TIIEORIK POSITIVISTE DE L'EDUCATION
Ces raisons sont au nombre de trois. Qui n'acquiert pas dans sa jeunesse les principes des sciences ne les acquerra jamais, car, dit Platon, on apprendrait plutot a un vieillard a gagner le prix de la course : les grands travaux sont pour la jeunesse. En second lieu, toutes les sciences ont une utility pratique pour le citoyen qui est aussi un soldat et qui peut ^tre appel6 h commander les autres : Tarithm^tique est n^cessaire en toute occasion ; il faut 6tre g6om6tre pour asseoir un camp, assi^ger une ville, faire manoeuvrer des troupes; et astronomo pour diriger un navire ou une flotte. Mais surtout les sciences nourrissent et fortifient Tintelligence : elles sont une severe discipline qui Thabitue a s'elever audessus des choses concretes et mat^rielles et la prepare, par une sorte de purification, h recevoir la lumi^re de rid6e pure. Comte eflt donne les mains a cette argumentation qui restera vraie, quels que soient dans Tavenir les progr^s des sciences et de la philosophic. La science du calcul est utile surtout « par la vertu qu'elle a, dit Platon, d'elever TAme en Tobligeant k raisonner sur les nombres, sans souffrir que ses operations roulenl sur des choses visibles et palpables ». On en peut dire autant de la geometric : ses points sans dimensions, ses lignes sans largeur, ses surfaces sans epaisseurs, ses figures id6ales, accessibles au seul entendement, voila des moyens de nous an'acher au « bourbier » des sens ou, comme dira Comte, au « pur empirisme qui est ste-
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rile ». De m6me encore rastronomie : Glaucon, I'interlocuteurde Socrate, commet une naive meprise en convenant qu'elle nous oblige a « lever les yeux en haut; » Socrate lui fait comprendre que c'est en nous forgant a consid6rer les rapports abslraits et ideaux de vitesse et (le lonteur de situation et d'61oignenient des astres, contempl6s dans Tharmonie de leurs mouvements. De ni6me enfin la musique : les notes, disaient les pythagoriciens sont des nombres sonores et la musique, disait de nos jours Proudhon, est une contemplation par Touie. Loin de consister a saisir les sons au passage en « tendant Toreille », ou a « tourmenter les cordes d'un instrument » la musique s'adresse moins au sens qu'a Tentendement. On dirait lout cela ecrit d'hier et par Comte en personne.
A cC)t6 des ressemblances, il est juste de signaler les diffdrences, provenant a la fois de la dissemblance des (^poques et de Tantith^se des deux gdnies. Si Tambition de Comte est plus vaste, celle de Platon est plus haute : celui-ci n'appelle aux sublimes etudes de la dialectique qu'un petit nombre d'esprils privilegids, et, en depit de son mailre Socrate qui, par d'habiles interrogations, faisait Irouver a un esclave m^me les Veritas de la geomdtrie, une elite imperceptible ; celui-1^, tout en taxant de chimerique la thdorie de Tdgalite des intelligences, invite au banquet de la science Timmense majorite. 11 mcdite une nouvelle et ddfmitive 6mancipation d'es-
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claves. Comte est d^mocrate, Platon aristocrate, d'inslinct. Mais, au fond, Taccord subsiste, puisque le citoyen moderne est roi par son suffrage et que c'^tait la th^se favorite de Platon, que les peuples ne seront heureux que lorsque les rois seront philosophes. Autre difference : il y a plus de s^r6nit6 chez Platon parce qu'il croit fermement h, Tabsolu et pent, au terme de revolution scientifique et dialectique, se reposer dans la contemplation desid^es, tandisque Comte nous declare qu'il n'y a qu'une \6ni6 absolue, savoir qu'il n'y a pas d'absolu. Ici, encore, les differences s'attenuent si Ton remarque que Tid^e des id6es c'est, chez Platon, Tidde du Bien, g^n^ratrice de la morale, comme les notions morales sont, chez Comte, les iddes directrices de tout le mouvemenl ascendant des sciences. Plus frappant encore sera le rapprochement, si Ton se souvient que le bien et le juste, inscrits sans doute dans le coeur et Tespritde rhomme,sonl cependantplus visibles et plus « lisibles » dans les societes qui les r6alisent et les manifestent en grand. La comparaison platonicienne des deux inscriptions, I'une en caract^res tr^s fins et presque indechiffrables, symbole de la justice dans notre ame, Tautre en caract^res tr^s grands et lisibles pour Toeil le moins pergant et Tesprit le plus obtus, symbole de la justice dans les socidt^s, est un bel eloge anticip6 de la Sociologie qui, selon Comte, annonce et ^claire la Morale.
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Platon pourrait niSme servir 5 commenter et a justifier Comte sur un point important par oil il est vulnerable et ne laisse pas d'inquieter ses commentateurs ^ II s'agit de la liberty de conscience : « il n'y a point, dit-il, de liberty de conscience en astronomic, en physique, en chimie, en philosophic m^me, en ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire, de confiance, aux principes etablis dans les sciences par les honimes competents ». II raille, non sans v6h<5mence, ceux qui pr^tendent qu'il estnaturcl ^Thorame « d'examiner toujours sans se decider jamais ». Pris dans ce sens, le « droit d'examen » lui parait une pure folic, n^e « de la mediocrity intellectuellc unie h Tinquietude du caract^re ». II ne veut pas d'une science « st^rilement raisonneuse » et ne laissera discuter « rirr^sistible preponderance » de son systeme que « sous des conditions intellectuelles convenables » et des « regies fondamenialcs uniformementacceptees ». Tout cela, je le repeie, serait un pen inquietant ; on entrevoit un concile de savants decretantde nouveaux dogmes. Comte toutefois ne veut pas dire qu'on doive forcer les individus a croire ; il constate seulement Tinsignifiance du coefficient personnel en matiere de verite demontree ; il oppose la science, qui force la conviction par Tevidence, a la croyance qui laisse subsister, dans les religions, par