V. Baillet. Vie de Descartes, liv. VITI, chap. iii
LES WtES DIRECTRICES DE L'l?.DUCATION CHEZ DESCARTES 83
un autre valet dont rinitiation fnt plus rapide, « le sieur Gillot le jeune: raffection que Descartes avail pour lui le porta a le vouloir placer de bonne heure. Gillot se rendit tr^s habile sous son maitredans Tarithm^tique, la g^om6trie et les autres parties des math6matiques. 11 enseigna pendant quelque temps la fortification, la navigation et la m^canique aux officiers de Tarmee des Etats sous le Prince d'Orange. » Puis le p^re Mersenne, « resident de M. Descartes a Paris, » donne pour successeur k Gillot un nouveau domestique Le Limousin, dont Descartes fait encore un savant. Lorsque Descartes voulut se rendre en Su^de, un autre de ses amis, Tabb^ Picot, lui procura un nouveau valet de chambre, un allemand nommd Henry Schluter qui avait d6ja 6tudie mais qui se perfectionna telleraent dans les sciences sous son nouveau maitre, qu'il put dans la suite devenir un personnage important et tr^s consid^re sous le Hire d'Auditeur en Su5de, qui correspondait Jl celui A'Intendant de justice en France. « On ne pouvait assez admirer, dit Baillet, Tattachement inconcevable du serviteur pour le maitre et la tendresse surprenante du mattre pour le serviteur)). Baillet caracterise ce ddvouement par un mot singuli^rement energique: on eut toutes les peines du monde, quand Descartes mounit, a emp^cher Schluter de « crever )) sur son tombeau!
II est a croire que Descartes s'aper^ut quelquefois
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que tout domestique n'a pas Tdtoffe d'un grand savant. N'importe: il ne changea ni de doctrine ni de conduite. 11 pensait sans doute, pour rappeler une de ces comparaisons, que si le soleil s'dtait present de n'6clairer que la beauts, il se serait voil^avant de lancer son premier rayon et que la science est un effort perp6tuel pour tout dclairer et tout p^n^trer. Si la fagon de donner vaut mieuxque ce qu'on donne, il faut avouer que Descartes faisait ses dons avec une d61icatesse qui en doublait le prix. A Tun de ses secretaires qui le remerciait avec effusion et se fftt volontiers jet^ k ses pieds, il disait: « Que faites-vous ? Vous 6tes mon 6gB\ etj'acquitte une dette ». A un autre, toujours d'apr^s le tdmoignage de Baillet: « Pour moi, je crois devoir du retour k ceux qui m'offrent Toccasion de les servir ». Nous avons bien le droit de conclure que jamais savant ne fiit plus intimement persuade que la science est un dep6t, qu'elle appartient k tons et que celui-la est le pire des 6goistes, qui s'en reserve pour lui seul I'usage et Thonneur. 11 r^pandit toujours les v^rit^s comme il les d^couvrait, a pleines mains. Lib6ralit^ et gen6rosite du gdnie que nous admirons d'autant plus que nous assistons plus souvent k ce triste spectacle: de prdtendus savants se disputant avec acharnement une douteuse d6couverte, pr6n6e aujourd'hui, oubli^e demain. lis disent ma d6couverte, ilsdiraient volontiers ma v6rite, comme un proprietaire dit mon champ, ma maison, mon domaine,