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Ibid., 2* partie, chap

Bertrand. 3

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masses, le courage de Tesprit, tout cela se conserve mieux chez le travailleur, lorsqu'il n'est point bris6 par le travail, lorsqu'il a la vie un pen facile, avec quelques loisirs. »

Ceux qui r6unissent ces conditions d'une vie un peu facile et de quelques loisirs sont d6ja, je le sais bien, des privilegi6s, mais le nombre s'en accroitra de plus en plus si le progr^s et la civilisation ne sont pas de vains mots. II est une autre mani^re fort k la mode de vanter etd'aimerle peuple et qui ne manque pas d'originalit6. EUe consiste a ddpeindre sa condition comme une g6henne et une torture, un cachot et un enfer aux portes d'airain, h exalter et h discrdditer dans la m^me phrase le travail manueldonton fait Tapologie et Tapothdose, en m6me temps qu'on en ddnonce, dans de violentes diatribes, les abaissements et les servililds, sous prdtexte qu'ii ne fait que des mercenaires et des salaries, autant dire des esclaves. On se croirait revenu au temps d'Aristote declarant que la pensde est « fille des loisirs )), et que Thomme libre ne doit pas « courber sa droite stature aux rudes labeurs. » On dirait que le travail manuel est un ddshonneur et une fldtrissure. J'ai vu un etudiant s'driger naivement en hdros parce qu'il 6tait descendu dans I'enfer du travail et s'6tait fait bdndvolement et pour huit jours le compagnon de chaine des formats et des supplicids: prenant la lampe et les v6tements d'un mineur, il avait ose descendre au

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fond d'une mine et le pic en mains aitaquer le bloc de charbonet s'exposer aux coups du grisou. Quefaisaient pendant ce temps-lJi, lui demandait un de ses camarades, ddversant un pen d'ironie sur beaucoup d'h^roisme, ta femme malade et tes enfants en haillons ? II n'avait oubli^ que ce petit detail, Td-pre souci de la femme et des enfants, la noire perspective d'une vie enti^re de luttes sans remission contre la mis^re et la faim. L'idee d'une experience sociologique 6tait louable mais combien Texp^rience 6tait pen scientifique et peu concluante! Au lieu d'emprunter sa lampe au mineur, prMez-lui votre flambeau. Creusez votre puits ou exploitez votre mine, vous n'en serez que plus surement son compagnonde travail. Am6liorez sa condition par une plus Equitable repartition de Teffort commun ; faites-en votre egal non en empruntant son v6tement, mais en lui prMant votre science, la seule superiority qui puisse faire des envieux. Instruction c'est redemption. Je ne dis pas comme le poMe latin: heureux le paysan s41 savait son bonheur. Je ne crois pas au millenaire prochain de regalite parfaitedes conditions, mais jefeiicite ceux qui, ayant connu autrement que par une experience de laboratoire les mis^res du paysan et de Vouvrier, ont le ferme espoir qu'elles iront s'amoindrissant, qu'un peu de science nous eloigne d'eux et que beaucoup de science nous en rapproche. Pour se mettre h leur niveau il n'est nullementnecessaire de s'abaisser. Jem'in-

cline devant ies grands, disaii Fonienelle, mais mon esprit ne s'incline pas : I'esprit ne s'incline jamais ; voulez-vous faire du paysan et de Touvrier votre 6gal en lumi^reseten science, croyez qu'llTest; beaucouple disent qui n'en croient rien parce qu'ils confondent avec la science le fatras de leur6rudition. R^soivezce probl^me sociologique : une vie un peu facile et quelques loisirs au travail manuel, le probl^me corr61atif de I'enseignement integral se r^soudra de lui-ni6nie. Sur ce dernier point, T^galit^ r^v^e par le socialisme n'est pas loin de nous puisque nous la touchons du doigt.

Science et travail manuel sonl si peu incompatibles et h^terog^nes qu'ulopie pour utopie, si Ton devait choisir, il faudrait pr^ferer celle des Michelet et des

Tolstoi : au lieu d'arracher artificiellement au peuple

ses elements Ies plus intelligents pouren faire des « ou-

vriers de la pensde » en leur ouvrant une sphere pre-

tendue superieure, je convierais plut6t Ies savants et

Ies gens de lettres, Ies « c6rebraux » a se retremper

dans le peuple et a chercher dans le peuple la s^ve de la

vie, le rajcunissement et le renouvellement. Je n'irai

pas jusqu'a soutenir que le po^te entre deux chefs-

d'oeuvres, ou le savant entre deux ddcouvertes doit se

livrer a la confection d'une paire de souliers, mais Tex-

ploitation d'une ferme et la pratique d'un mdtier me

semblent ne pas devoir ^tre consid^r^es dans Tavenir

comme radicalement incompatibles avec la culture de

Tesprit. La division du travail social est une loi qui, pouss^e a rextrfeme, menace de d^truire ce qu'elle a fonde, le progr^s individuel et social : c'est la t4che de la liberty et de la science de r6agir contre cette loi dissolvante et, tout en la subissant, d'en pr^venir les consequences extremes : i< C'est ainsi, dit Comte, que le m^me principe qui seul a permis le d^veloppement et Textensiori de la society g^n^rale menace, sous un autre aspect, de la decomposer en une multitude de corporations incoh6rentes qui semblent presque ne point appartenir k la m6me cspece* ». La religion fut longtemps, et la science deviendra d6sormais le vrai lien des ames, la garantie de Tunite et de rhomogdneitd du « r^gne humain ». Puisque la science encyclop^dique est une chim^re, puisque la selection artificielle des capacitds scientifiques est un danger, il faut trouver une nouvelle solution.

Metlre a droite les^lus, a gauche les reprouv^s, d'un c6te les scories, de Tautre le mdtal pr6cieux, voila ce que r^vent quelques alchimistes imprudents de la science sociale. Un exc^s provoque un autre exc^s ; car la v6rite est une pointe subtile et le sens commun n'est pas si commun que Ton pense. Le rude dialecticien que nous avons deja citd nous viendra encore en aide. « Quoi! dit Proud'hon, vous n'avez de votre propre

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