‹ L'Enseignement du françaisChapitre 6 sur 7 · II. IJapplicalion des procédés · texte numérisé non relu

II. IJapplicalion des procédés

Notre premier soin, au début de l'année, est de choisir les lieux communs, les grandes idées générales autour desquels nous grouperons les explications et les devoirs. Le choix en est assez vite fait, car telle est l'ampleur de chacun qu'il n'en faut pas plus de Irois ou (piatre pour nous permettn^ d'étudier les caractères essentiels de la Jittérature française. Une idée pour In Renaissance, une idée pour \e \\\f siècle, une idée pour la philoso])hie du \vm° siècle, une pour le Romantisme, et une conclusion sur le Réalisme après i85o; voilà tracé le plan très simple de nos études en première. «C'est ainsi cpie siècle par siècle, dit M. Adrian, sans s'astreindre d'ailleurs à un ordre rigoureusement chronologi(pie, des élèves bien entraînés peuvent avoir été invités, par l'action condnnée de leurs lectures, de leurs explications, de leurs questionnaires, de leurs devoirs, à réfléchir aux principales (juestions humaines (ju'ont posées et qu'ont essayé de résoudie les plus grands auteurs, depuis Corneille jus(|u'à Victor Hugo et h Michelet. » Vous le voyez, sans nous être entendus [puisque, de mon côté, j'avais arrêté mon plan dès le mois d'août), et sans être j)robal)lement, pour cela, de « grands esprits », nous nous elions « rencontrés », M. Adrian et moi, dans l'application comme dans le principe. Nul doute que, si la revue de M. Bernés vous ouvrait demain ses colonnes, nous assisterions à de nouvelles rencontres. Et cette mulli])lication n'aurait rien de miraculeux. Elle [)rouverait simplement (pie renseignement lilté'raire ne |)eut puiser quelque force que

i:\'t CONFERENCIOS 1)0 MUSKK I>KI)A(,(K;I0UK. I'JO'J.

(laijs l(^s idc'es f^/'n/'iales : su|)|)riiné('S (avec raison) sous lornic Ho cours, il faut qu'elles rf'paraisscnt ailleurs, et c'est autour d'(!ll(;s, qu'iustiiicti veinent, fatalement, à Charleville, à Versailles, à Paris, et partout, viennent plus ou moins se grouper les exercices de la classe.

l^)ur m'en tenir à celles que nous avons e\an)inées depuis le i'''" octobre, voici les trois lieux communs sur lesfjuels, jusqu'ici, nous nous sommes a])puyés. Le premier, auquel ont été rattachées les huit classes du début, est une déjiniiion de la Science , au commencement du xvn" siècle. Ce choix ïTi'était imposé par des circonstances un peu particulières, et parce que je me trouvais chargé des divisions C et D. Mais rien n'empêcherait de s'y arrêter également, avec quelques précautions, dans les divisions A et B. Tel est, en effet, le principal mérite, la première utilité de ces idées générales. Qui dit « lieu commun » dit une idée commune à tous les hommes qui pensent; une idée assez répandue et assez profonde pour que les opinions les plus diverses, les spécialités les plus différentes y soient à peu près confondues; une idée assez largement humaine pour que tous, historiens, linguistes, physiciens, naturalistes, séparés dans le train de la vie quotidienne par la nécessité de ne voir qu'une partie de la réalité, nous soyons heureux de nous trouver d'accord sur les mêmes principes, nous nous reconnaissions tous de véritables « humanistes ». « Humanistes » dans le sens le plus libéral du terme, voilà, ce que nous fûmes dans le passé, ce que nous serons encore dans l'avenir. Humanistes comme un Rabelais, comme un Léonard de Vinci, nous ne voulons rester étrangers à rien de ce qui est humain ; nous considérons l'homme tout entier, nous avons le culte de sa belle, de sa complète intelligence, nous faisons une part égale à toutes les nobles études, à tout ce qui élève, instruit, rend l'adolescent plus apte à comprendre la nature et l'humanité, et lorsque nous rencontrons, au seuil des temps modernes, une idée assez compréhensive pour qu'elle embrasse d'un seul couj) l'ensemble de nos connaissances, nous nous hâtons de la

saisir: nous empruntons à Copernic, à Galilée, à Descartes, à Pascal, à Pascal surtout, les textes qui nous font connaître, de i55o à i65o, les caractères, les ambitions et les limites de la Science.

Mais nous n'avons garde d'oublier que certains de ces lieux communs, sans cesser d'être généraux, conviennent plus particulièrement à nos études littéraires. Toile est, dans la deuxième partie , d'après les grands classiques du xvn* siècle, la (Ic.jiniùon de l'art. Les « grands sujets », vous vous le rappelez, la religion, la politique, se trouvant pour cincjuante ou soixante ans interdits aux écrivains, ils n'ont mis qu<' plus de soin à dévelop[)er dans le domaine qui leur «'lait abandonné les procédés de la raison; et celle-ci ne change pas de nature, lorsque nous passons du Discours de la Méthode à V Art poHUjae de Boileau. Certes, je l'avoue, deux Uiois sont bien insufîisanls pour une pareille analyse : le jour où le programme (c'est le seul point peut-être où il doive être amélioré) nous permettrait d'étudier le moyen âge en troisième, la seconde deviendrait la classe par excellence où l'on retracerait le tableau du xvii'' siècle, et nous n'aurions pas besoin (le le voir tout entier en première. Mais nous n'en sommes pas là ! Heureusement, nos procédés sont plus souples (pie le plan du cours en 3o leçons. Autant ils se prêteraient à une étude approfondie de tous ces textes, autant ils nous aident, provisoirement, à y choisir l'indispensable. La structure reste la même, qu'on fixe à 20, à 3o ou à /lo le nombre des chapitres dans chaque partie : c'est une méthode « à tiroirs ».

Voyez, pourtant, comme nous sommes excusables de les désirer pins nombreux. La troisième idée, toute dilTérente de la seconde (elle en esta peu près le contraire), vaudrait bien, elle aussi, qu'on lui consacrât de longues réflexions, et (pi'on lui donnât, enlin, en première, la place d'honneur. " Le grand siècle. Messieurs, disait un jour Michelet, je veux (lire le wni'! » — « La grande id(''e, répétons-nous bien sou- \ent à nos élèves, le lieu commun par excellence poin^ des

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Français du A^sirclc, csl celle c|ui, née de la J^enaissarjce, reprise par Montesquieu, Vollaiifî et les Encyclopédistes, est passée dans les faits par la Révolution, c*est la nécessité de soumettre non seulement l'élude de la nature, non seulement l'étude de l'homme, mais celle de la société aux sages lois de la raison. y>Lcs profjjcs de la raison dans la société; philosophes ei hommes du monde dans la première moitié du xviii' siècle, tel est le sujet de la troisième partie k la (in de laquelle, aujourd'hui 2 5 février, nous sommes loin d'être parvenus.

Rien de plus banal, vous le voyez, que ces «grandes questions humaines » dont parlait M. Adrian , et que je préfère peut-être appeler des «lieux communs». Rien de plus littéraire, pourtant, si, comme l'a montré Brunetière, le lieu commun est la substance même de toutes les grandes œuvres, le résumé des expériences accumulées par tous le^ hommes, le seul genre de sujets auquel l'art des grands écrivains réussisse à donner la vie.

[Nous n'avons donc plus qu'à montrer, par le choix judicieux des textes, la forme originale que prend, reproduite par un philosophe, un orateur ou un poète, la pensée commune de l'humanité. C'est le but de l'exercice devenu, depuis 1 902 , le principal de la classe, V explication d'un texte court , permettant de tirer d'une page tout ce qu'elle contient, et de faire comprendre par elle (car tout est dans tout, pour ceux qui savent regarder) le génie d'un écrivain ou l'esprit de son époque. Aussi ce principe, sur lequel nos «instructions» ne se lassent pas d'insister, concilie-t-il à merveille, avec le souci des idées générales, celui de l'exactitude dans l'observation.

Vous en douteriez un moment, peut-être, si vous ne regardiez que le titre de mes sommaires. Vous feriez la même réflexion qu'un de mes amis, auquel je montrais, le i*"" octobre, le plan de l'année commençante. «Mais ce sont des titres de leçons!» s'écriait épouvanté ce partisan des saines méthodes. Et il voyait déjà avec horreur le cours ressuscité non plus en 3o, mais en 90 leçons ! L'hydre de Lerne mul-

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tipliaiit ses [vies, 1 Ecoutez plutôt ce qui causait, bieu à tort, sou effroi :

J"" Pahtie : Ï.ES CAnAcrÈiiES et les limites de la science.

1'"'' GROUPE. 3 classes. — Définition de la science :

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