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THEORIE POSITIVISTE DE T/EDUCATION

plutot un tilre aux yeux de Comte car, bien loin de lenir aune s6v^re orthodoxie et d*imposer a Tenfant un credo positiviste, il souhaite que Tenfant, comme Thumanit^, ne s'el^ve au monotheisme qu'apr^s avoir pass6 parune p^riode polyth^iste. Quant k Tathde, il sera toujours k ses yeux le plus « inconsequent » et le plus « retrograde » (les theologiens : « Loin de compter sur Tappui des ath^es actuels, le positivisme doit done y trouver des adversaires naturels/ »

Du temps de Platon, la question de T^tude des langues n'existait pas. Si Ton remarque qu'un po^te, traduit dans une langue dlrang^re, perd tout son charme et que toute traduction est trahison ; si Ton r^fldchit surtout a ce fait que la France, par sa position dans rOccident, est en contact avec quatre nations dont les langues, pour le commerce, et les littdratures, pour la culture, doiventlui etre accessibles, on aboutira h cette conclusion que laseconde partie de la premiere pdriode de Teducation doit comprendre principalement T^tude des langues occidentales. L'enfant devrait connaitre avec sa langue maternelle non seiilement I'anglais et Tallemand, mais encore Titalien etl'espagnol. Le fabuliste dirait en souriant : tout cela c'est la mer a boire ! Ou sesouvient que pour apprendre une langue il suffisait a Comte d'une grammaire, dun diclionnaire et de

1. Aug. Comte. Discours sur Vememhle du positivisme, i^^ partie. Bertrand. 9

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quelques mois de travail. Prenons done son id^al dans un sens large: on enseigneraaux jeunes gens autant de langues qu'ils pourront s'en assimiler. Qu'on se persuade bien surtout que, si Tutilit^ pratique des langues est incontestable, leur principal avantage est pourtant deddvelopper Tinstinctde sociability et de perfectionner le sens esthdtique. Les langues pour les relations commerciales, les monuments littdraires des langues pour le commerce supdricur des esprits et la communion avoc le g^nie poetique des races. On sait que la principale occupation de Comte, pendant les dernieres ann^es de sa vie, 6lait de relire les grands po6les dans leur idiome original.

L'dtude des arts et des langues continuera pendant la p(5riode d'instruction proprementscientifique,ouplutot la culture esthetique durera toute la vie. « Les exercices estheliques de la premiere Education se prolongeront volontairement au milieu des travaux scientifiques de la seconde, pour pen que les goflts naturels s'y trouvent sagement encourages. » Et Comte, ^ducateur positif mais optimisle, n'h^site pas a completer sa pensde : « lis feroHt naitre accessoirement, dans les deux dernieres ann^es de I'initiation philosophique, Tetude spontande de nos deux principales langues anciennes, a litre de complement poetique, li6 d'ailleurs aux theories historiques et morales dont le proletaire sera alors occupe. Si rhabitude du grec interesse surtout nos origines

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csthetiques, cello du latin est encore plus utile au plein sentiment de notre filiation morale. » Belle esp6rance mais un peu chimerique, avouons-le : Ic grec et le latin (( accessoirement », h titre de « complement po6tique », c'est bien la verification du mot de Montaigne, que Tdme s'elargit d'autant plus qu'elle s'emplit. Le grec a beau ^tre le langage sonore aux douceurs souveraines, le latin posseder la « majestueuse et royale harmonic » dont parte Michelet, Tamour du grec et du latin ne nous (lonnera peut-6tre que de rares helldnistes et latinistes; sans doute Comte s'y rdsigne.

L'enfant aquatorze ans environ et, s'il est A6]h initi6 aux arts et aux langues, remarquez qu'on ne lui a pas encore parld d'une seule des sciences de la sdrie positiviste: th^oriquement il les ignore toutes ; il n'on sait qu'a peine les noms et ce qui s'apprend spontan6ment ou a titre auxiliaire, k Toccasion des arts et des langues. Voila done le pedagogue qu'on accuse de tout sacrilier aux sciences fort expos6 a un reproche diamdtralement oppos6: pas de science, c'est un mot d'ordre, jusqu'a quatorze ans. Ce qui a donnd le change aux lecteiirs francais, toujours lagers, c*est quh cetle date, Teducation devenue, de domestique, publique prendra les sciences dans leur ordre s^*riel et hi^rarchique: le maitre commencera par les mathematiques mais, rkp{*' tons-le, r^dueation est alors depuis longtemps comluenc^e.

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Dans les sciences elles-m^mes il ne faut pas tout enseigner : cet amasindigcste de connaissances entass6es accableraitl'esprit. Le choix des choses k enseigner ne doit pas non plus ^tre livr^ a Tarbitraire. L'essentiei est de bien 6treindre ce qu'on embrassera. Qu'y a-t-il de pr^cieux dans la science: pour la soci6t6, les resultats;pourresprit, les m6thodes; dans les m^thodes, Fart de conlrOlcret de decouvrir. Ajoutons quetoute science doit ^tre enseign^e au point de vue sociologique, qui n'est pas le moins du monde le point de vue utilitairc et professionnel. Sitoute science est un fragment d'humanit^, ne pas la presenter comme telle, c est la r^tr^cir et latrahir. Voiciun sec thdor^me de g6om6trie qui ne s'adresse qu'au pur esprit: dites que son inventeur conQut une telle joie de sa ddcouverte qu'il sacriiia une h^catombe a la divinity, pour lui temoigner sa reconnaissance ; montrez aussi que telle verity astronomique d^couverte il y a deux mille ans, sauve tons les ans la vie h des milliers de navigateurs ; vous ne vivifiez pas seuleinent votre enseignement, vous le rendez social et moral, en int6ressant le cceur aux speculations de Tesprit.

Trois cent soixante legons seront n6cessaires et sept professeurs seront suffisants pour enseigner la serie des sciences. II y aura pour chaque science quarante lemons par annee, c'est-a-dire une par semaine, en tenant compte de la periode annuelle des examens et des vacances

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qui dureront trois mois. Toutcfois, ce nombre de legons sera double pendant les deux premieres ann6es. Comte en donne d'excellentes raisons: les sciences mathematiques et astronomiques forment la base de Tfedifice et ilimporte d'asseoir solidementles fondationsqui doivent tout supporter; en outre, k Vkge ou se font ces premieres 6tudes, rintelligence estmoins aflfermieetles loisirs sont plus grands, parce que le m6lier n'absorbe pas enti^rement le jeune homme, qui vit encore dans sa famille et commence seulement sonapprentissaged6finitif. La cinquifeme annee, consacree aux etudes biologiques, comprendra naturellement des notions d'hygi^ne et de m^decine, « condens6es en un cours de quarante lecons vraiment philosophiques et populaires ». La sixi^mc ann^e, « de m^me dur6e didaclique, systeniatiscra d^finitivement toutes les speculations r^elles par Tetude directe de la sociologie, statique et dynamiquc, qui rendra famili^res les vraies notions sur la structure et le mouvement des soci^tes humaines, surtout modernes. Un tel fondement permettra a la derni6re deces sept ann^es du noviciat positif de diriger imm^diatement Tensemble de cette Education vers sa principale destination sociale, par Texposition m^thodique de la morale, dont chaque demonstration essentielle deviendra alors pleinement appreciable, suivant la doctrine du monde, de la vie et de I'humanite. »

Les jeunes Biles recevront la meme education que

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les jeunes gens. Toutefois le doublement des cours do mathematique et d'astronomie que nous avons signale pour les deux premieres ann^esdu « noviciatlhdorique » ne leur sera pas impost. « Dispens^es de la vie active, les femmes doivent se borner, en mathematique, a une 6tude plut6t logique que scienlifique, a laquelle suffit une seuleleQonpar semaine,commedans toutlerestedu cours septennaire ». Comte ajoule que « cette simplification exigera seulement plus d'efforts philosophiques chez Ic professeur ». II nous donne ainsi une des clefs du syst^me : les professeurs doivent 6tre ^minents et tout a fait de premier ordre. On n'arrive a la condensation dans la clarte que moyennant un sens et une culture philosophiques absolument sup6rieurs. Ce sera, dans Tapplication, la grande difficult^, mais elle ne parait pas insurmontable, puisque les nouveaux cours populaires n'exigeront, quelle que soit la density de la population, qu'un personnel enseignanttresrestreint et, des lors, scrupuleusement choisi. Une autre difficulte non moins considerable sera d'obtenir de ces sept professeurs une communaute de vues parfaite, qui fasse converger tons les efforts vers un m^me but : il y faudra un rare d^sintdressement personnel et une vraie communion scienlifique. Comte redoute tellement les divergences, les envahissements et I'anarchie qu'il exige que chaque professeur soit capable d'enseigner les sept sciences fondamentales et que meme ils changent quel-

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qnefois d'enseignement et permutont les uns avec les autres. Mais aussi telle sera Tunit^ de Tenseignement national, que les voyages m6mes, le tour de France de Tapprentissage, n'apporteront aucun obstacle aTenchainement et a Tach^vement des 6tudes : partout les memes cours et la m6me methode; partout Tapprenti, Touvrier pourra continuer ses dtudes, en les reprenant prdcis^mentau point ou il les avail interrompucs. C'est seulement dans les sciences ainsi hidrarchis^es que pent 6tre obtenue cette unit6 et cette continuity de Teffort didactique. Cos voyages, utiles complements de Tapprentissage completeront non moins heureusement Teducation : « ils seront aussi utiles a Tesprit et au coeur que leur sont ordinairement nuisibles les vagues excursions de nos riches oisifs. » En France nous r^pdtons proverbialement que les voyages forment la jeuncsse, mais, par une contradiction dont nous n'avons plus conscience tant Thabitude est inveterde, I'dtudiant est rive a son universite, si Ton nous permet cette comparaison, comme la ch^vre est attachee a son piquet, Le changement n'est pas le fleau, mais le ferment des etudes ; Tetudiant allemand fait son tour d'Allemagne universitaire : saluons done ces nouvelles recrues de la science et les futurs compagnons du tour de France.

En resum6 sept anndes de culture spontande, physique et pour ainsi dire sensorielle et gymnastique ; sept anndes de developpcmcnt csthetique, par Telude des

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arts et des langues, clefs des sciences et instruments de sociability ; sept ann6es d'etudes scientifiques embrassant tout le savoir humain qui vaul la peine d'etre acquis pour son utiliteet pour la force qu'il communique a I'esprlt ; les deux premieres p6riodes se continuant et s'achevant pendant la lroisi6me, de manifere h assurer Tunit^ et la continuity du developpement simultan^ du cceur et de Tesprit, tel est le plan de Comte : quels hommes il nousdonnerait et quelle renovation du gdnie national! Ce plan est-il realisable? Non, pour qui s'en tient a la lettre ; oui, pour qui pdn^tre jusqu'a Tesprit. S'il nous manque T^lan et la foi, il vaut mieux y renoacer et retourner a la vieille orni^re du chemin tracd, oii Tesprit s'enlise et s'embourbe. Fid^lemeut suivi, ce plan op6rerait une revolution. II est r6volutionnaire, aussi n'est-ce qu'a T^poque revolutionnaire que nous Irouverons un exemple memorable, que Comte aimait a citer, des miracles que peuvent accomplir de vrais mailres, quand ils donnent a T^ducation et a la patrie tout leur genie et tout leur coeur.

« Si nous decr^tons T^ducation, avait dit un membre de la Convention, nous aurons assez vecu. » C'etait deux mois apr^s le neuf thermidor, on se remettait a croire a la vie, a I'avenirdela France. x\pr^s lesgrandes et sanglantes epreuves, Torgueil, Tintdr^t et Tenvie faisaient treve, la Ireve de la science. Les hommes les plus hauls dans TEtat ct dans la science accepterenl, sollicl-

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terent les plus humbles fonctions de renseignement. Lagrange et Laplace enseign^rent raritlimdtique. Donnons la parole a Michelet pour raconter les resultats : « Quinze cents ^l^ves, hommes fails et plusieurs d6ja illustres, vinrent sans difficultd s'asseoir sur les bancs de YEcole normals et apprendre a enseigner. lis vinrent comme ils purent, en plein hiver, dans ce moment de pauvretd et de famine. Sur les ruines de toutes choses niat^rielles planait seule et sans ombre la majesty de Tesprit. La chaire de la grande ecole etait occup(§e tour a tour par des g^nics crealeurs; les uns comme Berlhollet, Morvau, venaient de fonder la chimie, d'ouvrir et pen6trer le monde intime des corps; les autres comme Laplace et Lagrange avaient, par le calcul, affermi le syst^me du monde, rassure la terre sur sa base. Jamais pouvoir spirituel n'apparut plus incontestable. La raison, en ob^issant, se rendait a la raison... Un grand citoyen, Carnot, celuiqui organisa lavictoire, qui devina Hoche et Bonaparte, qui sauva la France malgr6 la Terreur, fut le veritable fondateur de VEcole Poly technique, lis apprirent, comme on combattait, firent trois ans de cours en trois mois. Au bout de six, Monge declara qu'ils n'avaient pas seulement regu la science, mais qu'ils Tavaient avancde. Spectateurs de Tinvention continuelle de leurs maitres, ils allaient inventant aussi. Imaginez ce spectacle d'un Lagrange qui, au milieu de sonenseignement, s'arr^tail

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tout a coup, rdvait. On attendait en silence. II s'eveillait h la longue et leur livrait, tout ardente, la jeune invention a peine neede son esprit. Tout manquait, moins le genie. Les 6l5ves n'auraient pu venir s'ils n'avaient eu un traitement de route de qualre sous par jour. lis recevaient le pain, avec le pain de Tesprit. Un des maltres (Clouet) ne voulut pour traitement qu'un coin de terre dans la plaine des Sablons, et v^xut des l(5gumes qu'il y cultivait. Quelle chute apr5s ce tempsla! chute morale, et non moins grande dans la sphere de la pcnsee. Lisez, apr^s les rapports faits a la Convenlion, ceux de Fourcroy, de Fontanes, vous tombez en quelques annees de la virilite a la vieillesse, la vieillessc decrepite*. »

Rajeunissons. Le temps des miracles est passe; mais, si ce sublime dlan est bris6 qui rendit possibles les « cours rdvolutionnaires » si la vie nationale n'est pas une crise, que cetexemple serve du moins. en attendant la preuve, a illustrer d'avahce nos conclusions ; le plan Je Comte n'est pas seulement rationnel, il est raisonnable,il est realisable, il est amorce, partiellement realist dans Tadmirable reorganisation de Tenseignement primairequi est depuis vingt-cinq ans le grand oeuvre de notre Iroisieme republique. Comte n'ignorait pas que les objections devaient Tassaillir de toutes parts: on

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