I. — L'6volution didactique n'est pas une revolution
p^dagogique.
Enseignement integral etuniversil^s sont cependant deiix expressions synonymes ou qui devraient TMre. Mais la France, m^re patrie des universit6s europ^ennes, n'a retrouv6 que d'hier la haute signification de ce mot. On nous reproche volontiers de n'avoir pas, en France, le sens et le goiit de la continuity, d'ignorer Tart pr^cieux d'6voluer sans d^truire, de compter avec la duree et sur la collaboration des si^cles et des morts. Mais notre plan coincide exactement avec le programme d'dtudes des vicilles universit^s frangaises ^ leur naissance et a leur apogee. Qu'6taient-ce en effet que ce quadriviiim et ce triviiiniy qui r^partissaient en sept ann^es d'enseignement toutes les connaissances de Tesprit humain a ces lointaines ^poque du moyen Age et justifiaient ce beau nom, d^s lors si heureusement choisi, depuis si mal compris, d'Universit^s? L'arithmetique, la gdometrie, la musique et Tastronomie constituaientle quadrwium ; le trivium s'entendait de la grammaire, de la dialectique et de la rhdtorique. Conclure artificiellement, de ce nombre fatidique de sept sciences fondamentales, h. ridentit6 des universitds d'autrefois avec I'enseignement integral de demain, ce serait se faire volontairement
L'ENSEIGNEMENT INTEGRAL, THfiORIQUEMENT ABSURDE 163
illusion. Ce qu'il faut en retenir, comme Tessentiel, c'cst rintention bien marquee de comprcndre dans Tenseignemenl la totality, Tintegrit^ du savoir humain. On suivait avec une scrupuleuse fid61it6 le g^nie encyclopddique que Dante appelait si justement « le maitre de ceux qui savent », et que Comte nomme encore <i la plus forte t^te de I'antiquit^, Tincomparable Aristote. »
De par cette fiddlitd m^me h la m^thode du fondateur de la logique, toutes les sciences affectaient alors la forme antique, c'est-a-dire deductive et dialectique. Le mot de Newton : « physique, d^fie-toi de la metaphysique », n'eut pas 6i6 compris, car la physique 6tait justement une m^taphysique. Si les sciences de la classification positiviste ne figurent pas toutes danslequadrivium etle trivium, elles^taient implicitementet rest^rent longtemps contenues dans la dialectique. Empruntons un exemple non pas au xif si^cle, mais, pour qu'ilsoit encore plus concluant, au xvi® si^cle. Voici un traits de physiologic 6crit par Jean FerneL Guy Patin disait, dans son pittoresque langage, que Fernel 6tait un de ses saints et qu'il tiendrait a plus grand honneur de descendre de ce grand medecin que d'etre roi d'Ecosse ou empereur de Constantinople. Un si^cle plus tard Bordeu d^clarait que « Fernel fut le plus grand, le plus elegant des regents ou professeurs et qu'une ecole faite pour instruire la jeunesse des 6l6ments du dogme ne
16t L'ENSEIGNEMKNT INTI^.GRAL
saurait choisir un meilleur guide *. » Or, Fernel precede en physiologie comme un logicien ou un g6om5tre, d6duisant, analysant, prenant pour point de depart des dogmes, comme dil si bien Bordeu, 6rig6s en axiomes sur la foi de la science traditionnelle. De Tobservation, pas un mot : de Texp^rimentation pas le plus l^ger soupQon. Apr^s avoir ddcrit les parlies du corps humain, Fernel classe les temperaments, d^linit les ^l^ments, le chaud et le froid, le sec et Thumide, puis les fonctions et les facult^s ; de ces principes gdn^rateurs de la science il d^duit avec Timperturbabilit^ d\m logicien et d'un g6om^tre toute sa thdrapeutique : tant pis pour les malades si la logique se heurte a Texp^rience. Le dogme, voila le grand mot, le dogme extrait d'Aristote ou puis6 dans TEcriture ; la dialectique voila toute la m6thode. Mais, telle est la large acception du mot dialectique, qu'elle engendre toute science et que, par elle, Tenseignement des universit6s est vraiment universel. Notre tradition ignora bien longtemps les bifurcations et les bic6phalisities modemes : pour creer non plus des clercs^ mais des hommes, il n'y a rien de plus sur que d'y revenir, aussi bien pour I'enseignement populaire que pour le haut enseignement qui vient de se rajeunir, pr6cis6ment en retrouvant le type oubli6 de nos vieilles universit6s dans ces universitds crd^es d'hier, deja florissantes,