Montesquieu. De Vespril des lois, liv. IV, chap, i et v
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qu'il impose le joug salutaire des traditions et exige pour cela une docility parfalte et qu*il encourage en m^me temps la spontaneite et Tinvention, ame des sciences, Ilfaut enfin qu'il subordonne les details a Tensemble pour 6viter la science « dispersive » et qu'il s'attache aux details pour rester positif . 11 doit done m^,riter Tdloge qu'on a fait de Montesquieu qui « abr^geaitlout parce qu'il voyait tout », ^viter le vague et rester encyclopedique. Exigences contradictoires, situation paradoxale, qui n'ont point effrayd le g^nie de Comte.
C'est principalement dans le Discours preliminapre sur r ensemble du positivisme, public en 1840 et dans le Catechisme poHitiviste, publid en 1852, qu'il a trac6 son plan d'dducation populaire. La philosophic positive se transformait en religion et son auteur s'^rigeait en pontife ; il y a done lieu, en exposant sa pedagogic, de la maintenir, malgre Comte lui-m^me, sur le terrain de la pure philosophic. II n'estnullement n6cessaire de se familiariser avec le credo et de percer Tombre des myst^res de I'orthodoxie positiviste. En voici la raison : a un moment donnd les lettres de Comte, a la grande surprise de Littr6, s appellent des brefs; par la m6me transposition, Tenseignement devicnt une initiation et les examens se transforment en sacrements; que nous importe, si nous demandons a 6tre dclaires et non convertis, si nous nous obstinons a rester des disciples, sans nousresigneradevcnirdes fideles, des coreligionnaires,
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des paroissieiis, des ouailles? Faut-il, pour garder cette ind^pendance, pour oublier le ponlife en consultant le philosophe, fermer obstin^ment les yeux, comme le lit Littr6 aux lumi^res do sa secondc philosophie, complement logique, sinon conclusion rigoureuse de la premiere. Si le Coiirs est un merveilleux tableau, le Systeme ne lui cede en rien pour la perfection du dessin et Tentente du coloris; seulement Tartiste a, par malheur, repandu sur sa toile je ne sais quelle teinte grise uniformequ'il prend pour un bleu de ciel et qu'il croit poetique, mystique, religieuse, mauvais vernis, d6jk tout craqueld qui ne doit pas nous cacher, comme a tant de censeurs malveillants, la nettet^ du dessin et la vigueur de la conception premiere.
Remarquons d'abord que Comte n'attend nuUement la realisation de son plan d'education de I'initiative ou de rintervention des gouvernements. II redouterait plut6t cette intervention intempestive. Qu'onserappelle sa distinction des epoques critiques et des ^poques organiques: les premieres discutent et detruisent, les secondes concluenl et reconstruisent; les premieres representent Temiettement et la decomposition des theories sans entrevoir une doctrine de ralliement et des idees directrices universellemenl acceptees ; les secondes la coordination et la convergence des efforts vers un ideal commun. Son temps lui apparait comme une de ces periodes intermediaires, ou Tesprit metaphysique
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et critique, reprdsente par les doctrinaires en politique et les eclectiques en philosophie, rdduit tout en poussiere, doctrines et institutions, vit d'exp6dients et de compromis, dissimule la st6riiit6 par Timilation, la senility par Tagilation et recouvre du deluge des mots le desert des iddcs. Mieux vaut qu'un gouvernement qui vit, ou plut6t qui meurt, de cette situation st6rilisante pour une nation et une (^poque, s'abstienne totalemcnt de diriger Tdducation du peuple: un enseignement primaire, et le plus elementaire qu'ii se pent, voila tout ce qu'il doit raisonnabloment promettre, sinon donner. L'dducation univcrsitaire n'apparait a Comte que comme « une extension de Tinstruction spdciale que recevaient auparavant les pr^tres et qui se rdduisait surtout a Tetude de leur langue sacrde, plus la culture dialectique ndcessaire a la defense de leurs dogmes ». Les grandes dcoles ne sont pas jugdes beaucoup plus favorablement : elles ne visent qu'aux spdcialit^s et no forment que des demi-savants, sortes de monstres intellectuels obtenus par une culture intensive. U6\b\e qui sort de TEcole Polytechnique est un bon maihematicien, soit: mais il lui manque les etudes biologiques et le couronnement sociologique, sans lequel ily a dressage, mais non veritable education. M6mes lacunes chez r^iudiant qui sort de la Faculty de mc^decine : rien a la base, rien au sommet, ni math6matiques ni sociologie. Comte, en songeant* a ces anomalies, souhaiterait vo-
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lonliers, disons mieux, propose express^ment la suppression du « budget th^ologiqae » et du « budget mdtaphysique, » lisez universitaire. D'une part vous formez des hommes du moyen age, avec votre Education scolastique, d'autre part, avec votre entratnement a outranceet votre rage de specialisation, des professionnels du savoir dispersif, de v6ritables cas teratologiques. Le savant doit primer rhommc et rintdgrite de rintelligence doit ^Ire sacrifice aux specialil6s : voila vos principes tacites. Mai n6cessaire, direz-vous : alors traitons-le comnie les m^decins traitent. les virus et, si nous ne pouvons le detruire, essayons du moins de I'attenuer. Songeons au peuple ; le salut et la renovation nous viendront du concours energique et eclaird des (( philosophes » et des « prol6taires ». Que les classes riches fassent clever leurs enfants comme elles I'entendent: « ladettesacr^e, acquittee parlar6publique, nes'(§tend nullement aux classes qui peuvent ais^ment acqu6rir rinstruction qu'elles desirent ». 11 s'agit done avant tout des pl^beiens et des ouvriers, de ceux qui, n^s dans le peuple, sont destines a rester peuple. Telle est Tampleur et I'^l^vation de Teducation que Comte leur reserve, qu'ils n'auront rien a envier a ceux qui sont favoris6s de la naissance ou de la fortune ; et ceux-ci sentiront t6t ou tard qu'ils n'ont rien de mieux a faire que de r^clamer pour eux-m^mes les avantagesde cette education vraiment liberate et integrale.
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La dur^e de r^ducation s'^tend de la naissance h la majority. Divisons cette dur^e de vingl ou vingt-et-un ans en deux parties et sans fixer math^matiquemenl ces deux parties^ faisons commencer la seconde a la pubert6. Faute d'avoir remarqu6 Topposition complete que Comte ^tablit entre les deux parties de Tdducation, bien des m^prises ont 616 commises. On interpr^tc sa th^oric comme s'il proposai( de saturer inconsid^r^ment de science pure Tesprit des enfants. On prouve ensuite, avec unc extreme facility, qu'il y a une veritable absurdity a ddbuter par la premiere science de la sc^rie hi(5rarchique : les math^matiques sont une mauvaise nourriture pour l'4ge tendre des enfants. Les nourrir d'abstractions c'est les an^mier et les rebuler. Qui Ic sail mieux que notre philosophe? II pousse m^me les precautions contre cet abus jusqu'au scrupule, jusqu'a Texc^s. Jusqu'a « la seconde dentition » Teducation sera exclusivement familiale et absoliiment spontande : exercices musculaires ; culture des sens ; ddveloppement de Tadresse naturelle paries jeux; acquisition, toule libre et empirique, des faits observes qui s'enregistrentd'eux-memesdans une memoire souplc et neuve; bonnes habitudes contracldes de bonne heurc et dont rinfluence gouvcrnera la vie a la mani^re des instincts'; prejug(5s du bien inculqu^s par les parents, en attendant Teveil de la raison ; pas d'etudes proprement dites, pas m^mede legons de lecture ou d'ecriture; voilk
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les indications g6n6raies. La m^re est Tunique mailre. EUe 6vite avec iin soin particulier tout cc qui sent la contrainte ou Tassujettissement ; elle attend que la plante humaine ait pouss6 des racines et puise la s5ve fortiliante dans le sol et dans Tair ambiant.Sauf cettc aide discrete donn^e a renregistrement des faits par la m6moire,cette attention soutenueaux bonnes habitudes, ce souci vigilant d'inculquer sous forme de prejugds les premiers lineaments de la morale, rien ne vient de Texterieur et tout jaillit de la spontan(5it6. II ne faut emmailloter ni Tesprit ni le corps de Fenfant. La nature est bonne, il faut la suivre pas k pas; d'aillcurs la nature a pour auxiliaire une attentive providence, celle de lam^re, dontla tdche est de pressentir, prevoir et pourvoir a la place de Tenfant. Elle I'invitera aussi a k I'accomplissement de quelques operations materielles, afin qu'il appr6cie mieux la diflicultd de conduire le moindre travail jusqu'a sa destination usuelle et qu'il sympathise davantage avec les classes correspondantes. Ces exercices rendront Tesprit plus precis et plus net, comme le coeur plus tendre etplus humble ».
Les exercices rdguliers et les legons proprement dites ne commmenceront que plus tard. « Depuis la dentition jusqu'a la pubert6 » Teducation de vient a demi systematique sans cesser d'etre domestique et dirig6e par les m^res. Pendant cette p^riode, qui comprend environ sept ann^es, Tenfant n'entendra pas
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encore parler d'une seule des sept sciences fondamentales: T^ducation sera esth^lique, non scientifique, tr^s libre encore, mais non puremenl physique et spontanea. Alors doit nailre et se fortifier Thabitude du travail intellectuel. « Les vraies 6tudeseslhdtiquesse r6duisent loujours a des exercices plus ou moins r^gl^s qui n'exigent aucunes legons formelles, du moins pour 1 'Education g^nerale, sauf les besoins propres a certaines professions. » L'art par excellence, c'est la po^sie. Que Tenfant, poete spontand, comme les races jeunes, s'abreuve aux sources de la podsie et qu'il vive dans rintimitd des grands poMes, qui furent les grands civilisaleurs. La morale harmonieuse qui s'exhale des oeuvres vraiment podtiques s*insinuera par rimpression du beau et impregnera pour toujours Tame de Tenfant. A la poesie, il joindra les deux arts les plus essenliels, la musique et le dessin, surlout en vue de ddvelopper cette qualite pr6cieuse, appelee par Leonard de Vinci « le bon jugement de Topil » et de Toreille, deux sens eminemment sociaux. Qui ne reconnaitra dans cette esquisse les deux parties de I'education helldnique et platoniciennc, la gymnastique et la musique, cette dernii^re entcndue dans son sens large, les artsdes Muses? On voit aussi que Comte ne bannirait pas, comme Platon, Homere de sa republique et qu'il n'est pas de ces g6ometresqui reprochent a lapodsiede no rien prouver. Si la thdologie poetique est volontiers polyth6iste, c'est