‹ L'Enseignement du françaisChapitre 5 sur 7 · I. Les Procédés · texte numérisé non relu

I. Les Procédés

Le choix des moyens que nous devons employer nous est laissé, par le plan d'études de 1902, dans la plus large mesure; et il faut reconnaître que ce programme, par son esprit à la fois libéral et pratique, est doublement supérieur à ceux qui l'avaient précédé. Que nous dit-il, en effet? « Vous veillerez à ce que les connaissances des élèves soient assez étendues : ils seront habitués à faire des lectures complémentaires qui seront contrôlées en classe y^ (p. 79, io3, i3o et i34). — «Vous tâcherez de relier entre eux leurs souvenirs forcément épars : vous procéderez à des interrogations destinées à faire connaître les principaux écrivains français, du moyen âge et du xvf siècle en seconde, du xvii", du xviif et du xix" siècle en première y> (p. io3, i3i, i3d et i5d). Il ajoute encore , pages 80 et 86 : « Vous mettrez entre les mains des élèves, à partir de la troisième, un précis d'Histoire de la littérature française. » Mais ce troisième article ne semble pas avoir eu , dans la pensée du législateur, la même importance que les autres, et c'est sur les deux premiers que nous nous appuierons de préférence. Une seule forme est exclue, le « cours » , par omission dans le programme , de la manière la plus expresse dans les instructions ministérielles qui, par deux fois, l'ont complété, et l'insistance avec laquelle

cette recommandation nous est faite répond trop k nos préférences personnelles pour qu'elle ne soit pas comprise et suivie.

Considérons, en effet, pour mieux voir les défauts qu'il convient d'éviter, le moyen «qui ne guérit plus», je veux parler du fameux cours qui fut l'objet de tant de controverses, dès le lendemain de sa naissance. Certes, il répondait à d'excellentes intentions, et il avait au moins pour lui un argument considérable : il plaisait beaucoup aux élèves. Je me rappelle que vers le milieu de 1891, je demandais k ma classe (k ma première classe!) de seconde quel était le genre d'enseignement qui l'avait le plus intéressée : « La géographie», s'écria-t-on d'abord tout d'une voix. — «Et ensuite?». Des voix moins nombreuses, mais encore en majorité, répondirent : « L'histoire littéraire. » — « Et après ? » Un silence que je n'osai pas troubler m'éclaira sur l'intérêt qu'offrait alors pour ces jeunes esprits le reste de nos occupations journalières. Leur sincérité était hors de doute, et ce jugement si spontané mo parut digne d'être retenu. Ce qu'ils avaient reconnu, en effet, dans les disciplines de leur choix, ce qu'ils avaient senti, sans bien se le déûnir, dans la géographie, telle que l'exposaient les premiers élèves de M. Vidal de la Blache, ou dans l'histoire littéraire, telle que tâchaient de l'entrevoir les premiers élèves de Brunetière, c'était une forme encore imparfaite, mais solide, un peu vague, mais séduisante, de ï esprit philosophique. Aussi tout n'était-il pas k blâmer, loin de Ik, dans l'ardeqr de cette jeunesse guidée par d'autres jeunesses k peine plus âgées qu'elle. Nos adversaires les plus équitables le reconnaissaient en toute loyauté. « La méthode philosophique, écrivait M. Vial, le i5 décembre 1894, dans la Revue Universitaire , est actuellement en faveur. Elle se propose non pas tant d'étudier les œuvres littéraires ellesmêmes que do dégager les lois immuables qui les régissent. La connaissance des œuvres n'est pas ici le terme de l'effort;

J22 CONKKRENCKS DîJ MÏISI^.R PKDAGOfJIQÏlK, 1900.

elle n'est que lo point de de^parl d'un travail de companison et de généralisation qui doit aboutir à une classification finale. Se détacher peu à p(;u des textes, autant (ju'on peut le faire sans danger, pour s'élever à des formuh's générales. . . , définir, classer, voilà le fond même de la méthode philosophique. » Et nous ne trouvions pas cela si ridicule ! Mais M. Via! (c'était son droit !) critiquait aussitôt la forme fâcheuse qu'avait donnée le programme de 1 890 à cette excellente méthode. « Protégée en haut lieu par d'éloquents et puissants patrons (c'était en 1894), elle s'est, continuaitil, depuis quelques années, poussée dans le monde; elle a conquis jusqu'à cette chose légère qu'on appelle la mode. . . -» Je vous l'ai rappelé, nos classes ne juraient que par l'histoire littéraire. Et notre spirituel critique, avec un courage pas très banal en France, ne craignait pas de rompre ouvertement avec « la mode ».I1 nous déclarait sans ambages que, sous la forme de « cours » en trente leçons, « notre inéthode était mauvaise, dangereuse, qu'elle donnait des résultais déplorables». D'autres champions, du reste, et non des moindres, entraient en lice un peu avant ou après lui. M. Lanson, encore professeur de rhétorique, signalait le fâcheux cours « comme quelque chose de désastreux, comme la plaie de l'enseignement secondaire » ^^\ « Formules creuses, généralités vagues » , étaient les moindres reproches adressés , non sans raison, à notre imprudente éloquence; et le plus indulgent dans la forme, mon ami M. Pichon, nous donnait le coup de grâce, avec un sourire, en déclarant que, tout bien considéré , le meilleur moyen d'« améliorer » notre cours serait encore d'en supprimer le plan, les divisions, et, d'une manière générale , tout ce qui faisait de lui un * cours » proprement dit. . .

Vous avez vaincu. Messieurs ! Le cours qui fit la joie de nos heureux débuts a succombé sous vos coups, en 1902, après une résistance égale en durée à celle de la guerre de

(*^ Revue Universitaire, i5 octobre 189.3 (p. 265), i5 juillet 1895.

Troie; et ce n'est pas moi qui songerai jamais à relever ailleurs, nouveau fils d'Anchise, des ruines qu'il est bon de laisser périr. Je souscris même volontiers aux paroles élevées, décisives, dans lesquelles M. Bernés prononçait, en 1902, à l'École des Hautes Etudes sociales, l'oraison funèbre de cette méthode, sinon morte alors, au moins moribonde. Il signalait une dernière forme de nos procédés regrettables, transplantée (qui l'eût cru!) dans la République Argentine, au moment où nous étions sur le point d'y renoncer, et il la jugeait en ces termes : ««Vous découvrirez aisément, dans ce système pédagogique, la marque de cette métaphysique abstraite à déguisement historique, ce tour d'esprit hégélien familier aux lecteurs de Renan et de Taine. . . , dont l'influence, dominante et directrice au cours du siècle dernier, n'est sans doute pas destinée à le rester au même degré dans l'avenir. » Et il rappelait la double conséquence de ce système appliqué à l'enseignement secondaire, «« l'inoculation de deux maladies dont l'enseignement supérieur et la science historique ont eu bien de la peine à se guérir : la généralité vague et la prétendue philosophie de l'histoire » (''.

Nous voilà donc bien avertis, et cela non seulement par les programmes, par les instructions, mais par ceux-là mêmes d'entre nous qui ont eu le mérite de soutenir la doctrine aujourd'hui régnante, alors qu'elle était ««dans l'opposition ». Malheureusement, s'il est assez commode de définir. . . et de blâmer une expérience aujourd'hui terminée, il est beaucoup plus difficile de dire les caractères essentiels de la méthode naissante. Pour une première raison, d'abord, c'est qu'elle dépend un peu , comme tout procédé nouveau , du tempérament, des préférences, des idées de chaque professeur, et qu'il faudrait avoir le don d'ubiquité, complété par l'indiscrétion professionnelle d'un reporter, pour re-

t') fjEnseiçjnement secondaire . 1 5 janvier ipo.S.

]2/i CONTI-IRENCES DU MÏJSRK PROAGOGIOUI-:, 1000.

cueillir quel([ues centaines d'opinions avant de se prononcer. . . Ce vaste référendum m'ayant paru peu pratique, j'ai tâché d'y suppléer par des moyens moins tapageurs; j'ai interrogé des amis, appartenant à divers lycées; jai taché de lire entre les lignes dans les articles de revues... Malgré tout, je serai bien obligé de vous parler presque toujours de l'expérience que je connais le mieux (la seule à vrai dire que chacun connaisse), de la mienne... Et vous voyez mon embarras. Démosthène disait au peuple qu'il jouait un vilain rôle, en face d'Eschine, parce qu'il était obligé de se louer lui-même. Je n'aurai pas l'outrecuidance de me louer, mais je vais être obligé de vous parler souvent de ma classe, et, si je ne suis pas Démosthène, je crains d'être M. Josse, orfèvre, en train de vanter sa marchandise. Il faut donc que je commence par vous présenter mes excuses et vous demander votre indulgence. — Mais ce n'est pas le seul danger qui me fasse réfléchir, et j'ai d'autres indulgences, aussi, a solliciter. Ma route est semée d'écueils : je crains fort d'être constamment entre Charybde et Scylla. Gharybde, ce sont les difficultés qui tiennent à l'expérience elle-même, et dont je viens de vous laisser entrevoir les douces perspectives. Scylla (car quoiqu'on le prétende disparu dans le tremblement de terre de Messine, il subsiste encore, pour moi seul), Scylla, ce sont les conditions difficiles, très difficiles, dans lesquelles elle est tentée. Scylla , c'est ... ( doit-on le dire ? ) . . . c'est l'horaire ! . . . Et vous comprenez immédiatement que, s'il me faut observer à regard de mon auditoire un tact tout élémentaire , j'éprouve les mêmes sentiments vis-à-vis de ceux qui, sans réserves , sans restrictions d'aucune sorte , mais aussi en toute confiance, ne comptant pas moins sur ma prudence que sur ma sincérité, m'ont fait aujourd'hui l'honneur de me donner la parole.

Allégé par ce double aveu , et sûr que du haut des falaises des regards amicaux, des gestes sympathiques encourageront

de loin le nageur en péril, je me décide à me jeter à l'eau! J'y suis enfin ! Aidez-moi I

hes procédés dont j'ai entendu parler autour de moi, et (jue je pratique tant bien que mal, reposent sur un princi])e (|ui nous est commun à tous et que nous avons puisé dans le programme de 1902. Puisque nous ne devons plus faire une place à part à l'histoire littéraire, il reste à la tirer des exercices mêmes de la classe; il reste à découvrir dans l'explication même des auteurs, dans la préparation des devoirs, le moyen de les rattacher à (juelques idées générales, de faire qu'ils ne restent pas des exercices isolés, (ju'ils se succèdent suivant un plan et mènent à un but clairement défini dès le premier jour de l'année. Autrement dit, l'histoire littéraire se confond avec notre méthode générale d'enseignement du français; elle en est simplement l'idée directrice; elle en est le principe (V unité.

Il s'agit d'abord, en indiquant le texte d'explication ou le devoir, de montrer aux élèves la place qu'il occupe dans la série totale, les rapports qu'il présente avec ceux qui le précèdent et qui le suivent, bref, son rôle dans notre travail et sa date dans l'histoire. Or l'expérience nous apprend (|u'il faut apporter h ces conseils préliminaires une grande précision, beaucoup de soin.. . et pas mal de temps. Il faut qu'en classe, de notre chaire, nous dirigions à l'avance les lectures et les réflexions de l'étude, il faut que l'enseignement de l'histoire littéraire soit unicjuement une forme de la direction du travail. De là l'idée très simple qui est venue à un certain nombre de professeurs de dicter, chaque fois, pour les explications, des sommaires , et pour les devoirs des conseils assez dcHaillés. Certains d'entre nous, plus discrets, préfèrent se borner à quelques lignes; d'autres, vers lesquels m'inclinent mes préférences, n'hésitent pas à se livrer en classe, la plume à la main, à de véritables causeries écrites, dont l'essentiel reste fixé, h la fois sur le cahier du maitre et

120 CONI'KUENCIvS DU MIJSKI-: 1»KDA(J()G1QUK, lOO'J.

sur (:(;ux. des élèves... J'ai iiiéiue vu, à ce propos, avec satisfaction, que je n'avais pas, décidénnent, ic caractère de M. Josse. Vous vous figurez la grimace de cet honorable industriel si on venait lui annoncer que ses modèles les plus appréciés , les plus chers ( dans tous les sens I ) , viennent d'(^tre mis en vente, au même prix, dans un autre magasin... Eh bien, cette aventure m'est arrivée tout récemment, au mois d'octobre, et je n'ai pas fait la grimace, et j'ai même été enchanté ! Un de nos collègues, M. Adrian, professeur de première au lycée de Gharleville, a publié dans notre revue, ï Enseignement secondaire , un système exactement semblable au mien. Curieuse rencontre I Non seulement sur la nécessité des sommaires, mais sur la forme qu'il fallait leur donner, sm' la manière de les grouper, sur tout enfin (sauf sur un point dont je parlerai tout à Theure) l'accord était extraordinaire. Gomme nous n'avons pas le plaisir de nous connaître, il faut bien conclure de cette coïncidence que nos idées « sont dans l'air », et en faire remonter l'origine à la source commune dont nous nous sommes inspirés , c'est-k-dire aux courtes, mais substantielles instructions de 1902. Belle leçon de prudence et de modestie pour ceux qui se figurent parfois découvrir seuls l'Amérique! Grande satisfaction, en revanche, pour ceux qui, sans être poltrons, se montrent d'autant plus braves qu'ils sentent plus de monde avec eux. Ah I dites-moi bien vite , dès le début de la prochaine discussion, que mes idées sont banales, que mes sommaires courent les rues, que la direction du travail (ce que je soupçonne fortement) existe déjà un peu partout... Et ma bravoure ne connaîtra plus de bornes.

Mais le sommaire ne suffit pas. En vain nos élèves auront noté les lectures à faire avec la date du texte» le numéro des pages les plus intéressantes et les idées qu'ils doivent trouver à tel endroit des livres. Gomme nous ne pouvons pas exiger des familles qu'elles achètent (et ce ne serait qu'un minimum) tous les auteurs

LHISïOlllE LITTEUAIHE AU LYCEE. 127

du programme, la Bibliothèque de classe devient pour nous un indispensable instrument de travail; la distribution des livres est notre second procédé. Quand on pense qu'il y a vint,^t ans, personne ne songeait à cette institution, et que dans beaucoup do classes, aujourd'hui, avec des cotisations modestes, absolument volontaires, le système fonctionne comme s'il avait toujours existé, on ne peut pas refuser d'y voir une création nécessaire, fondée sur un besoin essentiel de l'enseignement nouveau. 11 suffit, pour s'en rendre compte, d'assister à la distribution des livres, au moment où le professeur réclame ceux qui doivent rentrer et en propose de nouveaux. Le joli, l'amusant spectacle, et bien imprévu naguère! Véritable signe des temps. Je n'ai pas besoin de le décrire, puisqu'il est devenu banal. Et pourtant, si un inspecteur, si un père de famille, nous demandait à quel instant il pourrait le mieux saisir r« esprit» de notre enseignement, c'est peut-être bien celui-là, certains bons jours, que je choisirais. Enthousiasme, indifférence, répugnance même des élèves, tout nous est bon pour faire valoir notre modeste trésor. Quinze mains se lèvent -elles pour réclamer ï Ancien Ilé()ime de Taine, le Voltaire de M. Lanson, ou l'inévitable Cyrano de Rostand, l'heureux élu se montre d'autant plus satisfait que les autres font la grimace. Un silence gêné accueille-t-il les Œuvres en prose de Boileau, les Lettres du xvnf siècle ou les Extraits de Diderot ? Nous n'hésitons pas à plaider la cause de ces chefs-d'œuvre méconnus. Notre verve n'est pas toujours très relevée, ti'ès scrupuleuse sur le choix des plaisanteries; mais enfin, elle réussit; il est bien rare qu'on ne nous fasse pas crédit de quelque confiance, que le volume, une fois lancé, ne soit coté, sinon comme un « chic bouquin », au moins comme un livre « utile pour l'examen » : il ne rentrera pas, avant plusieurs mois, dans la bibliothèque. Boileau même, Boileau sera redemandé! Humbles combats, obscures victoires, mais combats nécessaires et victoires fécondes. Victoires sur l'indifTérence , victoires sur la légèreté, victoires sur la concurrence des lectures niaises

I2S CONKÉKKNCKS DU M(JSÉK I»KF)A(;0(;iQl)E. 1900.

ou d(js maiiv;iiscs lectures... [jts élèves en coin))renijeiit si bien l'importance que Tordre n'est jamais troublé, que les plus grands accès de gaîté (Dieu sait s'ils sont fréquents!) n'inquiètent pas M. le Censeur, et que notre autorité ne sort jamais diminuée de ces utiles enchères. Tous devinent la haute pensée qui nous engage à nous faire l'avocat, j'allais presque dire le commissaire-priseur de nos vieux classiques. Et, comme ces femmes du monde qui tendent la main pour leurs œuvres, nous relevons, par notre amour des belles choses que nous vantons, l'humilité de notre geste.

Encore faut-il que nos sommaires et nos plaidoyers portent fruit, que notre voix ne reste pas « celle qui crie dans le désert ». Ici intervient la troisième pièce de notre petit arsenal, celle que les élèves, à leur tour, doivent forger en étude ou dans leur cabinet de travail, d'abord maladroitement, puis avec une adresse de plus en plus grande. Je veux parler des notes prises sur feuilles volantes et méthodiquement classées.

Remarquez, que nous disons «feuilles volantes»... Autant le cahier est nécessaire pour les sommaires, autant le carton, avec sa provision de fiches toujours modifiables, est la forme qui s'impose pour les notes personnelles. Le cahier de sommaires représente la règle; il est la voix du maître, il impose un ordre; il est rigide, autoritaire, immuable. Le carton de notes représente la libre initiative; il est la preuve des réflexions et du travail de l'élève, il est souple, changeant, ondoyant et divers; il se prête aux mille progrès d'un esprit curieux, inexpérimenté; il est toujours en mouvement. «Mais, disait-on encore il y a quelques années, c'est de la folie, de la folie pure! Demander à des élèves de conserver des feuilles volantes ! Ils les saliront, ils les perdront; votre carton ne sera bientôt qu'un réceptacle de loques sans nom. . . » A cette objection fréquente, je ne puis qu'opposer l'expérience de ceux qui ont osé traiter, sur ce point , les adolescents comme des hommes ,

et li's ont toujours vus, inrinc les plus médiocres, prendicî leurs notes avec goût, les conserver avec soin. 11 n'y a rien qu'on obtienne plus facilement d'eux que cet ordre matériel ; ceux mêmes qui reculent devant un ellbrt prolongé de niéjuoirc ou de réflexion montrent de la persévérance quand il s'agit siniplcnKiut de tenii* à jour ces collections... Si, aujourd'hui, inallieureusemenl, leurs cartons contiennent peu de l'euilles, ce n'est pas leur l'an le, vous le savez. Ils ont si peu de temps à nous consacrer I Mais j'ai vu, de i8(jO à 1900, j'ai conservé longtemps des recueils (\m étaient des modèles d'ordre et de clarté; leurs auteurs, ({ui ont bien réussi de[)uis, dans des voies très dillerentes, font remontera la date oii ils les ont composés le moment où ils ont pris, grâce à l'enseignement littéraire, les habitudes de travail qu'ils ont conservées ensuite, chacun dans son métier. Une autre objection, plus j)lausible, est celle que Brunelière lui-même nous avait signalée, lorsqu'il nousVecominandait cette méthode. . . la méthode ! (l'est (jue celle louable habitude peut assez aisément devenir un travers, et qu'il faut bien mettre en garde les élèves contre un excès dangereux. « Finis sit colligendi notulas», disaient souvent nos vieux maîtres. Il ne faut pas accumuler trop de notes, il ne faut les prendre, ni trop menues, ni trop nombreuses. Il ne faut pas substituer à la mémoire vivante une mémoire de ()apier. Mais quelle est la méthode dont les inconvénients i\e doivent cire corrigés par le tact délicat des hoihmes? Et ([uel <'st le procédé qui n'emprunh^ la plus grande partie (h; sa valeur à l'habileté, à la prudence, à la rnodération des maîtres, aux qualités précisément que les critiques ordinaires de l'Université veulent bien , dans leurs meilleurs jours , consentir à nous reconnaître ?

Tels sont, dans leur simplicité, nos trois inslrumenls de travail : le cahier de soniniaires , ta bibliothèque, le carton de noies. \oilà nos élèves munis. Comment vont-ils les utiliser?

130 CONFERENCES DU MUSÉE^PÉDAGOGJOUE, \\m.

(j'est ici, qu'après avoir a j)eii prcs jns(|u'ici Cy h' crois, (lu moins, puisque jo notle encore) évité le tourbillon de Charybde, je risque de me briser contre le roc de Scylla., . Car enfin, je le sens bien, depuis que j'ai quitté le rivage, vos regards se dirigent vers sa silhouette inquiétante. . . Vous vous dites: «Ce système, comme d'autres analogues, créés pour répondre aux désirs du programme, peut être excellent, très viable, très flottable, dans un large estuaire... Mais comment allez-vous le diriger dans l'étroit passage ménagé par rhoraire ? Comment accordez-vous ces petites occupations avec la nécessité de faire deux explications par semaine, de réciter les leçons et de corriger les devoirs? Où prenez-vous le temps de faire tout cela ? » Hélas! il faut bien vous l'avouer, puisque vous le savez, les heures, les trois heures fatales ne sont pas plus longues sous le méridien de Versailles que sous celui de Paris, et j'éprouve (vous vous en doutez) les mêmes difficultés que vous. Nous sommes tous logés a la même enseigne. La contradiction est grande (il serait puéril de le dissimuler) entre ce que nous voudrions faire, tous, par des moyens plus ou moins semblables, et ce que nous réalisons. Nous sommes absolument «au rouet».

J'ai bien pensé, un instant (et je ne suis pas le seul à y avoir pensé), à une solution bâtarde qui, tout au moins pour les sommaires , pièce capitale du système, permettrait de les adapter tant bien que mal à l'horaire actuel : c'eût été de les autographier. Mais je n'ai pas tardé à reconnaître que cet expédient serait le plus sûr moyen de tuer dans l'œuf notre entreprise; c'est même, comme toutes les demi-mesures, le plus grand danger qu'elle ait à redouter. Je ne parle pas de la peine que donnerait au professeur ou à ses meilleurs élèves ce travail de manœuvre; encore qu'un pareil argument ait son prix, et c[ue l'intérêt bien entendu de toute réforme soit de ne pas ennuyer les hommes chargés de l'appliquer. Mais, surtout, le sommaire autocopié, quelle qu'en fût la couleur, resterait toujours quelque chose de muet, d'impersonnel, qui ne rappellerait rien aux élèves,

L'HISTOIKE LITTEHAIUE AU LYCEE. \:\\

(|ueiqiie chose de plus froid que le livre lui-même. Il faut (|U(! cha(jue élève ait son cahier à lui, où il aura mis dans l'arrangement des choses un peu de son propre goût, de ses petites réflexions, de sa personnalité. Le maître, de son coté, ne «dicte» pas, ne peut pas «dicter», au pied de la lettre, son sommaire ; il s'arrête sur un mot, anime toute une phrase d'une réflexion, d'une anecdote, d'une plaisanterie ([ui la fixent dans les mémoires. Il change, même, in extremis, son projet toujours perfectible. Il pense devant les élèves; il écrit avec eux; il travaille avec eux; tout à l'heure, en relisant ces lignes qu'ils ont tracées en même temps que lui, les élèves croiront, dans le silence de l'étude ou de leur cabinet, entendre la voix de leur maître... Et c'est cette aimable collaboration, c'est cette action incomparable d'une intelligence vivante sur l'esprit attentif d'une classe que nous remplacerions par un autocopiste ? Non , non , quoi qu'on fasse, et rêvàt-on d'inventer la plus merveilleuse des machines, Edison sourirait lui-même si nous lui parlions de faire passer dans un papier muet et décoloré l'àme ardente d'un professeur.

Nous voilà donc toujours ramenés au pied du mur. De (pielque manière qu'on s'y prenne, du moment qu'on veut faire une place, dans la classe, à la direction du travail, du moment qu'on prend au sérieux les deux articles si libéraux (lu programme, desquels nous sommes partis, on est acculé à la nécessité de demander une (juatrième heure. Croyez bien (|ue, si je suis amené à parler ainsi, ce n'est pas pour le plaisir de réclamer des changements ; c'est c[ue j'y suis logiquement forcé; je suis au cœur de mon sujet; et plus je retourne la question, plus le sort de l'histoire littéraire m'apparaît nécessairement lié à une augmentation d'une heure parsemain(^(^L. Il semble bien, en effet, si nous essayons de [)énétrer avec sympathie, avec intelligence, la pensée du

'') Vue seule heure , et pas davantage. Ce chiffre de \ heures est un maximum en même temps qu'un minimum. 11 est ta limite normale vers

i:i2 COiNFEKKNCKS DU MUSKK VEUMAMAi^lE, 1009.

léj^islatoiir, (ju'il «lil inscrit ces arlicl(;s sur la Ifctnre des auteurs plulot coiriFiio des j)icTn's d'attentf, comme une invitation j)()ur les professeurs à tenter (juelcjues exjx'riences, que comme des ordres impératifs immédiatement exécutables. Certes, il y attachait la plus grande importance, [)uis- ([u'il les a inscrits, l'un ou Tautre, à huit (;ndroils du Plan d'études; mais il est probable (|u'(*n adoptant la division ternaire, il n'a pensé qu'aux exercices alors existant, d<;u\ explicalions par semaine, et un devoir hebdomadaire à matière très courte, ou sans matière, supposant très jxii de lectures. On s'explique assez qu'en présence des j^rosses difïicultés de la première exécution, il nous ait réduits provisoirement à trois heures, quitte à nous en donner quatre un peu plus tard, si nous savions les mériter.

Or, suivant ses prévisions, nous avons travaillé depuis 1902 ! Nous essayons de créer, sous la pression delà réforme, en tachant de la bien comprendre, en nous inspirant de son esprit, une chose à laquelle on ne pensait guère auparavant; nous entrevoyons déjà d'une manière assez nette, en indiquant des lectures, en donnant des conseils écrits, en distribuant les livres, en examinant les notes, la direction du travail. Autant l'histoire littéraire, sous la forme à la fois ambitieuse et imparfaite que lui avait prêtée le programme de 1890, nous avait fait de mal et nous en fait encore par son fâcheux renom, autant, sous la forme pratique et modeste qu'elle prend depuis 1902, nous croyons y voir le moyen de mettre de l'ordre, de la suite et de l'unité dans le travail. Les auteurs de la réforme ne pourront voir qu'avec plaisir le succès d'une de leurs pensées, et ils ne nous refuseront pas, si vraiment la direction du travail mérite l'heure qu'elle réclame, de la lui donner dans l'avenir. Mais c'est ce qu'euxmêmes ne pourront savoir que si, après avoir exposé non

laquelle nous tendons, et qu'il faut atteindre sans la dépasser. Au delà, ce sont des études, et non des classes, (|ui seront nécessaires aux élèves pour lire, rénî''cl)ir, prendre des notes, écrire, ])ref, pour profiter de nos conseils.

L7I1ST0IIU': LnTKHMHK AD l.^CKK. Kk)

procédés, nous indiquons, suivant Tusage, la nianicrc de s'en servir. Permettez-moi donc de passer de la première moitié à la seconde, et de montrer comment, au milieji de diflicultés sans nombre, nous essayons d(î reliera des idées tjéne raies IN-Inde pn'cise, documentaire, des te.vies orifjinau.r.

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