Cours de philosophie positive, IV
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non la stability, est la loi ; rinaovation, non la routine, lemoyen;la rapidity des inventions, lemoteur. Nouveau chaos: la guerre de tons contre tons; agitation, trepidation, bien propres a'affoler les esprits et & d6s^qtiilibrer les cervelles. II faut toujour s'attendre, si Ton est commerQant, induslriel, simple ouvrier, a une rupture d'equilibre et a un sauve-qui-peut g^n^ral. Mais il est une chose qui r^gne sur ce chaos et plane sur ce champ de bataille, c'est la science, d'ou procedenl les inventions et les innovations, la science, qui separe incessamment les l^n^bres de la lumi^re, comme, k I'origine, Tesprit de Dieu qui soui&ait sur les eaux; la science, seul point de repere fixe el seule boussole sociale. Qui vivra sans cette conviction consolante, sera prive a jamais de sa part de s6r6n\i6 et de quietude dans Faction; les dv(^nements et les revolutions le prendront perp6tuellement au d^pourvu et sa vie ne sera qu'un cauchemar et un morne desespoir. Pas d'exception pour le plus modeste des ouvriers ; les incidences et les repercussions de ces brusques changements ne le heurtent pas moins violemment que le chef d'industrie ; il faut qu'il soit toujours pr6t a demdnager. Instruction ce sera de plus en plus pr^voyance : joindre k Tdcole les institutions de pr^voyance et d'assistance, ce n'est pas Talterer, c'est Tachever. L'enseignement professionnel est une excellente compagnie d'assurances ; mais seul, Tenseignement integral pent tout prdvoir et
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pourvoir a lout, parce qu'il dispose d'un capital do garantie in^puisable et inalienable.
Une derni^re consideration m^riterait d'6tre longuement d6velopp6e : il est salutaire qu'un enseignement th6orique, suffisamment prolong^, prepare I'apprentissage professionnel et permette a la fois de le rendre plus rapide et moins pr^matur^. Actuellemenl les families pauvres devancent de beaucoup le moment ou la veritable vocation se dessine. Le metier en souffre; il y a des sacrifies qui le font a contre-coBur. Tel est apprenti serrurier qui, en face d'un tableau ou d'une statue, aurait senti s'^veiller en lui la vocation artistique ; et tel est vou6 a rester toute sa vie un artiste mddiocre, un inutile, qui eut pu faire une excellent serrurier. Voila les vrais d^class^s. Qui n'a pas regu au depart et pour toute sa vie son viatique intellectuel, ira chercher Toubli au cabaret et se nourrira, fg^ute d'un aliment plus solide, de la viande creuse et de Talcool frelat^ des utopies sociales, se sentant pour ainsi dire desorbit^, frustr6 et comme alidn6 de sa part d'hdritage. C'est un mot bien profond que celui d'Aristote : s'il faut philosopher, philosophons ; s'il ne faut pas philosopher, philosophons encore. L'homme n'est pas seulement un animal politique, c'est aussi un animal scientifique. Le plus stranger aux questions m^taphysiques est presque toujours celui qui fait le plus de metaphysique : qui n'a pas « fait sa rh6torique » est volontiers amoureux de
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rh^torique, c'est-i-dire dupeur et dup^. Travaillons-donc a bien penser, non seulement parce que la pens6e fail notre dignity mais aussi parce que la pensde refoul^e vers sa source, loin de se perdre, va sourdre et jaillir ailleurs, sous la forme du rfeve ten^breux etmalsain.
Celte n^cessit^ de conlrebalancer les effels de la division du travail est si ^vidente et si urgente, qu'elle s'impose m^me aux orateurs charges annuellement de T^loge de Tenseignement professionnel. Relisez ce que disait Frederic Passy, d6s 1868, surcette antinomic de Tint^gral et du professionnel qu'on nous opposera toujours et qui, th^oriqucment, est cependant si facile k rdsoudre. A ne parler que du metier, au point de vue du mdtier, c'est-a-dire du salaire, disait-il dans un discours que j'abr5ge a regret, est-ce qu'il y a un metier au monde qui ne suppose des connaissances et qui ne gagne h ^tre fait moins machinalement? Ne fut-ce que pour pbser des pierres sur des pierres, par exemple, ne faut-il pas avoir quelques notions au moins el^mentaires de g6om6trie, de la sftret6, de la promptitude, du goiit m^me dans le coup d'oeil? C'est la main qui agit, soit; mais est-ce que la main, la m6me main, a la m^me valeur suivant que la t6te qui la dirige, la dirige bien ou mal, suivant qu'elle sait ce qu'elle fait ct ce qu'elle veut, ou qu'elle marche au hasard. « La soci6t6 n'est plus une organisation immuable dans laquelle chacun a son rang marqu6 pour la vie ; c'est une ar^ne ouverte a
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tous, dans laquelle rien n'arr^le les efforts legitimes dc celui qui veut avancer, rien, si ce n'est I'ignorance, la maladresse, et ces inevitables malheurs qui viennent daplushaut, maisdans laquelle aussi, par une inevitable consequence, rien ne preserve celui qui n'avance pas du desagrement d'etre depasse. Dans une telle societe, il faut etre en etat de suivre, en s'y pliant, les progr^s de rindustrie h laquelle on appartient. II faut que rhomme qui a vecu jusqu'a ce jour en taillant des pieiTCs ou en piochant le sol, puisse demain, si demain il s'ouvre a c6te de lui une source meilleure de fortune, se trouver, gr&ce aux connaissances qu'il a dans la t6te et a Tadresse qu'il a su donner h sa main, en etat de profiler de cette circonstance; il ne faut pasqu'il soitreduit a refuser de faire autre chose, de faire mieux et de faire davantage. Or, cela ne se pent qu'a la condition d'etre autre chose qu'une machine vivante et un outil qui parte ; a la condition d'etre vraiment Tanimal superieur, Tanimal qui pense et d'avoir accoutume sa main a etre une dependance de sa tete et de son coeur, sachant ce qu'elle veut et ce qu'elle fait* ». Nous interrogions la sociologie : Teconomie politique previent la reponse et nous donne raison. Ajoutons qu'il n'en est pas de Toeuvre scientifique comme de Tceuvre litteraire : celleci exclutpresque la collaboration et Ton ne pourrait pas
1. Society cVenseignement profesaionnel du Rhone, annee 1868.
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citer un chef-d'oBuvre qui soil Fouvrage de plusieurs; celle-la ne refuse aucun collaborateur, elle convie, au contraire, les plus modesles h roeuvre commune ; chacun apporte sa pierre et la tour s'6l6ve ; comme dil Bacon : « beaucoup passeront et la science s'accroitra ». C'esl un lieu commun de ciler les grands savants sortis des milieux et des 6coles les plus modestes : « Cette ann6e, disait Perdonnet, president de TAssociation polytechnique. en inaugurant, en 1864, TEnseignement professionnel du Rhone, le prix de cinquante mille francs, fond6 en faveur de la plus utile application de r61ectricit6, a 6t6 decern^ k M. Ruhmkorf. Pendant bien des ann^es, aucune ddcouverte n'avait paru digne de ce prix. C'est dans le cours d'adultes, c'est dans les livres que M. Ruhmkorf a puisd la science qui Fa conduit a obtenir cette magnifique recompense qui lui a dte donnee sur le rapport d'un homme, comme lai, fils de ses oeuvres, de Dumas, qui, debutant dans un emploi des plus modestes, est devenu par le travail, par T^tude, par Tintelligence, un des plus grands savants de notre ^poque*. » line autre v^rit^, moins souvent exprim^e mais non moins encourageante, c'est que, dans le champ de la science, il n'est personne qui ne puisse aspirer h glaner quelques^pis: dans nos Universites le veritable 6tudiant est toujours un chercheur, parfois un inventeur, dont la