Bordeu. Recherches sur Vhistoire de la medecine
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et qui sont, a vrai dire, bien moins une crdation qu'une renaissance.
On insiste et on dil : que nous importe votre trivium et votre quadrivium, noms barbares qui sentent d'une lieue leur moyen dge ? La vraie charte de Tenseignement populaire c'est le rapport de Condorcet a TAssemblde legislative, notre vraie tradition remonte a la Revolution et vous trouverez difficilement, dans les discussions de trois nos assemblies r^volutionnaires, T^quivalent, m^me la simple 6bauche, de votre septennat d'^tudes dtagees.
On ne remarque pas qu'une bonne classification des sciences, ce fut pr^cisdment ce qui manqua et a Condorcet et aux autres th^oriciens de T^ducation a r6poque de la Revolution. Autant que personne, j'admire le celebre Rapport, mais comment se dissimuler qu'il renferme un certain nombre de pages peu claires, embarrass6es, qui etonnent et qui detonnent sous une plume ordinairement sine tie etsi siired'elle-m^me? Condorcet, tanl6t tacitement , tant6t expressement se r^ftre a une classification des sciences fort d^fectueuse, a celle de Bacon, 16g^rement remani6e eta peine rajeunie, pard'Alembert, dans la preface de TEncyclopedie. II serait injuste de lui en faire un reproche : c'^tait la meilleure et presque la seule, a cette date. II fallait vingt-cinq ans de progres scientifiques, les travaux mieux connus de Lavoisier en chimie, le renouvellement des etudes physiologiques
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par Bichat, pour qu'il fiit possible a Comte, heritier et continuateur de Condorcet et de tout le xviii° si^cle, de nous donner enfin cette classification lumineuse si longtemps attendue, que Spencer de nos jours s'est vainement efforcd d'6branler et de discrdditer, non sans en conserver les grandes lignes, et qui restera comme la pierre angulaire de toutc p^dagogie future.
Cette grave lacune de son plan, nuln'en eut le sentiment plus vif que Condorcet lui-m^me, tout en s'efforgant de la combler par des palliatifs dont il se contente a regret et qui ne le contentent que m^diocrement. « Nous avons cru, dit-ii, devoir distribuer les sciences d'apr^s les m6thodes qu'elles emploient, et par consequent d'aprfes la reunion des connaissances qui existent le plus ordinairement chez les hommes instruits ou qu'il leur est le plus facile de completer. » Cet aveu d'empirisme est significatif. Le ton assez tranchant des explications qui suivent forme un contraste penible avec rindecision qu'on s'efforce de dissimuler, mais qui perce a chaque mot : « Peut-^lre une classification philosophique des sciences n'eut 6t6 dans rapplication qu'embarrassante et presque impraticable. » II pent sembler dtrange qu'un philosophe se fasse un m^rite d'un manque de philosophic. S'il donne enfin des apparences de raisons et des semblants d'arguments, on s'apergoit que c'est par une sorte de d^pit et d'irritation contre Tinsuffisance de la classification baconienne :
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« En effet, dit-il, prendrait-on pour base les diverses facult^s de Tesprit? Mais T^tude de chaque science les met toutes en activity, et contribue h les d^velopper, h les perfectionner. Nous les exergons m^me toutes a la fois dans chacune des operations intellectuelles. Comment attribuerez-vous telle partie des connaissances humaines a la memoire, a Timagination, h la raison si, lorsque vous demandez, par exemple, a un enfant de demontrer sur une planche une proposition de g6om6trie, il ne pent y parvenir sans employer k la fois sa memoire, son imagination et sa raison^ ».
Condorcet voit poindre pour airisi dire une autre classification p^dagogique des sciences d'apr^s la nature des objets qu'elles etudient. Ce sera plus tard Tentreprise philosophique de notre grand Ampere dont tout le g6nie et la vaste science, joints a un 6norme labeur, n'ont pu aboutir qu'^ une classification ddfectueuse, qui m^le ensemble les sciences et les arts, et dont les cent vingt-huit subdivisions ne peuvent Mre qued'une faible utilite pddagogique. Condorcet avait parfaitement note, cinquante ans d'avance, le c6t6 ruineux de Tentreprise d' Ampere: « Prendra-t-on pour base la nature des objets? Mais le m^me objet, suivant la mani^re de Tenvisager, appartient k vdes sciences absolument diffe-
1. Condorcet. Rapport et projet de decvet sur I' organisation generate de Vinstruction pubtique (proces-verbaux du comit6 d'Instruction publique de rAssembl6e legislative, publics et annotes par M. J. Guillaume, p. 197).
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rentes. Ces sciences ainsi classics exigent des qualit^s d'esprit qu'une m^me personne r^unit rarement, et il aurait 6te ivbs difficile de trouver et peut-6tre de former des hommes en dtat de se plier k ces divisions de Tenseignement. Ces monies sciences ainsi distribuees ne se rapporteraient pas aux m^mes professions, leurs parties n'inspireraient pas un gout ^gal aux m^mes esprits, et ces divisions auraient fatigu^ les 61^ves comme les maitres ».
Ce fut un trait de genie de Comte d'abandonner a la fois le sujet et Vobjet pour n'envisager dans sa classification que \euT rapport, qui est la science m^me. Analysons le fait m6me de savoir ou de connaitre. Qu y trouvons-nous ? Connaitre, c'est penser; penser c'est Tacte d'une intelligence, la fonction d'un esprit ; en d'autres termes, toute science est n^cessairement ToBuvre d'une intelligence, d'un esprit, ou, comme disent les philosophes, d'un sujet qui connait. Ensuite, savoir, c'est savoir quelque chose : Tintelligence ne pent pas plus s'exercer k vide que Testomac ne pent digerer a jeun. Chaque science a son aliment et son dl^ment: le g^om^tre ^tudie r^tendue, le physicien les proprietes de la mati^re, le physiologiste les fonctions de la vie. C'est dire que chaque science a son objet particulier et I'on entrevoit m^me que c'est surtout par leurs objets que les sciences different Tune de Tautre. Enfin, ilest ais6 de remarquer que la connaissance ne se r^sout
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cntierement nidansle sujet qui connait, ni dans Tobjei qui est connu ; elle est essentiellement rapport, relation, p6n^lration. Aristote disait que la sensation est Tacte commun du sentant et du senti; Todeur n'existe que par le contact de Tobjet odorant avec Torgane de Todorat. De m§me, la connaissance esl Facte commun de rintelligible et de Tintelligence ^ Telle, pour employer une comparaison de Tracy, la farine ne pent 6tre produite ni par le moulin tout seul, sans le froment, ni par le froment tout seul, sans le moulin. En supposant d'dgale valeur, ce qui n'est pas, les trois types possibles de classifications des sciences, on reconnaitra qu'au point de vue p^dagogique, cellede Comte est superieure aux deux autres. Ces rapports, dont Ampere faisaitaussi le propre de la raison, forment, cntrela nature otl'esprit, un monde intermediaire, une atmosphere intellectuelle toute peupl^e de ces « semences ailees », dont parte Jean Paul, que s^me Teducateur. Le savant est aussi, comme le poMede Platon, « chose sacree, 16g^re et ailee »; la vraie science affine et pour ainsi dire spiritualise Tesprit ; on s'apercevraquelque jour que, loin de nous enfoncer dans un ^pais mat^rialisnie, elle a pour principale fonction,.celle d'intellectualiser et d'id^aliserlamati^reellem^me.
Des traditions, it faut prendre non la lettre qui tue
1. Gf., pour plus de details^ nos Prinripes de philosophie scientifique et de philosophie morale, chap, ii, classification et hierarchic des sciences.
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mais I'esprit qui vivifie. Voyez nos ing^nieurs etablir un canal, unchemin de fer, une ligne t6l6graphique ou t616phonique : ils respectent les traditions m^mes de notre globe en suivant autant que possible, mais sans s'y asservir^troilement les grandes voies naturelles de communication qu'indiquent la direction des vallees et le cours des fleuves. Supprimons les mdandres trop capricieux et les sinuosit^s trop accentuees, mais par un chemin rectifi6, allons au m^me but que la nature et respectons ses indications : la pedagogic, c'est Tart de Ting^nieur appliqu6 au meilleur am6nagement de Tesprit.