, de mener des parallèles, et d'apprécier en centilitres la longueur d'une ligne donnée, etc. , etc. Ils n'avaient jpint encore assez de souplesse dans les mouveraens de la main; mais un exercice souvent réitéré, et une émulation prodigieuse leur ont fait vaincre, après un mois de leçons, presque toutes ceX difficultés. Ils tracent maintenant
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Libourne , M. Fréjacques , u pu développer son cèle et son intelligence ; et c’est aux soins particuliers qu’il a pris constamment durant trois mois , que sont dus les succès dont ses eflbrts sont couronnés. Depuis ce temps , l’ensei* gnenient du dessin linéaire a été introduit dans un grand nombre d’écoles. primaires , et partout les résultats ont été heureux. .
Maintenant que l’expérience a parlé, il ne s’agissait plus que de faire les corruetions qu’elle a indiquées , et de mettre les instituteurs à même de dii’iger leurs écoles vers l’enseignement du dessin , sans avoir l>esOin de secours étrangers, et de multiplier les applications aux objets d’artsi Dans l’origine , cette méthode n’était destinée qu’aux écoles d’en.seignement mutuel i il a été facile de la« rendre pi'qpre à tous les genres d’instruction primaira, et > même de l’étendre aux diverses branches de l’art du dessin. Le traité que nous publions est le résultat de ce, travail. C’est àM. le duc de Gaze» qu’on doit la première, idée d’un enseignement dont notre siècle retirera les avantages ,
sur le tableau des ligures beaucoup plus régulières qu'on ne l'exige pour l'étude des mathématiques, et ils apprécient avec une rare précision la longueur d'une ligne en centimètres : cette exactitude est telle, qu'ils se trompent .à peine d'un centimètre. Le professeur a souvent reconnu, le mètre à la main, qu'il n'existait pas dans leur énoncé la différence d'un millimètre : j'insiste sur cette justesse, parce que j'en ai été étonné moi-méine.
Les élèves apprécient très-bien la longueur d'une ligne donnée ; ils conçoivent très-bien ce que c’est qu'une perpendiculaire, une oblique , un angle droit , un angle aigu , un angle obtus , un triangle, un parallélogramme un rectangle, etc.; Us divisent exactement les angles, tracent des polygones réguliers , décrivent des cercles , etc. ; dessinent de^^yramides , des solides , des sphères , des cônes , des cylindres , et conçoivent parfaitement les dimensions des nouvelles mesures cylindriques.
Ces assortions de M. .\ngelier, ont depuis été fréquemment vérifiées dans les autres écoles.
et qu’il acquittera par un nouveân tribut de reconnaissance. ' '
.Les quatre dernièi'es sections de l’ouvrage seront enseignées comme les autres , en les passant successivement en revue , selon les progrès et la facilité qu’on découvrira dans les élèves. L’une a pour objet l’art du dessin consi> déré en général ; deux sont destinées aux projections et à la perspective ; la dernière enfin l’est à l’application du calcul arithmétique aux ojjjcls d’art. L’instituteur, quelle que soit la méthode suivie pour l’enseignement dans son école, devra donc se pénétrer, avant tout, des principes recommandés dans les instructions générales qui lui vont être données. J’ai lieu d’espérer que les documens contenus dans ce traité sont assez élémentaires pour que la plus commune intelligence suffise, sans secours étrangers, à dirigei'ales écoles vers l’enseignement du dessin. i