A. Fouill6e. Veducaiion au point de we national, p
Mais, pour qui replace loute chose dans son milieu humain et s'est fait une habitude de la perspective mn^monique, le chanvre ou le bl6, la plume ou le pincoau rec5lent, sous leurs formes mat6rielles, une ^me d'humanit6 qu'il ne pergoit jamais sans dmotion. Un laboratoire n'est materiellement qu'un assemblage de produits, de fourneaiix et de cornues: 6voquez seulement Tombre de Lavoisier et la mati^re et les instruments s'6clairent du reflet d'une vie et d'une pensde. Dans le panneau de la Chimie, dont M. Puvis de Chavannes a d6cor6 la Biblioth^ue publique de Boston, le creuset ou s'accomplit la reaction chimique n'est pas ce qui fixe le regard du spectateur: c'est la curiosity inqui^te, Tanxieuse attente peintes dans le regard et Tattitudc de la f(5e et des g^nies qui suivent, des yeux de la pensde, plus encore que des yeux du corps, la mystericuse operation ; il scmble que le creuset mat6riel n'est quo le symbole d'un autre creuset iddal et magique, ou se sont d'abord prdparees et accomplies les combinaisons.
On se complait parfois a d^crire Tetonnement d'un Pythagore et d'un Aristote, s'il leur 6tait donn6 de revenir au monde, de contempler nos inventions et de visiter nos laboratoires : quelque chose du frisson qu'ils dprouveraient doit passer dans nos moelles, quandnous remontons le cours des ^ges pour y retrouver Facte de naissancc des verites qui ont rendu possibles toutes les
inventions et toutes les d6couvertes dont nous sommes a si bon droit orgueilleux, carle veritable laboratoire ou s'dlaborent les sciences c'est Tesprit humain dans son pass6 plus encore que dans son present. Cette p6rennite de la science, il faut la faire senlir aux eleves. L'ecueil sera sans doute de tomber dans Thistorietie et I'anecdote: Tunion de la science avec Son histoire doit 6trc fusion et combinaison, non simple melange, un hymen legitime, non une union passag^re. Je me souviens que Taine, sur les bords du lac d'Annecy, me disait apropos de son livre sur Tlntelligence : « Je ne desire pas qu'on 1'^ludiedansnos classes de philosophic et vous ne me faites qu 'un faible plaisir en m'assurant qu'il est devenu presque un livre classique ; la veritable classe de philosophic, c'est une histoire philosophique des sciences. » Taine n'entendait pas sans doute qu'on dut m^ler, sans discretion et sans gout, la science et son histoire : un hors-d'oeuvre historique ne servirait qu'a ralentir Fexposition du professeur eta troubler Tesprit de Tdleve. II ne saurait pas davantage 6tre question d'erudition et de curiosites archdologiques. Mais il est des Veritas scientifiques, dit Descartes, quisont des batailles gagn6es : racontezdonc aux jeunes gens les principales et les plus h6roiques de ces batailles. M. Fouill^e, apr^s avoir critiqu6 finement certaines legons de chimie et de geologic quine sontque de s^ches enumerations et d'interminables kyrielles de definitions et de notions sans lien, fait admirableraent
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ressortir les avantages de la m^thode historique, employee avec un gout siir et un discernemenl judicieux: (( Vous inl6ressercz ainsi les jeiines gens aux r^sultats m6mes dos sciences, et vous d6velopperez chez eux I'esprit scientilique, au moyen de Tenthousiasme pour la conqu^tc dela vdrite; vous leur ferez comprendre la puissance duraisonnement quia amen6 les d^couvertes actuelles et en am5nera d'autres. Quel intdret prendraient Tarithmdlique et la g^om^trie, si on joignait un peu de leur histoire a I'exposition de leurs principales theories, si on assistait aux efforts des Pylhagore, des Platon, des Euclide, ou plus tard des Vi^te, des Descartes, des Pascal, des Leibniz! Lesgrandes theories, au lieu d'etre des abstractions mortesetanonymes, deviendraient des v^rit^s vivantes, humaines, ayant leur histoire, comme une statue qui est de Michel- Ange, comme un tableau qui est de Raphael ^ ». Le conseil est a coup sur excellent pour nos Colleges et nosLycdes actuels; mais la methode s'impose absolument pour notre enseignement integral qu'il faul rendre d'autant plus ^leve, humain, et, si j'ose dire, aristocratiqiie, qu'il s'adresse davantage au peuple. C'est dans Tordre scientifique surtout quil est bon de proclamer que les morts gotivernent les vivants et que rimmortalit^ subjective n'est pas une simple figure : Platon et Aristote, Descartes et