livre n'a nullement la pretention et la pr6somption de
donner ce mot d'ordre et d'imposer cette tactique dont
nous avons si grand besoin. II les demande aux Descartes
et aux Comte comme aux grands maitres de la pensee et, par la pensee, deraction. Pourquoi, dira-t-on, ceux-1^ et non d'autres? Parce que les g^nies universels, ceux qui ont embrass^ dans Tinvention ou dans la recherche la totality du savoir humain sont extr^mement rares et qu'a peine s'en rencontre-t-il un par si^cle. Ce sont pourtant les seuls qu'on doive interroger parce que ce sont les seuls qui saisissent, ce qui est essentiel en pedagogic, d'un c6t6 les rapports des facultds de Tesprit dans leur coordination rationnelle, de Tautre les rapports des sciences dans leur hi6rarchie naturelle. II ne s'agit pas du tout d'invoquer le principe d'autorit6 et de jurer sur la parole de Descartes oude Comte, mais d'interrogerdes philosophes qui sont en pedagogic les « maitres du choeur » , de consulter sur la meilleure m^thode d'acqu6rir la science des savants encyclopddiques qui mdritent autantqu'Aristote d'etre appel^s les pr^cepteurs du genre humain. Si Tenseignement integral, k la fois scientifique et sociologique qu'ils pr^conisent, passe de Tid^al dans la r^alit^, le regne du bavardage est fini; Fesprit frangais, en ^tat d'^quilibre instable, trouve son vrai centre de gravity ; un long cycle de tdtonnements est achev6.
Mais les Descartes et les Comte ont, sous b^n^fice d'inventaire il est vrai, des hdritiers directs, les professeurs de TUniversitd qui se nourrissent du sue et de la moelle de leurs doctrines. II est certain que le prdambule de ce livre devrait Hve une critique de notre enseigne-
ment universilaire. Remarquons toutefois que par cette expression nous entendons, en France principalement, Tenseignemenl secondaire el , dans renseignemenl secondaire, Tetude du grec et du latin. Ici, au contraire, il s'agit d'un enseignement nouveau qui, sans fetre secondaire ou sup^rieur, s'offre comme un prolongement, une extension, un couronnement des eludes primaires. El^ve de TUniversit^, professeur successivement dans qualre Colleges, Irois Lycees, deux Faculles, examinateur allernativement au certificat d'^tudes primaires, au brevel 6l6menlaire el sup^rieur d'inslituteurs, au baccalaur6al, a la licence, au doctoral, j'aurais pu parler comme un autre du fort el du faible de nos programmes universilaires. J'admire le courage de Raoul Frary dirigeanl une altaque a fond de train contre ce Iraditionnel enseignement, mais je le plains de ressembler ^ces enfants « drus et forts d'un bon lait qu'ils ont suce » et qui bat tent leur nourrice. II eut pu dire comme Corneille, se souvenant de son redoutable protecteur le cardinal de Richelieu: il m'a fait trop de bien pour en dire du mal ; il m'a fait Irop de mal pour en dire dubien! Etrinstabilit^m^me denos programmes, I'hisloire jamais achevee de leurs variations prouvent assez, puisque la perfection est immuable, que tout n'est pas parfait dans un enseignement qui se d6bat au milieu des programmes comme un malade entre Ics ordonnanccs de plusieurs mddecins. Mais il sutEl de le
declarer une fois pour toiites : Tenseignement secondaire s'adresse surtout ^ la bourgeoisie; Tenseignement integral a envue la bourgeoisie si elle Taccepte, mais avant tout le peuple sans dpithetes et m6me surtout ceux qu'une expression un pen surann6e d^signe par le nom de « prol6taires ». Disons-le toutefois en passant: il serait h d(5sirer qu'une partie des 4tablissements universitaires et particuli^rement les colleges fussent reorganises enti^rement sur le type d'enseignement que nous qualifions d'integral et je crois fermement que les classes moyennes seront assez clairvoyantes pour r6clamerpour elles-memes Tenseignement du peuple, car a vrai dire, il n'y a pas plus en pedagogic qu'en math^niatiques ce que Euler appelait des « routes royales ». Quand Descartes se r^solut enfin a publier de courts fragments de son livre du Monde il s'avisa d'un moyen ing^nieux « d'ombrager » ses hardiesses ; il se declara bien decide a « nesuivrenikrdfuter les opinions qui sont rec^ues entre les doctes » etane parler que d'un monde ideal qui deviendrait subitement reel par I'impulsion creatrice du mouvement se propageant dans une matiere nouvellement creee. Je n'ai aucune hardiesse a ombrager, mais comme Descartes je tiens a declarer que je ne suis ni ne refute les opinions communement regues entre les doctes, c'est-a-dire entre les pedagogues. De nos trois ordres d'enseignement,jen'aiacritiquerni Fun ni Tautre puisque Tenseignement integral n'etant ni pri-
8 L'KNSEIGNEMENT INTIiGRAL
maire,nisecoiidaire, nisuperieurdanslesens precis qu'on donne a ces mots,je trace mon sillon a part, a c6t6. II y a d'ailleurs tout avantage h laisser les doctrinaires de la p6dagogie agiter entre eux des questions byzantines dont la derni^re en date pent seformuler ainsi : enchangeant simplement Fordre et le nora des 6preuves du baccalaurdat, changer la valeur des produits de Texamen ! On n'a pas la pretention de n'employer que des materiaux neufs, mais aussi cette condition n'est-elle pas n^cessaire pour construire sur un plan personnel un edifice tout nouveau.
Nouveau, dira-t-on, quelle erreur! Le mot meme qui le d6signe permet d'en appr^cier la pr6tentieuse nouveaute ; vieille formule, paradoxe renouvele de 1848, controverse epuis^e, d^froque d6modee d'excellentes gens qu'un prudent dloignement des affaires ou bien un long sejour en province ont pr6serv6 de rien apprendre et de rien oublier, j'entends parler des orateurs en faveur il y a un demi-si^cle et dont les rares survivants evoquentrepithMe d^sobligeante de « vieilles barbes ». Si Ton visait au paradoxe, cette ironie ne serait que justice ; aussi bien la t^che de rajeunir un paradoxe, d'etayer une utopie, d'achalander une panac6e demande-t-elle une virtuosite que je n'ai pas, et, si Ton soupQonnait ce livre de qnelque arri6re-pens6e de ce genre, « je serais bien marry, comme dit Descartes, qu'il fut public ». II ne s'agit plus de la formule, un pen vague et tres
surann^e, mais d'un veritable sysl^me bien arrfetd. On sail de reste que le paradoxe d'hier est souvent la v6rit6 de demain. Voyons done si celte nouveautd toute relative, j'entends un enseignement qui par la totality de la science viserait k la culture de la totality des facultes de Tesprit (tout Thomme et tout le peuple), est du moins une innovation possible et necessaire- Cette discussion loute preliminaire ettr^s abrdg^e aura Tavantaged'^clairer notre marche.
II y a deux classes d'hommes que notre enseignement prepare tr^s suiiisamment : ce sont d'abord les professionnels de la science ou les futurs savants qui ne manquent ni de grandes Ecoles ni d'Universitds ; ce sont ensuite ceux qui ne souhaitent rien au dela d'une science purement professionnelle. Notre enseignement technique peut avoir ses ddfauts et il a certainement ses lacunes, maisenfin il est organise et ilne reste qu'a Tamdliorer. Je ne parle pas, et pour cause, de Tenseignement primaire : ce n'est qu'une antichambre, un vestibule qui prdc^de le cabinet de travail. D'une part done et a foison, des savants, des drudits, des professeurs; d'autre part, et sans qu'on puisse se plaindre d'insuffisance, des ingenieurs, des medecins, des avocats, ajoutons des industriels, des chefs d'usine, des contre-maitres. Si toute la vie de Tesprit se r6duit a lactivitd scientifique et a Factivitd professionnelle, nous sommes outilh^s, croisons-nous les bras ; continuous
plut6t h faire des « ouvriers de la pens6e » et des ouvriers de I'outil selon rimmuable formule. Mais ne craignezvous pas une scission, un divorce de I'intelligence divisee contre elle-m^me? Que faites-vous de ceux qui n'6tant pas filsde bourgeois ou d'ouvriers ais^s, n'ayant ni les loisirs ni les moyens d'entrer par la filiere de Tenseignement secondaire aux grandes Ecoles ou aux Universit6s aspirent n(§anmoins a un plus large d6veloppementde leurvie intellectucUe et seraientbien aise comme Solon de vieillir en apprenant toujours? On aurait arrange toutes choses pour leur donner un vif d^sir, une furieuse envie de sortir de leur condition qu'on n'aurait pas mieux r^ussi. On ne peut songer pourtant a les emmurer. L'assistance m6dicale a domicile est une raesure excellente ; faut-ilen mati^re d'instruction se con tenter 6ternellement des h6pitaux? II faut que T^cole ressemble a un champ d'exp6rience et dcvienne comme un atelier de science. II semble qu'on dise a nos paysans et a nos ouvriers : vous avez tort, puisque vous 6tes destines a passer votre vie dans le village ou Tatelier de ne pas vous contenter modestement de Tenseignement primaire le plus dl^mentaire ; vous ne pouvez esperer qu'un leger supplement de science que vous puiserez soit aux cours d'adultes, soit a quelques conferences necessairement clairsem^es; le sage qui salt se contenter de pen vous persuadera qu'un pen plus de science ne ferait que vous nuire. Bon
LES LAGUNES DE NOTRE SYSTfiME IVENSEIGNEMENT 11
theoricien, mauvais praticien, c'est le vieux proverbe, la sagesse des nations. Des iiniformes panaches d'un cold, des blouses sordides de Tautre, voila Fimage du pays de la science, une aristocratic et une pl^be.
Donnons a la demonstration une forme plus rigoureuse en interrogeant rexp6rience de tons les jours. Voici un enfant de douze ou quatorze ans, bien doue, bon 6l5ve d'une 6cole primaire, pourvu d'un beau certificat d'6tudes. Assur6ment il ne sort pas du banquet de la science, et son modeste repas, puisque nous Ic supposons intelligent, Ta laiss6 non pas rassasie, mais avide. De quel c6te va-t-il se tourner pour augmenter, s'il le ddsire, son tr^s I6ger bagage de science ? Entrera-t-il k une dcole primaire superieure? Le metier ou tout au moins I'apprentissage du metier le fixe a la ferme ou le rive a Tatelier. Ou la ch5vre est attachee, dit le proverbe, il faut bien qu'elle broute. S'inscrira-t-il aux cours d'adultes? la perspective dV remacher et d'y ruminer les connaissances qu'il possede ou croit posseder n'est pas tr^s sdduisante. Suivra-t-il les cours de Tenseignement professionnel? II s'en faut que I'enscignement professionnel soit organise partout et c'est encore, s'il est favorise, le metier qui va le ressaisirdans son engrenage et creuser toujours la m6me scissure, la mt^me circonvolution de son cerVcau. II a beau se frapper le front comme le po5te et sentir quclque chose la: Fair plus vivifiant et Thorizon plus large lui sont
12 L'EIVSEIGNEMKNT INTEGRAL
refuses. II entrevoil la terre promise, mais il s'arr6te a ses confins car la fronliere est bien gardde. Avez-vous r6fldchi a ce delicat probl^me de psychologic sociale: pourquoi le paysan et Touvrier dont les fils ont montre de Taptitudeaux etudes r^vent-ils invariablemenl d'en faire Tun un cure, Tautre un employ6? En dos termes plus gendraux, quel est le motif avouable qui pousse I'un et Tautre a sortir de leur sphere ou plus simplement a ddserter le metier paternel? II y a les raisons des parents et il y a Tinstinct de Tenfant qu'il faut dislinguer etqui agissent de complicite : d'un c6te experience rancuni^re d'un dur travail manuel, puis secrete ambition pour le fils d'une situation plus plus haute, voila pour les parents. Quant a Venfant, s'il y a la « vocation », je n'ai rien a dire, encore que la vocation d'etre toute sa vie petit employ^ soit bien inddfinissable et equivoque, mais il est certain que le secret d(§sir de s'dlever a ses propres yeux agit concurremment avec la vocation et avec Tattirance d'un metier qu'il suppose moins dur. II sait qu'en restant paysan ou bien ouvrier, il se condamne presque infailliblement h une infdriorite intellectuelle dont il sent d'avance tout le poids sur sa vie. Precisdment parce qu'il est jeune il n'a pas encore 6te rapetissd par Texpdrience, et ce motif d'ordre eleve, s'ennoblir intellectuellement, se mettre au niveau de ceux qui savent ou sont censes savoir, lui cache la bassesse des autres
LES LACUNES DE NOTIIE SYSTt^ME IVENSEIGNEMENT 13
mobiles et agit a la mani^re de ces petites forces dont raction continue produit des efTets qui paraissent invraisemblables et disproportionnds. — ^La culture et Tatelier sont done frustrds de leur meilleur 616ment et, circonstance aggravante, c'est k T^ldment le meilleur de Tesprit de Tenfant que le pi^ge social a 6t6 tendu. Ne croyez pas qu'il n'y ait dans Texode des champs vers la ville, des ateliers vers les bureaux que calculs bas, inavouables convoitises de plaisir ou d'argent bien vite trompdes ; il y a aussi ce mobile plus noble que notre analyse vient de ddcouvrir. II ne faut pas qu'^ I'enfant, d'intelligence dveillee et aiguisde qui va tomber dans le pi^ge, il reste cette r6ponse qui est une excuse et qui cl6t la bouche a ceux qu i Texhortent k rester danssa sphere et sa condition: je n'avais que ce moyen de satisfaire cette soif de science que vous avez mise en moi en m'apprenant a apprendre. II n'est pas bon que le sillonet Toutiltiennent Tintelligence courbde comme le corps. Les reliefs de la science mise en menus morceaux ou assaisonnde d'utilitarisme fade, ce n'est plus une nourriture sufEsante pourle paysan et Touvrier.
Si lecertificald'etudes a fait molns de mal a Tdcole primaire que le baccalaureat n'en a fait a I'enseignement secondaire, c'est qu'il est moins ancien. Les Fran- Qais, disait Bersot, font leur baccalaureat pour en finir avec les etudes comme ils font leur premiere communion pour en fmir avec la religion, comme ils se marient
14 L'ENSEIGNEMENT IMl^GRAL
pour en finir avec I'amour. Mais Bersot ne connaissait pas le certificat d'^iudes primaires, premier et dernier sacrement qui scelle de son sceau indelobile Tactivite
de Tespril et devientbien souvent un brevet d'ignorancc garantie et consoIid6e. Et que voulez-vous que fasse un pauvre enfant qui a regu ce dipl6me si exclusiveraent frangais que je ne crois pas qu'aucun autre peuple s'en soit avise? S'il a des aptitudes vraiment remarquables, il pourra devenir boursier et sera comrae un autre bachelier, fonctionnaire, apothicaire, avocat, medecin. C'est justement ce qu'il faudrait emp6cher; mais de quelle mani^re si notre enseignement primaire estune impasse et un cul-de-sac? II faut chercher, il faut trouver une organisation nouvelle qui necontraigne pas les mieux dou^s a ne s'instruire qu'en sortant de leur condition, qu'en reniant leur origine ouvri^re etpl6b6ienne et, dans bien des cas, qu'en aspirant a descendre sous pr6texte de se hausser au niveau de T^lite. On ne reclame pas d'dcoles nouvelJes mais la decentralisation et le plein air de T^ducation. II faut que I'instruction vienne au devantdes bonnes volont^s, qu'elle se respire avec Tair ambiant et qu'il ne soit plus necessaire de Taller chercher tr^s haul et tr^s loin au risque de changer de sphere ot de devenir un declasse.
Pour preciser ces indications, prenons un exemple: Lyon possMe une dcole connue en France, celebre dans le reste du monde, La Martini^re, qui rdpond h
LES LACUNES DE NOTRE SYSTfiME D'ENSEIGNEMENT 15
beaucoup d'egards aux exigences d'un enseignement a la fois populaire et integral, lyc^e de fils d'ouvriers, university des faubourgs. On n'en pourrait pas citer de plus fecondes en hommes remarquables ou sup^rieurs dans tons les genres. Type unique cv66 par la collaboration de grands pedagogues qui furenten m^me temps de vrais savants, les Tabareau, les Dupasquier (qui les connait hors de Lyon?), elle donne des ouvriers et des ing^nieurs, des contre-maitres de fabrique et des artistes^et cependant elle ne rev^t aucun caract^re professionnel. G'est par le souci predominant de I'enseignement theorique qu'elle est devenuepar surcrolt, pratique et utilitaire,d6veloppantles aptitudes qui permettent, si la mati^re premiere ne fait pas defaut, de s'elever a tons les sommets. En d^pit de son caract^re local et de son adaptation voulue au milieu, elle est un fragment d'enseignement integral, car elle se pr^occupe avant tout de la culture scientifique ou theorique et continue sans repetitions et sans solutions de continuity Tenseignement primaire. Cette dcole est la preuve par le fait que rid^al que nous proposons n'est pas une utopie et qu'il est realisable puisqu'il est partiellement realise. On pent done combler cet intervalle vide et bdant qui s'6tend de recole primaire au regiment, du commencement de I'apprentissage au metier qu'il faudra bien choisir, h la carriere qui absorbera la pensee et les forces.
Mais on n'y r6ussira qu'en d^plagant hardimcnt le
centre de gravity des etudes. Detreize avingtans, c'est r^poque decisive, la periode Kconde, le moment privildgieoii la vie et las^ve surabondent, Tdgedes grands projets et des vastes esp6rances. Et vous nV placezque des cours d'adultes et des conferences? Quand on se plaint que Fdcole primaire ne donne pas tons les resultats attendus et escompt^s, que ne fait-on un examen de conscience : cette transition brusque de F^cole h la vie, ce large hiatus qu'a la campagne et a la ville nos maigres programmes laissent subsister entre treize et vingt ans c'est la negation et la destruction de tout Toeuvre de r^cole primaire. Ou done ira votre jeunesse pour s'instruire? Au sermon? elle n'y va plus gu^re et la bonne moitie ne fr^quente pas plus I'eglise que le temple, le sermon que lepr^che. Aux conferences ? si nombreuses et si bien faites qu'elles soient, elles demeurent insuffisantes et on y cherche une distraction autant pour le moins qu'un enseignement. Au club ou aux reunions electorates? des discussions politiques rarement jaillitla lumi^re et quand on n'est pas encore electeur, onne s'y interesse que faiblement. — Une grande vie, a-t-on dit, c'estunepens6ede la jeunesse realisde dansTage mur. Si cette pens^e fdconde 6cl6t dans Tame de notre jeunesse ce sera sans doute a un hasard heureux, aux romans en vogue, a la litterature des petits journaux et des grands feuilletons, aux bonnes chances de la rue qu'onendevra rendre graces. Nous rf avons rien fait pour y pourvoir.
Le probleme se pose done avec une nettet^ qui n'a d'([§gale que Turgence poignante de la solution. Organisei' ce qu'on peut appeler provisoirement Tenseignement secondaire du peuple et par peuple j'entends avant lout les fils d'ouvriers et de paysans, du petit commerce et de la petite Industrie ; combler Tespace vide qui s'^tend de la treizi^me a la vingti^me ann^e de telle sorte que Tenseignement primaire d6ja regu soit 61ev^ d'un degr(§ et que Tenseignement technique et professionnel, poursuivi simultan^ment, regoive une solide base d'appui ; combiner Tinstruction et I'^ducation de mani^re que la science devienne avant tout un guide pour la pratique et Taction, un auxiliaire pour la morality en rendant Tintelligence serve de la volonte et de la sociabilite ; ^viter dans la mesure du possible de cr6er de nouvelles ^coles et d'arracher Tadolescent a la famille et a I'atelier grace h un syst^me qu'on peut nommer par anticipation le plein air didactique et Tadoration perp^tuelle de la science ; utiliser toute mati^re premiere deja existante par une redistribution nouvelle et donner a la legion largement recrutee et puissamment encouragee des nouveaux instituteurs du peuple plus de cohesion en m^me temps qu'une plus nette conscience de la convergence sociale de leurs efforts; populariser ou mieux socialiser la science au point que le plus humble, s'il ales aptitudes requises, ne soit a
aucune 6poque de sa vie ou sur aucun point du Bertrand. 2
18 L'ENSEIGNEMEiNT INTEGRAL
lerritoire oblig6 dc renoiicer a Tespoir d'accroitre ses connaissances th^oriques ; donner enfm a la cremation r^cente des universiles son vrai sens et sa veritable port6e democratiques par Textension deccntralisatrice de Tenseignement de ses maitres : voil^ le probl^me.
L'inconnue k d6gager de ces donn6es, nous Tappelons d'avance Tenseignement integral sans nous soucier que celte expression ait 6t6 discrddit^e par Tabus qu'on en a fait ou que son sens ait 6td obscurci et d^form^ par Tesprit de parti. II est bien inutile d'ajouter que pour r^soudre celte grave question dont depend Tavenir du pays, il n'est que prudent de proc^der avec lenteur et methode et de chercher d'abord une definition exacte et sans Equivoque de Tenseignement integral. II est assez facile d'en donner une id6e provisoire par une comparaison qui paraitra triviale et qu'on ne donne pas pour une raison : on appelle quelquefois « pain complet » le pain qui est cens^ retenir et r^unir tons les Elements nutritifs du froment; dans le champ de la science il ne faut recueillir que le pur froment et passer au crible tout ce qui s'y m6le ordinairement de grains inferieurs ou suspects ; du froment lui-m6me il ne faut retenir que les 616ments les plus nutritifs et les plus fortifiants pour Tesprit, mais il est bon de les employer int6gralement sous peine de gaspiller nos provisions, et d'affaiblir au lieu de I'accroitre nos forces do travail.