‹ L'enseignement intégralChapitre 27 sur 90 · Benard. Question de philosophie, p · texte numérisé non relu

Benard. Question de philosophie, p

2. R. Thamin. Education et positivisme^ 2* ed., p. 23. Paris, F. Alcan.

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et qui Ton Irompe ici. De si lines nuances de style ne seront pas la garantie d'une fiddle interpretation. Gomte dedaignait les nuances et, s'il eut voulu jouer au Machiavel, il n'eftt 6i6 vraisemblablement redoutable que pour lui-m6me.

II ne s'agit pas, d'ailleurs, de positivisme mais d'cnseignement. L'orthodoxie posiliviste n'a, comme toule orthodoxie, de valeur que pour le fidMe et le positivisme ne diff^re pas des autres syslfemes, vrais dans ce qu'ils aflSrment et faux quelquefois dans ce qu'ils nient. Ce qu'on doit reconnaitre franchement, qu'on Taccepte en bloc, c'est-a-dire dans ses tendances essenlielles, ou comme un bloc, c'est-a-dire sans ajouter ni retrancher a ce qui est sacro-saint ou intangible, c'est que lalh^oric positiviste de I'^ducation ressemble a la th^orie cart6sienne en ce que, comme elle, c'est au tronc, c'est h la racine m6me de la doctrine qu'elle se rattache : elle n'est pas surajout6e et soudde artificiellement. Qui ne connai trait ni la « loi des trois ^tats » 6pine dorsale, dit Stuart Mill, du positivisme, ni la classification hi6rarchique des sciences qui est a nos yeux le chef-d'oeuvre de Gomte et, dans sa simplicity apparente, le plus grand effort de la philosophic frangaise au xix« si^cle, serait dans une impossibility absolue de rien comprendre h la didactique du positivisme.

Qu'est-ce done que la loi des trois 6tats ? Voici une observation bien simple et que chacun pent journelle-

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ment v^rilier : I'enfant aiiime tout, donoe h tout une ftmc ct une volont^ ; le ciel vit pour lui sur la terre en un peuple de dieux, il est spontanement theologien, Chacun de nous devienl, avec I'adolescence, m4taphysicien ; il s'enquiert du comment et du pourqiioi des choses, s'interroge et interroge sur Ics quatre causes d'Aristote, mat^rielle, formelle, efBciente, finale, et ne secontente pas, pourriSponses, de person nifications mythologiques. II ne bat plus, de colore, la pierre centre laquelle il se heurte. Un 4ge plus ra&r inspire encore plus de reserve, renoncea beaucoup d 'explications verbales, mais ne se contente que d'explications vraiment explicatives, lois permanentes ou forces r^elles. Aux volont^s capricieuses de dieux ten-estres ou celestes, aux qualit^s occultes, entiles abstraites, vertussp6ciliques,&tresderaison, il substitue un rtseau de lois qui englobent I'univers dans leurs maillcs serrtes et, s'il est possible, ne laissent ^chapper aucun fait important. II ne prend plus, comme dit Leibniz, la pailie des mots pour le grain des choses. 11 ne croit plus aux « vertus dormitives » et se rit, avcc Port-Royal, de ce Ghinois qui ne trouvait plus rien a expliquer dans nos horloges aprfes avoir d6eiar6 dogmatiquement que TaiguiUe montre I'heure parce qu'elle a une u vertu indicatrice » ct que le timbre la sonne parce qu'il a une « verlu sonoriftque ».

Le savant moderne, en tant que savant, n'est done plus ni theologien ni m^taphysicien. Non qu'il ait le

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droit de nier que derri^re les lois il n'y ait peut-Mre des

volont^s et que les lois elles-memes ne se resolvent en

d'autres lois de plus en plus g^ndrales et analogues aux

causes et aux substances, chores aux m6taphysiciens,

mais apr^s avoir observe et induit il se tient prudemment

aux resuMhis positifs de Texp^rimentation et deTinduc-

tion. Sur les causes premieres, sur les fins derni^res

aucune reponse ne le satisfait; ce sontdes hypotheses dont

il peut se passer, dont il se resigne, du moins, a s'abstenir.

11 ne s'interditpasrhypolh^se, mais il professe que toute

hypo these explicative est provisoire. II ne prend pas

Techafaudage pour T^difice, ni les artifices de la science

pour les responses de la r^alite. II n'y a pour lui qu'une

seule v^rite absolue, c'est qu'il ignore Tabsolu. Le

domaine de la science est la region du relatif et il n*y a

de science que des relations.

■ 11 n'est pas difficile de prendre Comte en flagrant

delit d'oubli de sa propre m6thode ; son relativisme se

change en dogmatisme ; il veut que toutes les avenues

de Tesprit se terminent par une barri^re et ne peut se

rdsoudre a laisser une seule question ouverte : c'est le

reproche tr^s justifie que lui fait Stuart Mill. Toutefois,

ce reproche n'infirme en rien la loi des trois ^tats et ne

s'adresse qu'a son auteur, qui a eu tort de dire a I'esprit

humain : tu n'iras pas plus loin. Pour que la loi puisse

^tre d^claree fausse et caduque, il faudrait que deux

choses fussent prouvees : premi^rement que Comte a Bertrand. 8

d6clard express6ment qu'aucune tentative d'explication positive n'a 6t6faite avec succ6s, d^sl'dge mythologique; deuxi^mement, qu'il a m6 radicalement la presence r^eiie et simultan6e de ces trois n^odes d'explications dans un seul et m^me esprit. On ne trouve, malgre les allegations contraires de ses adversaires, rien de pareil dans ses Merits.

Sur le premier point, Comte s'est bien garde de faire des trois 6tats trois phases chronologiquement successives et exclusives Tune de Tautre. II sait qu'il n'y a jamais eu un dieu pour la pesanteur et connait, en bon hislorien des sciences, les antiques essais d'explication positive. Donner a sa loi la rigidite d'une barre de fer c'estlafausser. Que les math^raatiques deviennent positives avec Euclide, Tastronomie avec Ptol6m^e, la physique avec Galilee, la chimie avec Lavoisier, la biologic avec Bichat, la sociologie avec Comte et la loi dst v6riliee historiquement. Ce n*est pas la r^futcrque d'opposer, par exemple, k Comte, ce qu'il dit lui-m6me d'Aristote « la plus forte tcMe de Tantiquite », chez qui Ton trouve deja plus que des 6bauches de sociologie positive. Les declarations abondent et nous n'avons que Tembarras du choix : « La vie humaine ne pouvant jamais ofTrir une veritable creation quelconque, mais toujours une simple Evolution graduelle, Tessor final de Tesprit posilif deviendrait scientifiquement incomprehensible si des rorigiue, on n'en concevait a toiis

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egards les rudiments n^cessaires. Depuis cette situation primitive, a mesure que nos oBservations se sont spontandment dtendues et gendralisdes, cet essor, d'abord h peine appreciable, a constamment suivi, sans cesser longtemps d'etre subalterne, une progression tr^s lente, mais continued » Qu'ily ait des esprits qui unissenten eux-m6mes les trois phases ou les trois dlats, cela n'est pas douteux et ne doit pas surprendre. II sufiit, pour lever la contradiction apparente, de remarquer que, s'ils sont a la fois th(5oIogiens, metaphysiciens, positivistes, ce n'est ni sous le m^me rapport ni sur la m^me science. S'il s'agit d'un evdnement historique on Texpliquera, je suppose, par rintervention directe d'une providence et d'un dieu a qui seul apparlient la gloire, la majesty et Tind^pendance : on sera thdologien. S'il s'agit d'un organe du corps humain, on Texpliquera par un plan de la nature, une idee pr^conQue et directiice : on sera cause-finalier et mdtaphysicien. S'il s'agit de geomdtrie ou de m6canique, onnesongera ni kla. providence nia Tid^e directrice : on sera franchement positiviste. Notre nature psychologique souffre cette multiplicity et cette variety de points de vue, sans qu'on la puisse accuser d'admettre la contradiction et de se ddtruire elle-mc^me. Nous sommes un abrdg^ et comme un raccourci du d^veloppement humain qui a toujours concilia ces deux

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