Littre. Aug, Comte et le posUivismej p
THfiORIE POSITIVISTE 1)E L'^DUCATION i09
De cette premiere et radicale erreur d'interpr^tation en d6coule une seconde plus grave encore k notre point de vue particulier, puisqu'elle tend k miner d'avance to ute doctrine positivlste d'^ducation. Ivrede g^om^trie, Gomte a dfl professer un superbe d^dain pour toute etude litt^raire, pour toute culture esth^tique. La po^sie ne prouve rien et d6s lors la tyrannique hierarchie des sept sciences fondamentales doit la proscrire. On reconduira tout art et toute po6sie hors des frontiferes de la science, mais sans lescouronner de fleurs, comme Platon , et sans m6me les remercier de leurs services provisoires. L'homme, qui n*est plus une ftme, devient un th6or^nie qui marche, une formule qui se d^veloppe : nous lui mettrons done de la gdom^trie a la place du coeur. Et comment le positivistepourrait-ilparlerd'dducation, lui qui ne croit pas a cette liberty absolue qui fait que chacun de nous est maltre de soi comme de Tunivers? Forgons-nous la note et inventons-nous des con trad icteurs pour le plaisir de les combattre. II n'en est rien et, sur ce point, la tradition est malheureusement bien 6tablie et tr^s tenace. Je ne cite que pour mdmoire ce qu'on disait il y a trente ans : « le positivisme n'a pas le droit de parler d'^ducation ; I'Mre humain n'^tant qu'un automate, bien rigler les mouvements de cette machine doit §lre toute la prdoccupation de Tdducateur et du maitre ; Tart d'elever les hommes n'est plus que Fart de dresser un animal ; combattre les mauvais
penchants, se donner de bonnes ou de meilleures habitudes, cela n'a pas de sens dans la philosophic positive* ». On oublie simplement que si Comte refuse de s'engager dans le labyrinthe du libre arbitre, Tdducateur par excellence, Platon, d'accord avec Socrate, 6tait aussi un n^galeur du libre arbitre tel qu'on Tentend ordinaircment. C'est bien en vain que Comte a lant insists sur la « modificabilit^ » humaine et d(§clar(5 que Thomme est, de tons les ^tres, le plus essentiellement modifiable. Les adversaires d'aujourd'hui ont des arguments mieux aiguis6setplusde finesse; ils accusent,en termes voili^s et mystirieux, le fondateur du positivisme d'infil- Irer dans les ames un poison subtil, d'organiser une tyrannic occulte et une conspiration secrete ett6nebreuse: « Et voilaorganisde lapiredes intolerances, intolerance sans colore, mais savanle, m^thodique, qui ne s'en prend pas aux croyances faites, mais qui les enerve avant qu*elles aient le temps et la force de naitre. Maitre de reducation, le positivisme exercerait un mode subtil de tyrannic ; car de ses victimes ignorantes ou oublieuses des violences subics, il se ferait des alliees... Le positivisme en sait trop long sur I'avenir' ». II vous court, en lisant ces avertissements myst^rieux, je ne sais quel frisson de teiTcur qui n'est pas sans charme ; on se demande si Ton ne serait pas un conspirateur sans le savoir