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V. Baillet. Vie de Descartes, liv. VIII, chap. iii

LES ID^ES DIRECTRICES DE UfiDUCATION CHEZ DESCARTES 81

le pouvoir des rois surleurs sujets n'est qu'une image

de celui des esprits sur les esprits qui leur sont infd-

rieurs, et ce second empire me parait d'un ordre d'au-

tant plus 6lev6 que les esprits sont d'un ordre plus 6lev6

que les corps «. Quel d^dain aristocratique des intelli-

gjences inf6rieures, dans cette declaration d'un g6omMre

de vingt-sept ans a une reine de vingt-quatre ans! II y

a done une manifere toute cart^sienne et un pen myst6-

rieuse de comprendre Tinstruction populaire : nous

sommes en face d'une antinomie a resoudre et nous

avons, comme dirait Pascal, un embrouillement k d6-

m^ler. L'^nigme serait m^me indechiffrable pour qui

n'aurait pas demands k Descartes le mot qui 6claircit

tout:, science veritable, fondle en principes, r6gl6e par

la m6thode, — ou pas de science.

On entrevoit d6ja cette solution quand on se repr^-

sente Descartes, le maitre sollicit^ et adule de la prin-

cesse Elisabeth et de la reine Christine, interrompant sa

correspondance avec ses royales el^ves pour donner une

leQon de mathdmatiques h son valet ou bien a Thumble

cordonnier qui fait six lieues pour recevoir Tenseigne-

ment du maitre et qui deviendra, gr4ce a ces legons, un

grand astronome, tandis que le valet enseignera les

mathdmatiques aux officiers du prince d'Orange.

C'est une des belles parties de la vie de Descartes. Ce

genlilhomme de la philosophic passera sa vie a affran-

chirles esclavesen les touchant de la baguette magique Bertrand. 6

82 L'ENSEIGNEMENT INTI5GRAL

de la science. II poussera la magnanimity jusqu'a les affranchir de son propre service et & se priver volontairement de ses meilleurs domestiques. II aura le don de ddcouvrir, sous la livr6e, les moindres signes d'une aristocratie de Tesprit. On se rappelle les marquis de Moli^re et de Regnard, appelant avec ostentation leurs norabreux valets qui portaient ordinairement les noms de leur province d'origine, Champagne, Limousin, Picard ; ainsi fait Descartes, mais sans ombre d'ostentation et comme s'il voulait appeler au service de la science le peuple entier de France. On 6prouve une admiration infmie a voir « ce mortel dont on eftt fait un dieu dans les si6cles passes, » comme dit excellemment La Fontaine, se faire le serviteur dje ses serviteurs et proclamer, parses actes non moins que par ses theories, que les raisons humaines sont ^gales et que les hommes sont 6gaux devant la science. Jamais IcQon d^mocratique ne tomba de si haut: nous disons « mon prochain » et « mon semblable », mais qu'il y a d'ironie inconsciente dans ces deux mots!

Voici d'abord Gerard Gutschowen « qui, apr^s avoir 6t6 domestique de M. Descartes pendant un temps considerable, se vit pourvud'une chaire de math^matiques dans rUniversit^ de Louvain, et s'acquitta de son emploi avec beaucoup de rdputation^ ». Ce fut ensuite

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