LES IDEES DIRECTIUCES DE L'EDUCATION CIIKZ DESCARTES
La v6rit6 n'est pas une propri6t6 : nous ne sommes que les usufruitiers de la science.
Descartes rcQut un jour une singuliijre visite qui offre un sens symbolique ais6 k d^gager. Un paysan nomm^ Dick Rembrantsz, qui habitait a six lieues d'Egmond, residence du philosophe, vint frapper a sa porte et demanda a Tentrelenir. Dick se figurail qu'un philosophe habitait une solitude et vivait en anachor^te : il fut un pen d^gu de voir une somptueusc demeure, de nombreux doniestiques et surtout un Suisse qui lui barra obstin^nient la porte. Cordonnier de son 6tat, il avait appris par la renommee que Descartes 6tait (c rhomme du plus facile acc^s du monde », mais il avait compt6 sans le Suisse et ne songeait pas que ses habits rftpesle faisaient prendre pour un mendiant. On n'avertit Descartes que lorsque le mendiant de science se fut^loigne. Troismois apres, Dick renouvelle sa tentative : on pr^vient le maitre qu'un importun veut lui parler de philosophie et d'astrologie, et Descartes lui fait rcmettre une somme d'argent qu'il refuse en disant: « Puisque mon heure n'est pas encore venue, je reviendrai une troisieme fois. » Ce propos piqua la curiosity de Descartes, qui donna ordre de ne pas manquer de Tintroduire quand il reviendrait: « Rembrantsz revint, en effet, quelques mois apres ; et s'^tant fait reconnaitre pour ce paysan a qui la passion de voir M. Descartes avait deja fait faire deux voyages sans
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aucun fruit, il regut enfin la satisfaction qu'il avail recherchde avec tant d'ardeur et de perseverance. M. Descartes ayant reconnu sur le champ son habilete et son merite, voulut le payer de toutes ses peines avec usure. II ne se contenta pas de Tinstruire de toutes ses difficull^s et de lui communiquer sa m6thode pour rectifier ses raisonnements. II le regut encore au nbmbre de ses amis, sans que la bassesse de sa condition le lui fit regarderau-dessousdeceuxdu premierrang; et ill'assura que sa maison et son coeur lui seraient ouverts a toute heure ^ ». Rembrantsz profita si bien de ses legons qu'il devint undes premiers astronomesde son pays etTauteur tr^s estime d'une Asti^onomie hollandaise dcriteen langue flamande et d*un Traite des Logarithmes et de Geometrie. Nous sommes des r^publicains et des democrates ; du moins le croyons-nous sinc^rement. Que pourtant le paysan et le cordonnier frappent ala porte de la science, sommes-nous bien sflrs que nous ne les laisserons pas se morfondrc et qu'k la troisi^me fois nous leur ouvrirons sans faQon nos maisons et nos coeurs? Sont-ils assures du m^me accueil cordial que leur r6servait le seigneur du Perron, le chdtelain d'Egmond, et ne rencontrerontils pas des valets et des suisses de la science par les toiser avec insolence et les chasser avec durete ? Ou done enverrons-nous Dick Rembrantsz? Ce n'est pas a TUni-