‹ L'enseignement du peupleChapitre 15 sur 32 · E L AUTORITÉ · texte numérisé non relu

E L AUTORITÉ

religion, obligée de partager rautorité avec ses adversaires, deacend au yaiig d'une secte. La . société admettant également toutes les croyance^*, les^ repoussant également comme direction exclusivie , déclare par là que Fesprit nouveau qui habite en elle est l'opposé de l'esprit sectaire. Pai' cela seul que nulle des religioils positives ne peut renfermer les religions (^posées, chacune délies se trouve incap&ble de fournir à la société nouvelle son principe d'éducation; et ce que ne peut faire aucune secte en particulier, elles le peuvent encore moins faire toutes ensemble. Le catholicisme, le protestantisme^ 1« ju* daïsme, et, si vous le voulez encore, le mabométisme, ne peuvent, par le«r mélange, produire le principe de concorde, d'alliance, sur lequel la société française veut se reposer, eh communioi» airec Thuraanité entière.

Qui enseignera à cette nation à vivre d^m esprit étranger à toute secte? Est-ce la secte? De cela résulte évidemment qiie

184 DE l'autorité.

le lifia de la société actuelle est indépeû; daBt de i:;hsicuEi des cukes et 4^ dogmes particuliers, puisque s'ils jetaient seuls eq présence « chacun d'eux étant inconciliable ayecles ^utres^ la g^erf^ religieiise serait pernanneiite. Ta^^t.cfMe ces cultes oiit été Im ra^lfres du inonde civil, ik se sont combattus Sëins relâcbev Si aujourd'hui il y a trêve entre eux, c'est qu'au-dessus d^eux est Tesprit général de la société qui les oblige à une paix apparente.

Car, remarquez qu'aucun d'eux ne peut faire. la profession de foi^e la société, et dire que tous méi4te»t un respect égal.

Q»e deviendrait le pape, s'il profess&it le plus ^rand rtspect pour. Mahomet? Que deviendrait Luther, s'il déclarait que le dogme du pépiste a une valeur égale au sien? Que deviendrait le prêtre romain, si , en cette quitté, il affirmak q^e le judaïsme est aussi nécessaire que le catbolicisq^ au bien de l'Etat? Ces cultes le détruiraient eux-méme^ Par où 13on voit que si ces religionsenseignent le principe de la société

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moderne, elles se renversent, et que si, réciproquement, la société laïque prend pour base morale la doctrine essentielle de Tune ou de Tautre de ces religions , elle se détruit de même. Ce qui revient à dire que .

la société est ainsi faite qu'elle vit par le principe de la séparation , et qu'elle se tue par le principe de là confusion.

IHi donmliie ecclésiMitique et du donifilne clTâl*

Nul doute que dans le chaos monstreux où Ton mêle aujourd'hui les choses ecclé* siasûques et les choses pohtiques , il eût été impossible à la France de résoudre , il y a soixante ans , les premières difficultés de son organisation sociale. Elle n'eût pu franchir le premier chapitre du Code civil.

Une question au moins aussi grande que celle de renseignement attendait , en 1789

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et 1792, la Révolution S4ir le seuil de IW cien régime.

Tout ce qui copcerne Tétat des personnes, naissance, mariage^ mort, était entre les mains du clergé , sous le nom dactes civils. Comment enlever à ce clergé un droit aussi aatîque? Comment faire que l'enfant pût entrer légitimement dans la vie, sans avoir besoin d'être marqué du sceau de TEglise? Comment enlever au sacerdoce oe qui avait éié la propriété de tous les sacerdoces»] eveiftx dire le droit sur les mariages et sur les fiinéraîUes? La résistance fut opiniâtre. Qu'on étudia les monuments de cette lutte , on verra que les objections étaient les mêmes que celles qui s'élèvent aujourd'hui contre le système que je propose pour résoudre la, question d'enseignement.

<fQuoi! disait-on, enWer la sanction civile à l'autorité du clergé? Mais le mariage n'est pas seulement un contrat; il est par-dessus tout une institcuion religieuse. Un mariage sans prêtre, hors de

1S8 ou DOMAINE* ECCLÉSIASTIQUE •

l'Église , qu est-ce qn'un concubinage au* torisé par la loi ? C'est donc la destruction de la iàraUie que Fou veut préparer par ces innovations scandaleuses? Alors qu'on le diseouveriemenc. Mais«i telle est la pensée d;e9 philosophes, que*r«n n'espère pas que le peuple les s«ive dans dette voie ; il n'admettra jariiais la distinctrôn du mariage civil et do mariage ecclésîMtique ; car , pour lui, il ne croit qu'à ia sanction da prêtre. Changer ainsi •^'tuinrait de fïlume la natnfis^deâr actts dviU , c'est outrager* le s^timent de^* masses. On est impolitiqae autant qu'impie ; et tout le résultat des im> valeurs serar de faire nïâudire la révolution par )è peuple,* s'il la voit déshonorer l'acte le plus important de l'e^rtstence biim&ine en. retranchant > ja consécration nécessaire des croyances. D'ailleurs, que sont les magistrats civils pour remplacer le clergé ?

ignorants, grossiers, les juge»t-oîi capablesr de rédiger et de conserver daif^ letirS mains des montiAients au^si importanti que ceusr qui marquent l<état des personnes ? C'est

ajouter à une erreur de principe une opinion ridicule sur les hommes. Dans cette société sans titres, il n'y aura plus m pères, ni mères , ni enfants. »

Et de tout cela ott concluait que Fidée de séparer Tacte civil de Facte ecdésiastique était une prétention absurde qui tomberait bientôt devant letpérience des faits et la réprobation de la grande majorité des Français.

Telle» étaient eu 1789 et4791 les objections qui sfè soulevaient dès les premiers pas de la Fraace dans la voie nouvelle. Ce fttt la plus grande tentation de la révoluticto.-On|>eiil retrouverïécho de ces objections dans les discussions de 'Fassai^tée législative (1791). Présentées par François de ^eufcbâteau, elles furent repJDussées par Vergniaud ; la France passa outre. Si elle Bût hésité dès ce premier pas, il lui eût été impossible d'en frfre Un second. Tout le sang versé Feùt été inutilement. Murée dans le passé , la France eût vu ses fils se dévorer dans Imipuissance , hors d'é-

140 DU DOMAli'CE ECOLëSIASTIQUE

tat de tourser la première pa^e du Code

Est-il une seule de ces objeciions qui ne soit littéralement reproduite aujourd'hui contre le système de k séparation appliqué à renseignement , tant il paraît insolite d applique!* aax^^ grandes difficultés les grands principe» de notre organisation sociale? Qu'at*oD fait autre chose que <le répéter ce qui avait été dit en 1789 et 1791 contre le métpe principe appliqué à 1 état civil ? « renseignement n'a pas seuiementun caractère laïque» il à besoin avant tout d une base religieuse. Or, il n*y a de religion que dans les dogmes positifs; vouloir constituer renseignement sans ^Église, c'est impiété.

L'école sa^is le prêtre n a plus d-autorité et même ne saurait exister. »

Toujours le mâme cercle vicieux : Ja société française reposa sur la religion positive ; voilà pourifuoi cette société s'appuie çur des religions positivés qui se détrutseut mutuellement. •

Dans cette question , la société française

a abandoiQDé le grand priucipe de droit public qui Tavait dirigée jusqu'ici, du moins elle n'a osé l'appliquer , et de là n est-il pas vrai que rien n'égale Timpuissance où elle a éié amenée dans cette matière? De tous les systèmes contradictoires qui se heurtent depuis vingt ans sur ce sujet , quai est celui qui satisfait son. auteur? ChaciiP de ces systèmes, fcuiide lesprit de partie est sans lien avec Tens^nciblô de nos lois. Vit -on jamais pareilles ténèbres sur un sujet qui e^t lui'^méme la lumière? Les partis coalisés vieuneint d ob^enit* leur loi* Lequel en est content? Qui na fait sa réserve au fond du cœur? Les libéraux? Est-ce bieR là ce qu'ils ont préparé toute lem* vie? Le clergé? Il fait la loi et refuse de lexécuter.

Quant à la France elle-méme^n a pu voir dans cette affaire ce que devient un pays lorsque^ dans un moment critique, ilabàndoQnQleprincipefopdames^alqui est su raison d être. Comment oublier jamais le spectacle de cette nation , pressée^ obsédéç ])^r lespritde mort, et sommée, au nom de la

142 ou OOMÂtfVE ECCLÉSIASTIQUE

liberté, de livrer en une seule fois le principe nriétne de toutes ses libertés. De quelque càîp. qh'elle se tourne, elle ne voit qu'embûches et défaites; car un seul mot, un seifl principe pourrait la soustraire â ses mille liens; mais ce principe, elle Ta oublié;' ce mot , sll '^st prononcé par quelqu'un , ne frappe les oreiFlès de personhe, et voilà un grand pays étouffé sous uti masque. Ah !

c'est donc toi qui a^ conquis là liberté, tu Tas Inscrite dans tes lois. Eh biaa, nous, dont Fess'énce est de la maudire, lious réclamons la liberté de te bafouer. Tu croyais avoir acheté au prix de ton sang la liberté pour tes amis ? Pauvre insensé î ce que tu tts conquis , c'est la faculté pleine et entière pour tes enneknis de te m^iser et de te ruiner. Te voilà prise au piège de tes propres paroles. Nous répéterons plus haut que toi ce mot : Liberté , et avec ces trois syllabes nous t^Khèverons; car nous voyons que tu en as oublié le sens, tel que tes pères le comprenaient. Tu es idolâtre du mot, noh de la chose. Eh bien , puisque nous

savons la formule d'iiiicantation qui fait les miracles, courbe-toi ; au nom de la liberté , va brouter Therbe qui croît sur les degrés de ton trône. Nous régnerons pour toi.

Tout cela est sans réplique, il faut l'avouer, si, en effet, la liberté est un mot dépourvu de sens, une amulette, dont chacun peut s'emparer pour asservir son voisin» Qu est-ce donc que la liberté d'enseignement? Cette question n a aucun sens, si Ton ne dit ce que c'est que renseignement. .. /

CatlioUeisme et proteatanttoiiM»

C*est un grand bonheur si le législateur trouve dans la religbn nationale un es]M*ît qui rende renseignement nécessaire pour rétablissement même de la croyance. Mais si le contraire arrive, Texpérience na pas encore montré qu'il soit au pouvoir du législateur laïque de paralyser leffet de la loi religieuse.

Portez sur la Béformation le jugeinent que vous voudrez, il demeure incontestable

CATHOLICISME ET PROTESTANTISME. it^5

que le protestaïuisnie a besoin que le croyant sache lire. Le droit d*examen en matière religieuse suppose que celui qui Fexerce a pu consulter les Écritures. S'il en était autrement , le dissident qui n a en quelque sorte d autre rempart que sa Bible , serait bientôtla proie de l'Église catholique. Il est à lui-même son juge et son ministre.

La parole du prêtre, c'est la moindre partie de sa liturgie. Lire les Écritures » les méditer, voilà son culte.

Il eu réstdte que rinstructîon primaire nait pour ainsi dire d'elle-même et naturellement dans les pays protestants. Aussi, dans ces pays , voua sentez que l'enseignement du peuple n'est pas une œuvre artificielle née d'hier, msûs qu'il repose sur la uature même du culte. Sous quelque despotisme que tombe l'État, il est une institution que personne ne peut entreprendre ni d'ébranlerni desouiller, c'est l'enseignement du peuple. On a vu ces États traverser les crises d'arbitraire les plus violentes sans que l'idée soit jamais venue à aucun parti

146 CATHOLICISME ET PIK)TBSTANT1SME

de toucher à l^cole , encore moitia de s'en faire un instrument de police. L'école existe comme une dés bases essentielles dé )a religion et de TÉtat.

Dans ces pays , le savoir^ étaBt le fonde;inent du ccilte, lu) emprunte un earactère sacré. Que de fois ne m'est-il pas arrivé d admirer le sentimèat dé respect qui^, dans le moindre hameau, s'attache au matfré d'école ! car il n'est ni le sei^îteur du prêtre . ni son rival; il est son compagnes, son collègue, son associé. Le grand [Hrineipe d'une religion qui s'appuie sur l'examen, sur la science, se retrouvant à chaquédegré»

le maître d école est honoré, parce qu'il représ^ite le savoir qui, dans cette religion, est traité comme Une puissance indépendante et non comme un serf dont 1 autorité sacerdotale peut toujours disposer à merci et miséricorde.

Une autre conséquence des mêmes principes est celle-ci : l'en^eigneinent, étant une des conditions du culte national , devient naturellement obligatoire. L'idée

DàNS LENSEIGUliMEVT. ift7

ne vient même a personne de s'étonner de cette nécessité. Et ce qu'il y a d'beureux en ceci , on (leut se fier au clergé réformé du soin d'encourager finstruction primaire, puisque nul n est plus intéressé que lui à ce que cet enseignement se développe.

Luther» en. fondant la réforme, ^ fondé la première école prin^aire. Daiis les démocraties américaines , protestantes» Toriginc de la commune se marquait d'abord par l'école : c'était la première pierre qu'on posait en arrivant dans le fond des forêts ; « Attendu, disait la loi de 16&0 , que Sa- V tan, l'ennemi du genre humain, trouve » dans l'ignorance des hommes ses plus » puissantes armes, et qu'il importe que » les lumières qu'ont apportées nos pères » ne restent point ensevelies dans leur » tombe. 9 Heureux les peuples à qui leur foi commande de chercher la lumière!

Voyez, au contraire, ce qui se passe dans les pays catholiques, conformément à la nature des choses, toujours plus forte que les lois de circonstance. D'après

14S CATHOLIGIâME ET PA0TE5TAMTISME

lesprit de cette religion, il nest nulle* ment nécessaire au catholique de savoir lire; on peut même soutenir qu'il est préférable pour lui de ne le savoir pas; car il n'est nullement chargé dexam)ner les Écritures. Il reçoit sa croyance toute formée de la main du prêtre. Celui-ci lui tient lieu de la science de TAncien et du Nouveau Testament. Qua-^t-il besoin de disserter, de juger, de peser des textes? A quoi bon tout cela? il n'y a que danger pour lui dans cbacune de ces choses. Sen remeltre à la science sacerdotale , croire le prêtre, lui obéir, c'est Fesprit de sa loi.

L'école n'est donc pas indispensable à l'Église. Celle-ci peut l'admettre, mais elle s'en passe admirablement. Dites* moi en quoi le peuple a besoin de l'enseignement primaire pour que son enseignement religieux soit complet. Les livres de sa liturgie ne sont pas écrits dans sa langue. En quoi serait-il plus avancé s'il les lisait sans les comprendre?

La conséquence est que les peuples qui

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