Voyez notre: Rabelais a Lyon, p
ment a ceiix qui friquententla courdes grands seigneurs et qui veulent apprendre a discourir d*une infinite de choses contrairement a la commune opinion, Ce Jean Durand, M. Bruneti^re en conviendra, ne manquait ni de bon sens ni d'espril ; k tons les c6nacles de grands seigneurs, il faul un moyen commode de sesdparer du peuple, un art subtil et distingu6 de ne pas penser comme le vulgaire.
CIIAPITRE II
L'enseignement intigral est pratiquement
irrialisable.
M. H. Spencer compare ing^nieusement la science a Cendrillon. Elle cache dans robscurile des perfections ignor^es; elle fait tout le travail de la maison et c'est a son adresse et a son d^vouemeittque nous devons toutes les commodites et tous les agr^ments de la vie ; mais dans la familledes.dtudes on la confine obscur^mentau coin du feu, pendant que ses sceurs orgueilleuses et frivoles vont 6taler aux yeux du monde leurs toilettes et leurfard. Puis, par une contradiction dont je n'ai jamais pu pdn^trer le secret, M. H. Spencer, au moment ou il annonce que la « science, proclam^e la meilleure et la plus belle var^gneren souveraine* » se fait un malin plaisir de jeter le discredit sur la jeune reine. II n'insinue pas simplement, comme M. A. Fouillee, que Cendrillon ne s'est pas contentde de prendre une revanche legitime et que Torgueil, sinon la frivolite, a
1. n. Spencer. Veducation intellect uelle, morale et physique, p. 10 Ac notie traduction.
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passddu c6t^ de la science, mais ses insinuations n'en sont que plus graves, car il pousse la m6disance jusqu'a la calomnie, en declarant partout que si la science el la morality ne sont pas incompatibles, elles sont du moins elrang^res Tune h Tautre. Sa th^se n'est pas celle de J.-J. Rousseau: Tinstruction n'est pas ddclar^e malfaisante, mais moralemcnt inutile et impuissante. Quel rapport, demande-t-il, entre la facility qu'on acquiert dans r^cole d'dpeler les syllabes, de tracer des mots sur le papier blanc et la volont^ do bien agir dans la vie ? Quoi de commun entre la connaissaiice de la table de multiplicalion et le ddveloppement de nos tendances bienfaisantes et sympalhiques, entre une accumulation de renseignements g^ographiques et une conduilc franche et loyale? Ce n'est pas la pensee pure, c'est la passion qui module et qui meut nos instincts.
C'etait bien la peine d'dcrire un chapitre magistral pour d^montrer que les connaissances les plus utiles, les seules utiles, sont les connaissances scientifiques ! Une th^se ou Ton se fait a la fois Tapologisle et le d^- Iracteur de la science loge en elle, comme disait Socrate, son ennemi, c'est-a-dire la contradiction. La psychologie et Thistoire protestent: il est Ires vrai que rhumanite ne se conduit pas uniquement d'apres les idees pures, mais il n'est pas moins certain que Tidce est une force, la plus irresistible des forces, car elle agit conlinument tandis que la passion n'agit que par
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soubrcsauls et n'est elle-mfeme le plus souvent qu'une id6c incomplMe ou, comme disait Spinoza, inadequate. Notre histoire nationale n'est qu'unelongue demonstration de la puissance des id6es et des theories, et le xviii' sifecle particuli^rement n'a enfant6 la Revolution que par la recherche ardente d'une v6ritd toujours plus complete, non de la v6rit6 pure, niais de la vdrite appliqu^e, aimee aussi, non d'un amour purement platonique, mais d'lin amour qui veut rendre la v6rit6 f6conde. C'est Voltaire qui a le premier en France traduit et comments Newton. M. H. Spencer a beau declarer que Tenseignement moral est lui-m6me inutile, parce que les doctrines n'agissent pas directement sur la conduite : pour 6lre indirecte leur action n'en est pas moins efficace, puisqu'elle s'exerce immediatement sur les sentiments qu'ellesmodifient, puisqu'il faudrait fermer les yeux a r^vidence pourne pas voir que de nobles convictions peuvent inspirer de nobles sentiments et partant de nobles actions, soit a un homme, soit a un peuple. On ne comprend ce scepticisme que chez un Renan qui declare avec une s6r6nit(5 de contemplatif que, s'il avail le pouvoir de transformer le monde, il le trouve si curieux comme ii est, qu'il se garderait bien d'y rien changer.
Aux epoques de crises sociales on ne pense plus ainsi. On s^me Tidee avec ardeur, mais souvent trop lard pour qu'elle germe. Kn 1848, V Academic des sciences morales et politiques prit Tinitiative d'une sdrie
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de publications destinees aeclairer le peuple et a lutter contre le flot montant des « mauvaises doctrines ». Cousin r66dita J.-J. Rousseau et ecrivit un « cal6chisme philosophique », Thiers publia un livre surlaproprietd. Un pen d'incoh^rence r^sulta de la pr6cipitation : il ne faudrait pas a la fois defendre la propri^td et vanter J.-J. Rousseau qui Tattaque. Mais Tidee dominante etait juste : un enseignement sociologique, autant dire integral, puisque la sociologie domine toutes les sciences el les suppose, est necessaire au peuple ; reste a savoir si cet enseignement pent fetre instantand. Quand Tincendie delate on court aux pompes ; si elles n'ont pas 6te entretenues en bon dtat, le fleau poursuil ses ravages. A vrai dire, nous ne redoutons s^rieusement que les objections ou plut6t les difficultds d'ordre pratique. Par bonheur, la lecture anticip6e d'un fragment de cet ouvrage devant TAcaddmie des sciences morales et politiques a ddja ddmontrd avec une enti^re evidence deux choses : le vif intdrSt pratique que le public attache a la reforme de notre enseignement hardiment entreprise, puisque de nombreuses lettres demandant de plus amples explications me sont venues des c6t6s les plus opposes ; les objections nombreuses et v6h6mentes que ce projet soul^vera et qui se resument presque toujours par le mot thdoric, speculation, chimere, en tout cas, trop longs cspoirs, trop vastes pensces et, comme dit encore le fabuliste, « la mer a boire ».
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