V. Cours de philosophie positive, 46" lecon
THfiORlE POSITIVISTE DE L'l^.nUCATION 145
exemple, Tarbitraire du oui ou du non. II est singulierement instructif de constater que les anarchistes les plus resolument hosliles a toute autorit^ font cependant d'expresses reserves sur deux points qui rendent n6cessaires Tautorit^ et la subordination : 1 'instruction et la guerre *. Platon ne voulait aussi, pour les hautes dtudes, que des esprits « gi^aves et solides » et, afin 6viter les tentations d'une sophistique dissolvante, il ne souffrait pas qu'ils se livrassent aux etudes de la dialectique avant trenle ansaccomplis, parce que « les jeunes gens, lorsqu'ils ont pris les premieres legonsdela dialectique, s'en servent comme d'un amusement et se font un jeu de contredire sans cesse;... semblables a de jeunes chiens, ils se plaisent a quereller et k d6chirer par le raisonnement tous ceux qui les approchent ». Voil^, peinle au nature!, cette sophistique « st^rilement raisonneuse » que Comte avait a coBur de bannir de Tdducation. 11 y a longtemps qu'on devrait ^tre convaincu qu'il ne faut enseigner la morale th^orique qu'apr^s la morale pratique, encore que la premiere paraisse 6tre la base de la seconde : la marche, la comme partout, c'est une analyse entre deux synthases.
La vie paisible de Platon, philosophant tranquillement sous les ombrages de TAcaddmie, quelle antith^se et quel affligeant contraste avec la vie si agitde et, mat(5-
\. V. Ch. Malato. Philosophie de I'anarchie, p. HO et 129. Bert RAND. iO
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riellement du moins, si pr6caire et si tourment^e du philosophe frangais ! II y a cette ressemblance encore que le divin Platon fut un jour charge de chaines et vendu comme esclave par Denys I'Ancien, qu'il s'effor- Qait vainement de convertir a sa philosophie. Tous deux se consol^rent des persecutions par l'amiti6 de disciples d6vou6s et enthousiastes. Comte ne se borna pas a ebaucher son plan d'dducation, il se mit a Toeuvre pour le realiser, il paya courageusement de sa personne et, comme Descartes, mais sur un theatre plus vaste, il tint a honneur de se faire professeur et instituteur du peuple.
Des 1830, voulant mettre a profit, dans Tint^r^t du peuple, r^branlement r6volutionnaire et canaliser, si j'ose dire, Tenthousiasrae qui animait la jeunesse, il fonda a Paris, avec d'illustres collaborateurs, V Association polytechnique qui existe encore etrend de signales services h Tenseignement populaire. Son disciple, J. Lonchampt, expliqueen ces mots Tintention du maltre : « Notre grande Revolution a appel6 a la vie politique tous les membres de la society ; elle a fait des citoyens de ceux qui vivent du travail de leurs mains, comme de ceux qui ddtiennent le capital accumul6 pendant la suite des siecles. II importe done de mettre les uns comme les autres a m^me de remplir leurs nouveaux devoirs ; et pour cela, il faut les rendre capables de comprendre le but vers lequel nous avan^ons, en descendant le cours