QU^IL FAUT ÉLEVEB UN SAUVEUR
les peuples f^t mis à ses pieds; que ce qui a été accepté, applaudi par la conscience de toute riiumanité , lui fût présenté à son arrivée dans le monde, comme son héritage moral. Quelle grande pensée ( simple comme tout ce qui est grand) serait trop haute pour ce sauveur sorti des flots de Tancien mondé! cir c*estbien un sauveur, un médiateur qu'il vous faut élever dans chaque homme, ou le monde périt. Il vient pour s'élever avi-des§MS de toutes les sectes; n enfermez pas irôp tôt son cœur dans une secte. Il faut qu il puisse porter sans fléchir, une humanité nouvelle; ne le brisez pas avéiit qu'il aH rieti fait.
Persuadez-vbus bien que vous élevez un souverain dans le monde politique et moral.
Vienne le ^éneloti ^ui écrira le nouveau Télémaqae pour Théritier, non pas seulement d'un royaume, tnais d'un monde! Quelle sburcë (IHnspi ration né rencontrera-t-il pas dans isette idée !
Mm MdhmrU^
A toutes les difficultés précédemment exposées y beaucoup de personnes se contentent de répondre qu'elles les résolvent par la liberté. Cela veut dire qu'elles résoK vent le problème par le problème ; car il s'agit, en effet, d*établir la liberté.
C'est ici que se révèle le mieux un des côtés les plus étt^anges de Forganisalion sociale de la France. Vous n'avez pas à régler une société idéale. Quelle est, au vrai ,
LA UBEBTÉi 19^
la réalité ? D'un côté, des individus épars ; de l'autre , une association immense qui s ap< pelle rÉgli^e. C'est avec cette inégalité formidable qu'il faut ordonner la liberté dans le monde moral. Voilà le problème dans sa rigueur; il est là, non ailleui:s.
Cela pose, vous dites aux individus:
Isolez-vous davantage, séparez-vous. Que chacun fasse comme il l'entendra ; je lui donne le droit de fonder à ses risques et périls une école en face de TÉglise et de lutter, avec armes égales, lui, pauvre, abandonné, inconnu, contre toutes les ressources de cette innombrable organisation qui partout se rencontrera en face de lui, rassemblée et vivante. Pour mieux établir régalité entre eu)(, je n'accorderai aucun genre de secours à l'individu; mais je donnerai d'abord sur le budget quarante millions, chatjue année, au corps auquel il doit tout seul faire équilibre , et qui possède déjà deux cent cinquante millions.
Je résoudrai ainsi le problème de la liberté par l'équation suivante : zéro égale trois
19 & LA UftBRTé.
dents iiiîHiét|i9. VeilA pé^t l6 ^ôlé itiëtéfiél de la quesdotit
Quant à soil côté ttioràl^ je ne ^réjugei^i rien sur la cônftisioià du dëmaine civil et du domaine ecelésiastiiiué . En conséquericie, le dogme epatinuem de &ire néc$Ssâil*è^ mtnt partie de l'ensèigtietneut, La porte de Técoie restera ouverte ^ de dh)it divin ^ au pf être ; et eomnae telui qui est tbati re du dofraie est maître de toiit^ Tiiistituteur libre vivra sdùs le bon plaisir. du prêtre. Voilà le second terme de régalité;
En troisième lieu , la liberté eMgeaUt que
TÉtat ne se mêle de rien ou inéftne quil
disparaisse ^ cbacun des membres de fen- '
seigaement laïque ne devra tompter que
sur lui-même. Toute protection biorale de
VEtat en sa faveur serait line oppi*e8Siûti
pour les autres. Mais, d'autre part, TËglise
ne parlant nullement de disparaître en
' même temps que TËtat^il arrivera que le
laïque sei^ abandonné à ses seules forces
et que l'instituteur ecclésiastique sera porté
au besoin sur les bnis de la catbelicité ttnit
entière, h^ premier 9era seul au uioada, le sepQndi ç'iippeUera légion ; trotsieme ^ode de Tégfilité et de la liberté*
Celte pF^t8ii(|p6 solution ne coutient donc' qu ufie autre forme de la servitude ; et si de9 hommes, ainjcèrement libéraux, s'en cQntentent, s'ils tou^eat aussi atsémeni dans rembûche, cest par uue illusion qui les porte h feire abstraction des élémeuts réels dont se compose la société français.e.
Il y a deux plateaux dai^s la balauce, nçm pas un seul : ici , Un individu sans lien, sans appui; là, une hiérarchie qui é^l; un monde. 0est se moquer que de dire au premier ; Je te permets d'entrer en ]ioe avec cette organisation imtnense. Tu et seul, elle est ipuUiple. Tu us faible, plie est |^i|te-puisi^qte. Pj'iwpoiîtel F«i« à toa^; %^ demandai^ la liberté, je fi'en donne le root, cela doit te suffire.
Ne verra-t-on donc pa^ que, dans ces ternies, le problème d^ la Ube^é est radicalement insoluble ? Ce nest pas la lutte qu'il i^ut établir entre instituteur et
l'Église. Il faut, au contraire , que le duel n ait pas lieu, el pour cela que l'inslitutear reste dans son école, c est«â-dire en dehors de la servitude de tout dogme particulier ; le prêtre, dans son église, c'est-à-dire en dehors des matières civiles et laïques. Au premier le monde delà raison, au second le monde des niiracie;s. Quel sujet trouvezvous à concurrence en des choses non seulement si différentes , mais si souvent inconciliables?
Ce qui abuse de bons esprits, est la^comparaison qu'ils font de la France avec l'Amérique du Nord. Les différences sont néanmoins tellenoent éclatantes quil est évident que la question de l'éducation ne saurait être, dans ces deux pays , ni posée dans les mêmes termes, tix résolue de la même manière. Qui ne voit que la situation des États-Unis à cet égard es^t infiniment moins compliquée que la nôtre? Premièrement, point de salaire des clergés, ce qui est la condition élémentaire de la liberté morale ; secondetpent ( chose infiniment
LA LIBERTÉ. t97
plus importante encore), le catholicisme n'est qu'une petite minorité dans les États- Unis. Le fond religieux sur lequel s'appuie cette société, ce sont, comme je 1 ai dit plus haut, les sectes protestantes qui, toutes, ont également besoin deriustruction populaire.
Doù il suit que l'antagonisme entre l'enseignementecclésiastiqueet l'enseignement national est inconnu. La liberté politique étant née du protestantisme dans la démocratie américaine, l'enseignement populaire pourrait même rester sans dommage pour TÉtat dans la main du clergé protestant.
La difficulté que rencontre la France, et qui naît d'une contradiction radicale entre sa constitution religieuse et sa constitution politique, n'existe pas dans ta patrie de Washington. Si le catholicisme y devenait jamais prédominant, c'est alors seulement que la constitution politique y serait entravée comme la nôtre.
Au reste , l'expérience parle assez haut à nos portes. La Belgique était entrée rfigéflument dans ce prétendu système de
109 LA tl$EltTÉ,
liberté 4'^nseig^eai^Dt. É\]e sent, . elle
gpuYfirneipent Égit qn effort stjppéine pour rarç^pjifll* sit)^ rouages d? la iiiacbioe dç sefvitudp. Es^il t^iffR S^r qqi| J en retjre vivante?
Tout ce qup ] ai djï précéd^ipniçnt auppq^^ que Vqrgi|Qi%sitiQp religieuse çle la f raqpe decR^l^pe pe qi;' ellf est aujourd'hui. Il est bien évident gup sj lîj France faisait Vine revQJutiafl r^ligieu»? , |ft dq^uée étant (qilte différent^e» 1^ sqlii tiou pq^i rait 1 être a^ssj. Mciis f iep p'^^nq^iç^l: c^eiiqs jours une révql^itiqn pppchaiiiîe ^çc^geqr^, et de telscl^angpmeptji ne s'inciprqYis^apt p^s , si qqiî^ f»e vqulpns eutrer dftRS ledqfnaipe des iip8lgiqptioï\s, qo^s 4^^'8«l^ copclyre fie ce qui précède que JeprpbJème de } edqcatian se cppa^pose et\ Ffance des éléoqeqts néçesr saircs qui §uiveqt:
Premièrement, siippressipo des s;9l^u\es des clergés, çoimqe ep Aïqéfiqqe. Ce point paraissapt aujourdl^iii gagné, au moins dans les esprits, nulle nécessité d*y insister.
LA LIBERTil. 199
Il est; Ifop filîiir qiie ]^ Wk^fti m^x^ïe ne d'État, Qtt |iî^i<ye |f ipqypn i"^^ jfiflimer
paent, fifi^ qq'iJ puisspitre q^lipi^ife ii mi certain degi?«. î^^ père ne i^}rpi|$ ««wleinent |^ pain du CQrps à ^oq^qfum; ^1 |ui doit aH$§i Ip paip ^e Tipt^l^g^pee et ^e rame.
Xrfli^i^jflPîH^îîljgépaFftfiOR dp VWiuia«frment ]^î[qii^ p} fie |>nsei|f»efpf^t ^es égliifif P»rtiPHU^re§. 1^05 (jpw^ f:p^c)iti9^$ g^ép^ de^feç nf ^ppl;, ^i) quelque ^m^t qwe flég^ir tives ; cette troisièn>e e^% çft}]^ qui ^QHD^ le vie à l^n^^ig^eipeqt ^^ )ui doopapt sa rçiisRp d'étpe.
4yef-YQUS , fiui pq i^on , ei| yquç Tesprit de yie? Croyez-yqps T^voip? yous sentes- ' vnn«i capable de feii:^ 4^^ homfne^ sanf }# concours des églif e| p^rticuli^rei ? ^el|f est la preipièr^ cpqditiqp dp^PtF? affranchissement. Sans cela que sont tous le^
expédients? Comment la société laïque s'estelle émancipée? En croyant qu'elle se suffît à elle-même. Comment donc Fenseijjnement laïqu6 s'émanciperail-il jamais y s' il ne croyait posséder une source assez profonde de vérité , de science pour alime nter la vie humaine? Ci'oyez^vous être dans la voie de la vérité? Vous pouvez y conduire Us autres. Ne \e croyez- vous? Il est juste que vous alliez demandez votre chemin à 1 Église. Mais à quoi bon vouloir être libre aujourd'hui, si vopS vous croyez incapable de Têtre demain ? Que servirait de racheter un esclave, s'il continuait de se croire une chose sans âme qui ne vit que de la complaisance du maître?
Depuis deux ans nous discutons l'organisation sociale de la France indépendamment de tout élément moral et religieux.
Comment ne pas s'apercevoir que le problème religieux enveloppe le problème politique, économique, etquetoute solution de ce dernier n'a que la valeur d'une hypo-
thè^ aussi longtemps qu on n a pas résolu le premier?
Le socialisme se présente comme la seule doctrine des intérêts matériels. Tout le travail de la tradition pl]iloso|)hique est suspendu en France; et de là qu arrive-t-il? Le clergé qui déclare avoir seul le monopole de l'esprit règne et gouverne ainsi quen plein moyen âge. Nous affirmons tous les jours que la philosophie qui a émancipé la France n est que métaphysique creuse. Le prêtre s'empare à lui seul de ce domaine ireux ; il trouve dans ses profondeurs de quoi eo-sevelir tous vos projets.
9w^#<i$»f « $mm rUttIf éiMiéf
Après rexpérience des deux dernières années, l'avenir croira-t-il que des démocrates qui ont vu lexpéditiou de Rome, la suprématie complète du clergé catholique, nous crient d'une voix éclatante :
J'ai trouvé le mal. Ecoutez! Je vais vous dire quel est l'ennemi commuu, auquel il ne faut plus laisser ni paix ni trêve. Cet ennemi qui nous écrase, c'est l'Université.
Qu'est-ce donc que l'Dniver&ité? Quelle
qu'est-ce (jue l owivBhSitÉ ? 2flS'
èfkii sa raison d'éthe? Au itiotnent 06 Ndpdléôiti rehdâit & la caste sacerdotale son ahcieh pouvoir^ il vit très bien qu'il fallait faite quelque chose poUr etupécher que la sdtnëté laïqiiè ne tombât moralement sous ]ù. dorhination absolue de cette caste. Il vit en tnémë temps (\\ib deâ individus laïques séparés les uns des autres sèraieiit entièrement Impuissants pour garantir la isôciétë iilddérne cbhtrë les envahissements d'un corps Sacerdotal. Conduit par ces deux idëes d*bne justesse parfaite, il établit, en fatë dû saceHoce , un corps la!c(tie chargé d'ëtlèeigner et de ct>nservei*, de gëdéràtioh en génération, Téâprit de la société laïque. Tel fest le principe sur lequel vivait rUnivéf site de France. Ce n était pas une humeur de conquérant; c'était une nécessité ménitf de Tdrganisatioh sociale de notre bation.
DaUé tous les pays bù le dërgé fot^iâë une tâste, vous n'avez pas à choisit les lois lès plus idéales concernant renseignement.
Quoi que vous fassiez, il f$iut qu'à cette orl^tli^ation de là caste vous opposiez tme *
20/^ qu'est-ce que l'univbbsité ?
organisation puissante si ychis ne voulez tout abandonner à la première. Encore une fois, je ne puis trop répéter que la question n'est pas du tout de savoir s'il est bien ou mal, dans une démocratie idéale, de constituer un cor[)s enseignant au nom de TÉtat. C'est là une abstraction sans atH
, cune application k la France. Là question qui la concerne est celle-ci : Étant doDaé un pays, dans lequel le clergé forme, une caste, u est-il pas nécessaire quele principe laïque, dans renseignement, soit organisé de manière 9 pouvoir balancer Faction de ce corps ? Cette question ainsi posée se résout d'elle-même^ à moins que Ion ne. prétende que rindividu sera chargé tout^euLde faire équilibre au corps qui prétend peser çutant qu'un monde.
C'est donc des ^ entrailles mêmes de la nécessité que Nappléon 9 &it sortir le principe d'un enseignement national confié à un corps laïque. Er> même temps qu'il relevait l'Église , c'était une conséquence
. rigoureuse pour lui d'établir TUniver^té*
qu'est-ce que l université? 205
La preiuièjre appelle nécessairement la seconde. Le moyen âge, lui-même, ne voulant pas tout absorber dans la caste sacerdotale , avait été conduit à chercher dans rétablissement de ses universités un équilibre de ce genre.
Mais, d'autre part, Napoléon déposait dans sa création un principe de faiblesse qui devait la ruiner. Il créait , il est vrai , un corps; il lui refusait un esprit; ou plutôt, en liant l'Université au dogme particulier du catholicisme, il détruisait son oeuvre.
Dès que l'Université restait asservie au dogme catholique, son indépendance n'était plus qu'un mot. En réalité, elle était, dès son origine, sous la dépendance du sacerdoce qui, mieux que personne, est juge de ce qui concerne son dogme.
Ainsi, Napoléon voulait élever une barrière contre l'esprit sacerdotal , et il mettait cette barrière sous la main du clergé. Ëtablie sur un dogme exclusif, l'Université n'avait plus le même fondement que la société civile. De là son attitude chancelante.
Màpotft^ A'b^A ipHi Tëppayer ^ikt KèspHi laïque inBdërne. tl Tappuya, cdmittë ^eë fiëfii; §ul* nrbHation de ChàrlénI&gfié.
AUsèi, dêë que sa' main se rétira et t|ae le i^pd ëacettlbtiii cominença ses attaqiies, on put s'apercevoir que I^Utiiversitë hé se défendait pas. Eli^ nepdui^it sedéfléhdre.
Âiijoûrd^hui , nous savons potitx{ùëi. Bëè idéltis étaient liées; elle ne savait sur qiid terrain 8a{>pUyer. Ki laïque^ iii eléHcâle^ cette conti'adiction la perdait. D'apf^è iôh pHHdpe d'organisiititinj elleée poiltttitiè pâ^sëf du biergé, tandis que lecler^ tépttait bhâque jôut*qu il tl'a besoin de përs^tlftë» Une Itié^lité si flagtàntë ne permettait pa» là lutte, tt ti'y avait qu'à cëder. Pèiidant vingt ëns ; nous avons vu ce gt^and cët^pë et! bntte à tbut<% les attaques de l'ÉgUdé.
H est lombë m quelque sorte sansmUtdiPè; âdu fondateur la vait placé pouf eolivrit* la société civile comtne Un dorpd destiné à périr sans iMendi^ aucuâe blessure^
Pendant que TUniversitë était HSBàillie par Tesprit elérical, il lui étàli iâlëtdit dfr
Ç0'£3T'qE QUE ;.' UNIVERSITÉ? ïft?
le cQipbfitti^e pfur Tespri^ laïque. Te)l^ que N^pip^léqn Tçiv^it fs^\\e 3ar le principe d^ li| tbéQcmtîs ç9rH)vingieni:^e,que ialle^itri^pour la mettre à fqeroi?Qu'mi évéqu^ sçuleiQt^i)!
fetif^t spu ampèqier. Comipent g^r^ler tel Pfofe^lienr protestant, isrîlëljte^ philQSophp? Qn le vû^drajt, san^ dp^te; m^iiç lefpoyen?
(i ftilpiQQteF retiré , qpe deviendrait le cqllége? Lj'édiQce ioipérial reposait ^qr le sable.
Il est arrivé à FUniversité de périr cotniqe son fop dateur. Il s'est Hait sacrer par le pape, et le pape la détrôné par lapathème.
11 a vQulii faire sacrer VUniversité par ^e clergé, et le clergé/ en retirant sa main , a dissipé Toeuvre empruntée de Cbarlemagne.
C'est que le principe faux par lequel Napol^n, san^ croire à TÉglisc, s'était fiiit qindre à Notre-Dame, il Fa iipposé, cqipme règle de doctrine, à FUniversi té. Ce mapque de vférité a pondpit Fun à Sainte-Hélène , Faiitr^^]§loide«850.
J'ajoute que, grâce iFi|ne de ces graq(|e8
208 qu'est-ce que l'université?
ironies que la providence exerce envers ïes fondateurs d'empires, Fa principale création de Napoléon devait être renversée par un fjouvernement qui porte son nom.
Quant au clergé, sa participation à la loi de renseignement est la seule faute de conduite que je pourrais lui reprocher depuis deux ans. Dans tout le reste, il a observé les règles ordinaires de sa diplomatie. En cette occasion seule, il s'est trompé. Il devait faire cette loi par ses créatures , non pas s'y employer lui-même, surtout ne pas paraître.
Son empressement à écraser son adversaire l'a entraîné; il a perdu lé sang-froid, l'équilibre dont il avait fait preuve jusque là. Dans son impatience d'anéantir l'Université, il a laissé trop voir sa main quand le coup a été frappé. Que de méprises accumulées en peu de jours ! Il fallait laisser agir le bras séculier tout seul, et rester à genoux dans le sanctuaire; il fallait se résigner à la destruction de son adversaire, se la faire demander, se (aire prier pour y consentir, s'y opposer n)éme de vive voix ,
qu'est CE QUE LUNIVEUSITÉ? !^09
lorsqu'elle était devenue irrévocable, ne la demander ostensiblement jamais. On aurait ainsi obtena les mêmes choses sans nul danger de se co|nmeltre. Toutes les règles du Directofiwn de Loyola ont été violées à la fois en cette circonstance par trop d*em* pressement de vaincre. ^
Aujourd'hui les éyéques s'aperçoivent de la faute ; ils renient la loi ; il est trop tard! Talliance avec le voltairianismc , Féclectisme, le rationalisme protestant, a été vue du monde entier. On ne se défait pas de ces pactes de famille par un simple reniement. Us entraînent après soi des conséquences désastreuses qui se montreront un jour.
Holtitloii.
Tout et i\m u^i^ A\%n 4i N lib^Fii dan»
une démocratie idéale suppose qoe yot|0 avez feit une révolution religieuse. Tout ce que vous faites démontre que vous ne songez en rien à une révolution de ce genre.
Partons donc des éléments (|ue vous admettez et quittons la chimère. Je maintiens que vous ne pouvez vous passer d'une organisation quelconque de. Téducation nationale, aussi longtemps que Ja caste sacef^
douile «et le priacipis OFg«ipi<)v>{9 4e ^çil^f nilifpQQ. G»b choses se tieiiq#n$f '\\ n'appartient ni i pue révQluûqn pp}Uiç}^e, ^\ ^ une révolution économiqne fie )es cl^^ngfl^* GiiUpeié» r€4te à Aïontrerqne }^# principes ét||bli« pitdeMu^ ont reçu r«|i)l)éi|ini^ diBs esprits 1m plu9 opposés et la conséf^rfitiop de leippérienqe deptiia un demirsièple.
Dans la pretnière ferveur ^e la réyo)ntiqp française , alors que les grande prinGipes de la sQciéié nouvelle jaillissaient pqippie
par inspiration, voici quelle élpit^en 1799»
Topinion de Condorcet :
^ La Constitution! en reppunaissant le droit qu'a^Ghaqoé individ^ 4a s^bnisir son culte ^ en établissant nn^ ei|.tiàre égalité eptre tous las habitante da ia France, ne permet point d admettre dans Tiustruction publique un enseignement qqi, en repoussant les enfants d'^pe partia dps citoyens , détruirait 1 égalité des qvant^ges, sneiaux «t donnerait à des dogmes particuliers iin avanfpge eonuuireàla liberté das opinions.
\\ était donP rigoureuseinent itéçessair^ df^
séparer de Ja ncKMrale les principes^de toute religion particulière et de n admettre dans rensetgDemeDt public lenseigaeiDent d aucun culte religieux.
» Chacun d eux doit enseigner dans ses temples par ses propres . ministresL Les parents « quelle que soit leur opinion sur la nécessité de telle ou telle religion , pourront alors sans répngoance envoyer leurs enfants dans les établissements naiio-. uaux, ei la puissance publique n'aura point usurpé sur les droits de la conscience, sons prétexte de réclairer et de la conduire. ^^ .
Le principe qti^e la France avait ainsi établi en théorie , une république voisine rapplique en réalité. La Hollande, qui nous a devancés dans la jiberté de con* science, dans la liberté de penser, nous a précédés aussi dansla liberté de renseignement en établissant, dès 1806, que renseignement laïquene sera subordonné à aucun dogme particulier.
Lorsque le gouvernepieot notifiaà Téglise catholique Tinterdiction/des dogmes dans
SOliUTIOK. 211
l'école, vous penser, saus doute, que ce fut UD grand scandale? Quelle ftit la ré|)onse du clergé? La voici, par la bouche ofBcielle de son chef :
« Pour voir l'égner la concorde, lamitié, la cliarké entre les diverses communions , il est uécesmJre , à mon aws^ que linsHiuteur s*abstieiine de C enseignement des dogmes des diverses amimwmns. iea excepte seule* ment le cas où un instituteur » dont d'ailleurs la probité et la capacité seraient .
notoires, n aurait que des élèves d'uoe seule communion. Sans cela , les enfants apprennent trop tôt qails diffèrent de religion. L'un fait des reproches à l'autre, et beauocmp d'instituteurs ne se mettent pas en peine de Tempécher. Ce n'est d'abord, à latérite, qu'un enfantillage; mais cependant les enfants qttiissent, et l'éloi* gnetneht augmente de plus et plus , et toute leur religion n'est souvent qu'un faux zèle que le véritable esprit religieux et la charité chrétienne réprouvent et détestent. •»
Ainsi le clergé catholique reconnaissait
mn ienlm^attt ^ae l'eMn0iieiB«it Hn^c fWttt«uiMist«« aam Jlkiotonté de* dbgmes partieujier», mais «jue, de plus, ç^t un bien qu'il en reste indépendant.
Mime témai^oiffe d« 1^ part des eleiçés luthériens , rtformés , mminoïkites f *).
Une «xpéi«ienee de tnsntet^deax ans cOBsaoi^ ce sj^sWloej apris ce laps de tewp» , ^. OouatQ est «avofé )Mt la goaverqeiMiit de France en Hollande pour Feeeamttre lef r^aaltats de leipériehce , «», dans ce voyage ^noelJa objection r^snr ««iKFeTt-ilf Aucune. L» système de I80« , pfpf«Adémept enraciné , a p«ssd d«M^« }e« "^*wp?^ Pf nd«n> qw p<ir(Pui ^llwrs h qHPMiflP de req«iigiifimwit ^bsàd» le« esprii«, wn celmn pFQfend pè({ne à i:e «i^t ^H wSn é» Ia toniét^ bQll^Mdawe, u sysr **w Pfilitiqwe H changé; la QépuUiqq» ii»( «lovBBHP WYmài »t, nfifHihiitiiwt, le sy«-
i\l .. P^r 8i^itf; ^f^ rç>w|,^ ^t,iç( , ^ pr h^f^ rasons, dit le consistojre de la commmiion menoopile, renseignement du dogme delà religion est écarté dés ^oïejt primairet* »'
soifutttiiri 245:
tàflÉè de r«nMgiiëttl«nt H'est nuiieiiieiit ébranlé. PftitdHi i obserfutetir français ré^ cueille à cet égard la même réponse; Que litî dit rhotsme ^m \à ItoHaini« regarde c&mtm tin des pères de l'édlilfatiefi du peupte?
« («eft éetttes |)rii&airf» ne tlDivent appai^ tédir à aiî^id èiilte 0a partleutttfr et a eh-* séigner kiieiih do^ë politi^ il ne fitut pas tendre à la division des éeolea eiavcrir des^éecriesspéeialesisaiitlriii^iies et des écoles spéciales protestantes. Une école du pepple est pot^ te peupte tdilt etltier. » De réeolë* pHmaîré le mêiM jirlncîpê passe dàtis tes écoles supérieures (1),
ËQtratiié par eelte imAninâlté et par la force de là Vérité, TobSël-Vatèlit- fratiçalSi
(i) « Je reinarqiiai aàdàii écHt M; Gâmin^ qu'il h*y ftaaedlt ëitsèigti%m«ttt mord et i-eHgieiJx dans ïéto\é Ifttioé d'Ult^lAt. Cent le irféfh^ ftyltèftie qtlè tlâris i'en- ^ign(>ineift primai re; i^i M. Van Hèilsde nié répéU pour Véeo\e latine sbsoliiment ce que toui (es inspectears primaires m'avaient dit pour leors écoles : totiS' lel maiiréê iei s'appliquent ^ eii toute occa^km^ à rappeler les principes de l'Évangile et à inculquer reâjifil
216 ftOLirrios.
quoique préoccupé d'un syaième tout difftrent, laisse lui^ménie échapper ces paroles:
« Je veux un emeigoemeat n»oraI et religieux très général, et sansiocceptiomd^tucime communion , dans les écoles priiBaires^ comme base comtoufiodê )msei(;aem«nt religieux positif que Fes diffiM^ats euJtes donneront dans Tégltsey le.terajde^ou la synagogue. »
Essayez de découvrir un aartre syalèiDe
de moralité et de piété. Maïs doqs n aroBf pfs d*eoleiçneroent spécial à cet é{;ard. Un pareil enseignement n'a lieu qu'en dehors de 1 école latine, dans le temple on dans l'église. Et M. Van Hensde me donnait de cette coutume les ménws roisoQi ^'on m'avait déjà données : l^a nécessité de mikintenir U tolérance, si|r> tout la nécessité de ne point eFfaroucrher les ministres des différents cultes, rimpossibilitc de se passer d'eux pour un tel enseignement, et en même temps l'inconvénient de le confier à l'iiD d'énz en parâculier. r* Mais pourquoi ne confîeriex-vous pas l'enseignement religieux des différents cultes à des ministres de ces cultes? Nul n'aurait à se plaindre, et l'école y gagnerait.— -Cest ce qui se fait, me dit-iJ, mais hors de récole. •
qui réunisse à la fois les révolutionnaires de la Constituante et de la Convention , les philosophes du xv!!!*" siècle , les ministres des différents cultes , catholiques, protestants^ juifs, les représentants officiels de Téclectisme , ceux de TEncyclopédie , et qui, par-dessus tout, ait subi depuis un demi-siècle Texpérience faite par une des nations les plussçges. d'£urope. Si Ton parle de conciliation, où peut-elle être, hormis dans lesystème qui est proposé et applaudi par des temps et des esprits si différents?
Quoi de plus réalisable que ce qui est réalisé? quoi de moins chimérique que Ce qui est ? Vous appelez cela honnêtement et modestement utopie, absurdité, extravagance. We craignez*vous pas qu en donnant les mêmes noms aux choses confirmées
par une expérience éclatante et à celles qui n'existent encore qu'en théorie, vous n'ôtiez d'avance toute signification à ces paroles de guerre?
Pour moi , de plus en plus persuadé que
318 SOUITIOH.
le toid moyen d argaaisçr réducatioii iûdividuelle dérive des priBcipes snr lé$quds eat fondée Téducatioa de la société elle- Oiéme, je reproduis, ici les termes dans lesquels j'exposai cette solution dans TAs»
semblée nationale. Ils seront le rétamé de tout ce qui précède.
« Pourquoi la France^ depuis pluSr de ▼inf{t ans , qhecdie^t-elle vainetiient à résoudre le problème de Veo$eignement ?
Pourquoi sommes-nous aujourd'hui moins avancés que nous ne Tétions en 1833 ?
Pourquoi le pays , qui a tranché av^ tant d'autorité de si vastes questions dans Vordre civil, s'engage- t-il , pour ainsi dire en aveugle, dans celle-ci? Parce que la France n'applique pas à crette difficulté nouyelle les principes de droit public qui lui ont servi à résoudre toutes celles qui se sont rencontrées jusqu'ici.
» Organiser l'enseignement primaire en particulier et l'enseignement en général, c'est organiser la société elle-même. Il en résulte que, pour fonder l'école sur sa
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Vraie base , il faut l'établir sur le principe qui fait vivre cette société. Or quel est le principe qui se retrouve au fond de toutes nos lois , sans lequel nos codes eussent été impossibles? Il est tout entier contenu dans ces deux mots : Séculefriser la législation ; séparer le pouvoir civil et le pouvoir eceiée siastique, la société laïque et les Églises. .
» Ce n'est pas d aujourd'hui que de grandes difficultés surgissent devant le législateur de la société française issue de la révolution.
» Gomment a été résolu Je problème, en apparence inextricable , de la liberté des cultes , qui renferme implicitement le pro* blême de la libeité d'enseignement? Par la séparation du domaine laïque et du domaine ecclésiastique, en effaçant de la législation le principe de la religion d'État.
9 Comment a été résolu dans le code le problème aussi fondamental de 1 état des personne, celui des actes de Tétat civil?
Encore une fois, par le même principe, par la même séparation , en retranchant de
l'acte civil l'iotervention du dogme parti* • culier représenté par le clergé.
» Comtnentdoncpouve^-vousaujourd'kui espérer résoudre le problème de la liberté de renseignement? Je réponds avec la plus entière conviction : Voos le ponvèz ear introdaisant dans la question le même élément ^ le même principe , en fiiisant pour cette loi ce tfae Vos prédécesseurs ontiatt pour toutes les aiitriss; cest-^^lipe en re> tranchant de renseignement laïque renseignement du dogme particulier.
» Portez dans ce prô4)lènie le principe vital qui anime toutes vos institutions ; sécularisez la législation de renseignement, et la question se résout d'elle-même. Vous avez pour réçultat, au sommet de la société, dans la constitution : séparation du pouvoir laïque et du pouvoir ecclésiastique; dans le code qui régit l'état des personnes:
séparation des actes clvil&et de la célébration ecclésiastique; et, par suite, dans la loi de renseignement : séparation de l'école
et de rÉgUse , de Tinstituteur et du prêtre, de renseignement et du dogme,
» Voilà la solution qui se déduit nécessairement de Tesprit de toutes nos institutions ;^ppliqué au problème de la liberté d'enseir gnement. Car ce n'est pas moi qui mets en présence ces deux choses : la loi et le dogme ; partput elles sont en face Tune de lautre , jwn .:pais: tostiles , mais séparées» Tous les grands actes qui composent la vie humaine , la naissance, le mariage, la mort, reçoivent une /double ^ssu^ctiow , Tune de la société civile, raulre delà SQciété ecclésiastique.; Tune de la loi, Tautre du culte.
C'est par là que la liberté de conscience a pu être fondée et maijitenue du berceau à la tombe. .
• Si donc.c^s deux puissances' séparées marquent ainsi chacun des actes de Fexistènce, &i notre législation a déjà enveloppé par avance la vie humaine toutentlère dans cette distinction du principe laïque et du principe ecclésiastique, il reste maintenant à appliquer cette distinction à Tenseigne-
meot, qui est une prépara tioli àr (a vie. Par là vous ferez entrer dans nos institutions cet esprit d'unité qui est Tordre même déposé dans la loi.
» Cette solution , tirée de la séparaiiott complète de rehseignetnent laïque et de renseignement d un dogme particilliei"^ esl la seule qui puisse concilier toiit iensemble l'unité de la nationalité françaiselet la liberté de conscience.
» En efFét , dans tout autre système, il arrive Tune ou Fautre de ces deux choses i ou chaque religion , chaque dogme a son école; ou les communions diverses ^ont réunies dans le même enseignement.
» Dans le premier cas, si chaqùeccimmuc nion a une école particulière , les généra* tions nouvelles, séparées par des croyances opposées , forment pour ainsi dire autant dé^ nations qull y a de religims et de communions différentes. Au lieude tendre à l'union , renseignement développe Vhéritage des haines ou dû moins des antipathies profondes qui divisent les églises. L'œtivre
SOLUTION. '2i%
de l'uoité nalionale, eapsacrée par tout le reste de la légîslatiep , est ébraalée par la loi de reoseîgaemeût.
» Dans le second cas , celui où tputes le$ croyances sont entre Iqs m^ins du même maître, dans une école mixte , c'est la liberté des cultes qui.çst atteinte. Si le prur testant est ol^ligé d'apprendre le dogme sou$ rînflueil€)3 prédominante du catholir cisme, ou réciproquement, Tune de^ Églises est sacrifiée; en sorte quç^^ dans le système de la loi , Tune ou Fautre ^e^ ats choses est renversée, ou. le principe dç Tunité nationale , ou le principe de \n liberté de croyance. *
V Dans tous len cas, dès que vous admettez comme nécessaire rintervention du dogme dans renseignement laïque, je dis que, quoi que vouafessies, vous placez Técole, et par snite la société et TÉtat, sous la dépendance absolue de TÉglise.
» Le dogme nç peut être que souverain , partout où OH le juge nécessaire. Point de transaction ni daccomoiodement avec lui.
22 li SOLUTION.
Il ne rivalise avec personne; il commande»
il est maître, il règne, on il nWpas.
» Qu'il pénètre dans Técole, le prêtre qui le représente y devient souverain comme lui. Que faut-il à TÉglise pour vous faire sentir la dépendance absolue où vous aurez placé renseignement- laïque ? Une seule chose : retirer ses évéques du consdi supérieur, ou raumôoiér.du collégç, ou le curé derëcôle ; mettre parla Finterdit sur renseignement : cela suffit. >Devant la seule menace ) la société , enUèrement<dé* sarmée, nu plus qu'ïi: céder.' En faisant intervenir le dogme dans la constitution de renseignemedt laïque., vou^ le ranieiiçs au droit d'interdiit du xi« siècle.
» Contradiction, irnpossiiûlités» oppression de la conscience, voilà toute la loi; voilà aussi ce qui se rencontre dans toti«.]es systèmes; un seul ré€K)ut ces impossibilités, cest celui où Técole' laïque est faite à rimage de la société laïque. -
» Puisque ta société française subsiste en dépit des contradicticms entre les Églises
diverses , il faxit bien qu il y ait un lieu où les jeunes générations apprennent que y malgré ces difFérences éclatantes de foi et de dogme, tous les membres de cette société font une seule famille. Or ce lieu de médiation , où doivent s'enseigner Funion , la paix, la concorde civile , au milieu des dissentiments inexorables des croyances et des Églises, c'est l'école laïque.
» Si , dès Foriginè, la différence des communions éclate dans fenseignemait ; si le triste héritage des dissensions religieuses est la ppemièreëxpérience qui frappe lenfant; si, dès qu'il ouvre Içs yeux, il ne voit que Thostilité des cultes; s'il naît, pour ainsi dire , à la vie civile dans le berceau des dissensions religieuses, où donc apprendrait- il luoiôn, sans laquelle il n'y a point de France ?
» Je voudrais, au contraire, que, dès son entrée daVis la société laïque, qui est ici marquée par son entrée dans Técole , l'enfant fut frappé d'un spectacle de paix.
Encore une fois^ ne le faites pas naître
dans la discorde religieuse , prélude de ta discorde civile.
» Ainsi, dans Fécole laïque, afFrancfaie^e la différence des dogmes > tout doit parler d^union ; c'est en dehors de l'école, image de Tunité française , que Tentant doit apprendr'e la divergence des dogmes , lés inimitiés irréconciliables des cultes entre lesquels s'est partagée Tâme de la patrie.
C'est dans Têglise , c'est dans le temple , c'est dans la synagogue qu'est le domaine absolument libre du dogme particulier.
» Par là se concilient la liberté avec l'autorité, l'unité de la nation avec la diversité des croyances religieuses : dans l'écoie , le principe général , laïque, universel qui gouverne, soutient la société française; dans les Églises, le dogme particuKer, oq catholique, où protestant , ou israélite, qui constitue le culte ou la secte.
» Et lorsque j'expose une solution qui naît de la nature de notre société et de la logique de nos institutions , il est sans doute néces* saire d'ajouter que cette solution a pour
éi\e rexpérieace de Tan des peuples , je ire dis pas seulement les plus anciens dans la liberté, mais les plus religieux d'Europe.
V Tout le monde sait que la Hollande a fondé son système d'enseignement sans aucune acception de dogmes particuliers, ou plutôt avec Tinterdiction absolue de ces dogmes dans toute école laïque. Et voilà près d'un demi-siècle que dure cettç expérience de ce peuple si sen$é, si pacifique, avec une égale adhésion des amis de la liberté et des amis de Fautorité, des laïques de toutes les opinions, des ecclésiastiques de tous les cultes; car il n'en est pas dans l'Europe qui ne soit représenté dans la société hollandaise. La solution que je propose ici a porté dans cette société, entre tous les partis , ce germe de pai\ profonde que laisse toujours après soi le sentiment de la vérité rencontrée et réalisée.
» Je résuDoe en deux mots ce queje> viens de dire. Mon amendement est tout un sys* tème; mais ce système, c'est l'âme de notj*e législation. On ne force pas le principe
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d'nne société : lorsque la législation d'un peuple est conçue dans un esprit , on ne pei^t pas impunément mettre une loi particulière en contradiction avec toutes les au très . Ce serait arracher la pierre de fondation de la société pour s'en faire unearnie d'occa^on.
» Séparation du domaine de la société laïque et du domaine du dogme patticali^ c*est le principe des institutions et des moeurs de la France^.
» Ne mêlez pas aujourd'hui ce que vous avez partagé hier ; car, c'est par cette distinction qu'ont été établis Tordre et la liberté dans là vie civile; par la cônfa^ion des deux principes dans la loi d enseigîiement, vous ne rencontrere:^ qu'arbitraire, violence, oppression, tant pour un parti que pour un autre. » :
Inutile de dira que je n'avais aucun espoir de faire adopter cette solution. Pas un seul journal, que je sache, ne mentionna même ramendement qui lacontenait(l}.
(i) Un amendemjent présenté par M. Victor Chauffour tendait au même but.
Un de mes collègues (1) le^ soutint avec talent. Quelques mains se levèrent pour Tappuy^er, et ce futtout.
Jje devinais doi^c croire que la qqestion de la liberté morale, en France^ n'a pas avancé dans les esprits dep^is:,lSA8* An lieu de ^nous [)lacer sui^lfi^^t^rrain inexpugnable de Ja sépamti0a.ab3olu$)yj^ou9 coDCinuouB de nous jeter dans tobt^ les embûches d'idées et do langage qui a^e pfésejitent devant nous* :■>'■■ -.M ■'■ ;,
^n vàîn le .<»3thoUçj^me déclare officiellement qu'il s ictênli&& .désormais avec le jé^uitisrpe: Nous c^oyo!lis très habile de les séparer «M!s«^S; protestons sops toutes les formes de notre- adhésion au premier, sauf la résonne que no^^ faisons à Tégard du second. Du reste, que l!Église orthodoxe daigne nOus faire nik signe, nous lui jurons de nouveau foi et amour^ Que le bas-clergé ou le concile, notre suprême espérance, .vienne bénir le nouvel arbre planté à lu
.^ (i) M. Dfîlbetz.
pjace de celui qui a été coupé par le pied ; DOU6 sommes prêts; nous voilà prosternés dans la poussière!
Je ne puis néanmoins m'empécber d'adjurer les amis de la liberté d entrer dans la voie que j'indique, hors de laquelle il ne peut y avoir pour eux qu illusions éternelles. Cette voie est la ligne droite. Toute autre est une ligne courbe qMÎ , après d'inextricables détours, ramène inévitablement au point de départ. J ai relevé Tidée de Condorcet, et j ai essayé de me retrouver avec le RI de la tradition nationale dans le dédale où nous sommes égarés en dehors de la religion positive et de la liberté philosophique.
Celte idée , si simple ^ je le sais , est encore prématurée ; mais que mes amis du moin^s ne la laissent pas retomber dans Toubli. Quand le moment viendra , que d'auti^es, plus heureux que moi, la popur larisent et l'appliquent. Cette question est de celles sur lesquelles la démocratie française sera irrévocablement jugée. Si , lors-
qu*el le disposera d'elle-même, elle hésite encore une fois à affirmer son autorité morale, cette pusinanimhé d'esprit Ini coûtera plus cher que toutes ses témérités.
Mais ce système de séparation n'est pas lui-même sans inconvénients. Le véritable idéal serait d'unir d'une manière indissoluble la religion nationale et la science laïque dans le même système d'éducation.
— Eh! qui vous parle d'idéal? Il s'agit de ce qui est possible dans les conditions religieuses de votre société. Qui vous nie que ce soit un malheur dans un État que de renfermer plusieurs croyances qui se détruisent les unes les autres? Qui vous nie qu'il ne fût infiniment préférable de n'avoir qu'une religion, à laquelle tous les citoyens crussent avec la même énergie de foi , surtout si cette religion était conforme à toutes les lois de la science laïque? Mais est-ce là votre situation? Pouvez- vous , surtout voulez-vous la changer en un cliu d œil? Est-ce ma faute si le cathohcisme s'est trouvé trop étroit pour renfermer votre société laïque
232 SOLUTIQl».
et si elle le déborde de toutes parts? Unité delà religion positive et de la science, il n'y faut plus songer. Faites donc en sorte au moins de sauver la liberté de Tesprit humain. Celle-ci perdue, que reste- t-il?
De 1» direction morale de l'Europe*
Que celui qui veut mesurer avec quelle ^ rapidité s'écroulent , dans notre Occident , toutes les puissances de la tradition, réfléchisse à ceci : La légende de César a gouverné le monde pendant six cents ans; celle de Charlemagne a dominé, en réalité, tout le moyen âge ; la superstition de la légende napoléonienne s'est évanouie en quelques mois devant la réalité.
Entendez-vous un gémissement d'airain