TH^ORIE POSITIVISTE DE L'^DUCATION
des ^ges. Les ouvriers des villes ont conscience de la mission nouvelle qui leur incombe depuis Tfere r6voliitionnaire ; ils recherchent Tinstruction avec avidity ; \
mais, h(§las! quels dangers n'onl-ils pas k affronter dans celte recherche. Auguste Comte pensa que la science seule pouvait guider les intelligences populaires k travers les 6cueils des dtudes sociales : seule la science pouvait concilier le respect de Tordre avec Ja soif du progr^s ; seule elle pouvait Eloigner le peuple des niveleurs et des utopistes* ». Toutefois, cette premiere tentative ne lui parut pas satisfaisante et, d^s 1834, il se d6m\t de la vice-prdsidence de la Soci^td. II Tavait vue se heurter, presque imm^diatement, contre les deux 6ternels ^cueilsde Tenseignement populaire ; Tenvahissement « des litterateurs et des avocats » qui font de Tenseignement une parade oratoire et de leur chaire une tribune politique ; la preoccupation pratique et professionnelledescoursscientifiques, faits « par des ingdnieursdes arts et manufactures ». Ce qu'il avait r^.y6 ce n'etait pas un enseignement utilitaire, mais un enseignement philosophique ; il estimait les plus utiles des cours ceux qui, selon Texcellente expression de M. Grdard « ne m^nent a rien », mais fortifient ct 615 vent les esprits.
II en donna, lui-m6me, le plus memorable specimen
1. J. Lonchampt. Precis de la vie et des eerits d* Auguste Comte (Revue occidentale, !«' juillet 1889).
148 UENSEIGNEMENT INT^:GRAL
dans le Cours d'astronomie, qu'il commenga en 1831 et qu'il fit gratuitement pendant dix-sept ann^es cons^cutives, jusqu'en 1848* Pourquoi ce choix d'un cours d'astronomie, dans une ville qui n'est pas encore un port de mer, dans un milieu d'ouvriers ou ne se rencontrent ni marins ni navigateurs ? C'est surtout parce que, selon le jeu de mots de Platon, Tastronomie force k « regarder en haut » et devient, par le fait m^me de son inutility apparente, le plus utile des enseignements. Par surcroit Tastronomie 6tait h ses yeux « Tunique science qui f6t d6jk enti^rement positive ». Exposer la suite des observations naturelles par lesquelles,deThal6s k Pythagore, de Newton a Laplace, le g^nie de Thomme, d'essais en essais, a successivement fond6 les plus hautes conceptions cosmologiques ; rendre palpable et visible dans le d6veloppement de la science la m6thode qui dirige Tintelligence vers une v6rit6 de plus en plus complete, de mieux en mieux d^montr6e ; faire ainsi
sentir que le present est solidaire du pass6 et, comma dit Leibniz, gros de Tavenir ; inspirer k tous les coeurs le sentiment profond de la reconnaissance que nous devons a ceux qui nous ont fraye la route, a travers mille obstacles, et du mdpris qui doit s'attacher a ceux qui, brisant la chaine des traditions, reniant le pass6 social, nous promettent une marche soudaine en avant, qui n'est qu'un retour dangereux en arri^re; inculquer dans Tespril des auditours la connaissance claire et la conscience r^-