Montesquieu. Lettres persanes^ Rhedi a Usbek, lettre CVI
L'ENSEIGNEMENT INTISGRAL, TH^ORIQUEMENT ARSURDE 195
quelle on doive ajouler pleine et enti^re foi. Et puis ceux qui magnifient Achille, Hector, Thes^e, Epaminondas, Xerxes, Alexandre, Pyrrhus, Annibal, Scipion, C^sar et tant d'autres, que font-ils, que publier les ravages et pilleries de ces fameux et terribles brigands ? — La m^decine n'est batie sur autre fondement que des experiences fautives et trompeuses, ou appuy6e et fortifiee que sur une d^bile crddulite des malades ; et n'est moins venimeuse que salutaire ; de sorte que souvent, presque toujours m6me, il y a plus de danger des rem^des et du m^decin que de la maladie m6me. — \j' astrologie et la divination, reveries, fadaises, attrapenigauds. Je confesse qu'^tant encore jeune, j'ai dcrit trois livres de la magie; ^squels tout ce que je puis avoir forfait par curiosity de jeunesse, je veux amender par cette mienne retractation ; car j'ai autrefois mal employe beaucoup de temps a ces vanit^s. — Les^r«m- 77iairiens sont semeuis de heresies, intervertissant les Ecritures et se montrant tr^s mauvais interpr^tes de ce qui est tr^s proprementdit. — Lajoo<?52>est un art invents pour enchanter les esprits insens(5s qui se delectent de fables et de mensonges, chatouillant et amadouant leurs oreilles par folatres rythmes, syllabes mesurees en vain sur des paroles bruyantes* ». Et cette lamentable enumeration se poursuit impitoyablement, tandis
1. v. Un medecin astrolocjue an temps de la renaissance^ par le D' H. FoUet.
id6 L'ENSEIGNEMENT INTfeRAL
que le bon g^ant de Rabelais, Garganlua, de sa voix tonnante et joyeuse, chante Thymne 6ternel de la pens6e et de la raison, de la renaissance des sciences et des arts. « Quedirai-je? Les femmes et fiUes ont aspir6 a cette louange et manne c61este de bonne doctrine... Par quoy, mon fils, je t'admoneste qu'emploie ta jeunesse abien profiter en etudes et vertus... Et quant k la connaissance des faits de nature, je veux que tu t*y adonnes curieusemcnt, qu'il n'y ait mer, rivieres, ni fontaine dont tu ne connaisses les poissons : tons les oiseaux dc Tair, tons les arbres, arbustes et fructices des for^ts, toutes les herbes dc la terre, tons les m^taux caches au ventre des abimes, les pierreries de tout Orient et Midi, rien ne te soit inconnu* ». Tadmirable programme d'enseignement integral que nous d6veloppe, avec un enthousiasme communicatif, le bon g^ant ! C'est ici vraiment le combat du jour et de la nuit, de la lumi5re et des t^n^bres, de Toptimisme gaulois et du pessimisme germanique. Le pauvre Agrippa joua de malheur: son pamphlet fut trouv6 peu orthodoxe ; « on le disait conlenir plusieurs choses d^rogans h Testat de TEglise et aussi aucuns poins sentant hdr^sie ». Son traducteurlui-m^me eprouve le besoin de se rassurer et de rassurer le lecteur par cette declaration significative du sous-titre : QEuvre qui pent profiter et qui apporte merceilleux contente-