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de la brute et qui seules permettent a I'homme de jouir pleinementde la vie. La plus grande baiaillenous resle h livrer, c'est la bataille centre les tendbres de Tignoranee* ». Plaintes contenues, revendications emouvantes, qui se terminent comme roraison d'un Iribuii antique : « Sflrement, disent-ils a leurs compagnons de travail, vous qui devez tant aux lutles et aux sacrifices de vos p^res, vous ne voudrez pas refuser d'encourager un mouvement auquel vos enfants devront de pouvoir se mettre au m^me rang que les enfants des classes riches et dclairees ». Dick Rembrantz a trouv6 des ^mules, des imitateiirs par milliers ; un mineur declare, en 1883, qu'il connait plusieurs personnes qui font six niiiles(plus de huit kilometres) pour se rendre auxcours de V Extension et qu'il y en a qui font jusqu'a dix milles. Groyez-vous que nos mineurs de Saint-Etienne et d'Anzin une fois reveilles de leur sommeil scienlifique n'accompliraient pas les monies miracles ?
Croyez-vous, d'aulrepart, que nos savants s'obstineraient a demeurer enfermds dans la tour d'ivoire de la science ? lis se feraient, comme Descartes et Comte, les instituteurs du pcuple; heureux ceux qui auraient a exposer devant un auditoire populaire des theories ou des theor^mes dont ils auraient, par surcroit, comme disait, avec une fine modestie, Tun d'entre eux « Fhon-
1 Max Leclerc. Le r6le social des Universites, p. 40.
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neur de porter le nom » ! Nos plus illustres professeurs d'Universit^ orit tien souvent prouv^ que ce nouvel emploi de leur talent n'aurait rien pour eux que d'attachant et de s^duisant.
Ce rapprochement dupeuple etdes savants s'accomplira : on rougirait mSme d'insister et de prdvoir trop d'objections. Le th^me pr6terait a la declamation, el c'estce qu'il faut scrupuleusement 6viter. J'aime mieux rdpondre a une objection moitid plaisante que j'ai entendue formuler: nos jeunes gens, dit-on, ne lisent plus ; la bicycletle a lu6 le livre ! Comme il n'y a rien d'insignifiant dans un sujet si grave, on dirait volontiers que du mal m6me sortira le remade et que le « cheval d'acier » deviendra un auxiliaire tr^s appreciable pour amener nos 61^ves, de Tatelier eloign^ ou de la fernie isol^e, aux cours de nos instituls.
5. Attirer et retenir la nouvelle clientele des ecoles sera, en effet, un d61icat probl^-me a r^soudre d'abord. II faudra eviter tout ce qui sent Tartifice et le charlatanisme. La difficulld est plus qu'a moitid rdsolue par tout ce qui a 6i6 dit des rapports deTenseignement integral avec Tenseignement professionnel. Loin de m^priser I'utilitarisme, on s'est efforce de Telever, de Tepurer. Dans r^tat actuel de noire nation et de Thumanite, ce qui est par excellence utile, c'est la science prise precisement dans ce que les esprits dlroits appellent des inutilit^s, c'est-a-dire ses theories, racine et tronc de toutes les
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applications. Peu h pen, Tattrait m^me de la science et r^mulation d^cideront les moins z^l^s h suivre Texemple contagieux de Tardeur pour les etudes. II y faudra bien quelque effort de persuasion et de predication : des missions seront n^cessaires. Mais n'oublions pas que, tout en d^sirant la quantite, nous tenons surtout h la qualite. 11 y aurait naivete a ne pas compter aussi sur Tattrait du dipl6me d'etudes int6grales ; ce sera une recompense honorifique et ce sera aussi, pour une foule d'emplois, une garantie exig6e. L'Etat ne s'infligera pas a lui-m6me un dementi, en refusant d'attacher ^ un dipl6me qui prouvera autantque la science, la volontd persev6rante et r^nergie du caractere, une tr5s haute valeur et, toutes les fois qu'il se pourra, une sanction. Si Tinstruction exig(5e pour les fonctions publiques, quelles qu'elles soient, est 6levee d61iber6ment de plusieurs degr6s, la France p^rira-t-elle, faute de fonctionnaires ?
Prenons deux exemples : ce diplOme, devenant en quelque sorte le doctoral des instituteurs, il ne sera que juste d'en tenir compte pour leur avancement et de decider ainsi ceux qui n'en seront pas encore pourvus b, le prendre par fragments, en y consacrant le nombre d'ann6es qu'il faudra. On ne pourrait Stre titulaire d'un poste d'instituteur dans un chef-lieu de canton, qu'aprcs s'6tre muni de ce litre qui est une garantie n^cessaire, puisquedans les communes importantcs Tinstituteurest le premier collaborateurde I'enseignement nouveau. Je
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ne pr^vois aucune objection de la part des inslituteurs. lis trouveront dans celte mesure un puissant stimulant au travail et laplupart prouvent tons les jours qu'il n'ont pas m6me besoin de stimulant ; pour tons le diplome sera une sanction n^cessaire et une rdcompensem^ritee. Autre exemple : si ennemi que Ton soit de la formule intolerante « forcez-los d'enlrer », on exigera ^galcment
de tons les ministres des religions reconnues par TEtat, pretres, pasteurs, rabbins, le diplome d'^tudesintegrales, c'est-a-dire sociales. De v^hementes protestations vont, a coup sur, s'6lever de toutes parts, auxquelles il faut rester resolument sourd et insensible. II ne s'agit pas de dire avec F6nelon : « Raison, Raison, n'es-tu pas le Dieu que je cherche? » lln'est pas question de decr^ter, apres Robespierre, le culte de la Raison. Non ; mais, qui a juridiction sur les consciences n'a pas le droit de se desinteresser de la science; et TEtat, qui n'est pas directeur des consciences, n'a pas seulement un droit mais un devoir absolu de sauvegarde et de protection. II chasse les empiriqucs et les charlatans ; il exige de ses m^decins des dipldmes et des garanties; il veille, par ses r^glemenls et ses lois, sur Thygitoe publique. Quelle tyrannic exercera-t-il done, quand il exigera des garanties analogues des pr6tres, des ministres et des rabbins, reconnus a ce titreparTEtat, et pay^s sur le budget de I'Etat. D'orthodoxie il n'est pas question ici : le dipl6me d'orthodoxic vient d'ailleurs ; mais TEtat laique a le devoir d'exiger
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do ceux auxquels il confie une part de son autoritd, la competence laique et scientifiqiie qu'il croit necessaire a qui regoit ce depot. Pourquoi ferait-il une seule exception ? On ne pent Mre fonctionnaire sans Mre suffisamment 6clair6 et instruit ; si ces lumi^res et cette instruction ne font pas defaut aux ministres de la religion, s'ils peuvent prouver qu'ils le possedent, en quoi serait-il hurailiantpour eux d'en fournir un temoignage
public, contr6l6 par TKtat? Ce n'est pas menacer, c'est relever tons les clerg^s : le profane ne s'arrogera pas une juridiction sur le sacr6, mais, ou I'Etat n'est pas vraiment laicise, ou les garanties qu'il rc^clame doivent 6tre exclusivement profanes, laiques. La troisi(ime alternative, c'est qu'il n'exige aucune garantie : donnons-lui son nom, c'est une abdication pure et simple. Saint Bernard cite I'autorit^ du prophc^te Osde qui met ces paroles dans labouche du Seigneur: « Puisque tu as r^pudie la science, moi, a mon tour, je te repudie: tu n'es pas digne d'etre mon prc^tre ! » II est vrai qu'Osde n'est qu'un petit prophete.
Quand on parle ainsi, il faut se r6signer a Taccusation de commettre un attentat contre I'esprit m(^taphysique et un sacrilege contre la conscience religieuse. C'est la faute d'une situation Equivoque et dangereuse de Tesprit public, aussi bien chez les gouvernants que chez les gouvernds. A Tesprit humain nous attachons bien, selon le prdcepte de Bacon, des
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semelles de plomb, pour le retenir sur Ic sol, mais non des liens de fer pour Ty river : qui se sentira des ailes prendra toujours son vol, a ses risques et pdrils. Nous n'altaquons ni ouvertement ni sournoisement aucune religion; nous disons seulement: les emplois civils exigent tons un minimum, fixd par TElat, de connaissances scientifiques, car TEtat moderne est fonde exclusivement sur Tesprit laique, sur la science, II eUt ete bien ais6 k Tauteurde ce livrc de faire une belle profession de foi,non pas religieuse sans doule, mais du moins ui6taphysique, afm de rassurer les esprits timor^s. Mais que prouve une profession de foi ? Le lecteur serait, en veritd, bien edifid, si je lui disais, avec Franck, philosophe spiritualiste, que la vie future me parait « aussi certaine que la vie pr6sente »; ou, avec Barthelemy Saint-Hilaire, que la question de la spirituality de Tame « fait sourire le philosophe qui Ta cent fois resolue ! » Ces certitudes dogmatiques, ces solutions definitives ne sont valables que pour celui qui se les est donnees et qui a gagnd, a la sueur de son front, le pain de son intelligence.
Yraisemblablement, les melaphysiques etles religions continueront, comme par le passe, a donner a la science impersonnelle son coefficient personnel, parcc quel'homme ne cessera jamais d'etre un animal, je ne dis pas simplement politique, mais metaphysique et religieux, et aussi parce que Toeil humain n'est pas une
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r6tine ou uii miroir, mais un regard; parce que, gris ou bleu, sec ou humide, clair ou voild, Toeil de chacun dc nous est loujours un organe vivanl, nonune lunette ou une glace sans tain ; il a sa lumi^re propre et cette lumi^re, en ^clairant Tobjet, le colore aussi.