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A. Fouillec. U education au point de vue national^ p

CONCLLSIONS: PLAN DE L'ENSEIGNflMENT NOUVEAL 279

Leibniz vivent el respirent parmi nous dans un peuple de savants.

La perspective de la durde doit s'entendre de Tavenir aussi bien que du pass6. La provision n'est qu'une memoire orientde vers le futur. Cette consideration de la continuity de la pens^e dans le temps, si on la pousse un peu loin, est tr6s propre a corriger les tendances trop utilitaires de notre temps et, peut-6lre, a faire renaitre le gout de la pure speculation. « Si, par des vues trop 6troites, on voulait exclure les sciences qui paraissent de pure curiosity, ou s^parer, dans chacune, ce qui est utile de ce qui ne Test pas, on nuirait a cette utility m^me, et on verrait bientdt qu'au lieu d'avoir 6carte les speculations, on n'a fait que consacrer des erreurs et des routines imparfaites*. » Condorcet eclairait sa pens^e par des exemples qu'on pourrait multiplier a rinfmi ; lorsque les g6ometres grecs decouvrirent, dans recole de Platon, les courbes connues sous le nom de sections coniques, pouvait-on deviner qu'un jour elles serviraient a calculer les mouvements des astres, a en connaitre le cours et par consequent a rendre la marche des navigateurs moins incertaine et moins perilleuse ? L'horlogerie a Aix ses progres aux recherches sur la cycloide, dont les singuli^res proprietcs avaient pique la curiosite de tons les geom6tres. Les ennemis des theo-

l. Condorcet, Rapport cite.

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ries auraient-ils devincS que I'fitude des gaz nous revMerait Tart dc blanchir les toiles ; que Texamen des ph6nomc^nes que pr^sente un morceau de verrc frott6 avec la main nous apprendrait h nous preserver de la foudre ; que robservaiion des soubresauls d'une grenouille serait le principe de la pile 61ectrique el de toules les merveilles de la t6l6graphie et de Telectricit^. A quoi bon poursuivre cete 6numdration ? Si le pass6 est gros de Tavenir, la sp^^culation est grosse des applications. Le livre de la science a des pages qui paraissent blanches, oil des yeux plus perspicaces ddcouvrent des caract^res traces avec Tencre sympathique: ce sont les th^oriciens et les sp^culatifs qui ont ^crit ces pages ; un peu de patience et le reactif de Texp^rience vous en revelera, avec la signification profonde, le sens pratique. II ne s'agit pas d'apprendre a tous Tart de ddchifFrerdes palimpsestes et de traduire des hi6roglyphes,mais il estd'une supreme importance, pour Tavenir de la science fran- Qaise, que le peuple acqui^re et conserve le respect de la th^orie, le sens des hautes speculations et ne fasse pas comme Tenfant, qui ne songe ni k la r^colte procliaine ni a Tutilitd des oiseaux, quand il ren verse le nid et brise les oeufs prMs d'^clore.

Avant de developper notre troisi^me principe p6dagogique, il importe de rappeler deux mesures auxiliaires que nous empruntons a Comte, sans presque les modifier. On sait que, pour favoriser I'dducation des ouvriers,

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que le metier m6me expose a des d^placements frequents, il demandeque le m^me syst^mede coursaient lieu sur tous les points du territoire et que la patrie soil partout et pour tous la mdmem^re, la m6me 6ducatrice. Les m^mes cours, c'est parler sans nuances, et c'est trop dire : en substance, en theorie, ils sont les monies partout, mais, selon les rdgions, les applications, les preoccupations professionnelles les teintent et les colorent diversement. On les comparerait volontiers a une carte colorize de la France: chaque province, chaque region industrielle ou agricole, a sa teinte particuli^re qui la fait reconnaitre au premier coup d'opil, mais c'est toujours la France, une et indivisible. On pent se figurer une extension internationale de Texcellent principe de Comte : un jour viendra peut-^tre, ou Funiformite de Tenseignement scientifique permettra, non seulenient de faire son tour de France, mais de faire son tour d'Europe et d'achever, en Angleterre ou en AUemagnc, un cours d'etudes commence en France. J'ai dans ma biblioth^que le curieux manuscrit dun cours professe a Montpellier au xvni^ si^cle par le m^decin Chirac, et r^digd par un auditeur cosmopolite, Locke peut-etre, qui 6tudia vers cette ^poque la m^decine a Montpellier, car le manuscrit vient d'Angleterre: quelques legons sont r6digees en latin, d'autres en anglais, le plus grand nombre en frangais. Voila Timage des cahiers de notes des dtudiants de Tavenir, mais

d'un avenir malheureusement lointain. Ce qui nous louche de plus pres, c'est la preoccupation de notre arm6e nationale : il faut, puisque le service est obligatoire pour tons, corriger la caserne par T^cole. Les agriculteurs progressistes ont suppriin6 les jach^res : une annee, Irois annees de jachferes cdr^brales, c'est beaucoup trop. Deux heures de cours par semaine ne tueront pas la discipline etn'emp^cheront pas le service dans Farm^e. II suffira d'une entente entre les chefs de Tarm^e et les chefs de 1 ecole. Qu'on ne dise pas que cette entente est impossible : il y a peu d'ann^es, assistaient aux cours et conferences de la Faculty des Lettres de Lyon deux dl^ves de TEcole Normale superieure qui prirent le grade de licencids, tout en faisant leur service militaire, rdduit a un an. C'dtait, j'en conviens, une faveur s'ajoutant a un privilege, mais la mesure gendralisde ne sera plus ni faveur ni privilege : Touvrier qui abandonne pendant trois ans son metier pour la caserne a bien droit a quarante heures par an de loisirs intellectuels.

La seconde mesure auxiliaire que rious empruntons a Comte est la regie de Tdchange et de Talternance des cours par les professeurs, en vue de Tunitd parfaite de vie et d'esprit dans Tenseignement. Le musicien qui dirige une fanfare n'est pas necessairement un virtuose et un compositeur de haute vol6e, mais il est necessaire qu'il sache enseigner et diriger tous ses instruments.

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Seulement, Comle se r^ffere ici k I'id^al de la philosophic positive et ii est a craindre que le pbilosophe id^al ne se rencontre que rarement. Ce n'est pas assur^ment le type unique du boo profcsseur. Exiger des professeurs introuvables serait une imprudence et un non-sens. Autre chose est d'avoir ^tudi^ une science, autre cbose de la poss^der assez a fond pour renseigner avec autorite. Tout professeur n'est pas capable de I'effort de condensation philosopbiquen^cessaire & renseignement nouveau, surtout sur les matitres auxquelles il n'a pas sp^cialemenl consacr^ sa vie et eoncentr^ ses recherches. Admettons TaUernance comnie un id^al ; mais, dans la pratique, restreignons-Ia aux sciences similaires et de m6me ordre : 11 faut que le m6me professeur puisse enseigncr toutes les sciences math^matiques et astronomiquos ; ou toutes les sciences physiques, chimiques et biologiques; ou toutes les sciences sociales et morales. Demander davantage ceseraitn'6vilerlessp6cialit6sque pour tomber dans les g^n^ralittSs : toute la vertu de la m^thode se resume dans la prfeision, d'ofi r^snlte I'autorit^; propre a tout, dit La Bruy&re, propre a rien. II suffit, pour qu'il y ait unit6 de vie et continuity didactique, que tout professeur ait parcouru le cycle des sept sciences ; il n'est pas n6cessaire qu'il soil en (5tat depromouvoir chacune d'elles. II peut les enseigncr toutes, mais il ne les enseignerait qu'a son corps di5fendant, en cas d'urgente necessity,

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3. J'ai hdte d'exposer le principe du cloisonnement, donl le nom m'esl sugg^r^ par cette juste et charmante comparaison de M. L. Liard : « Dans TUniversite, dit-il, les Facult6s, tout en restant individuelles, ne sont plus compartiments stanches et impenetrables. Comme ceux des fruits cloisonnds, ces compartiments distincts ont des parois communes et perm6ables, et tons s'ouvrent sur le m^me coeur. » Voici deux exemples: h r^tude de Fastronomie, ou plus simplement de la cosmographie se joindra, comme n'en dtant sdpar6e que par une simple cloison permeable, Tdtudede la g6ographie ; a Tc^tude de la sociologie s'unira intimement, et pour la m^me raison, Tetude de Thistoire, puisque ces deux sciences ont des rapports, non de voisinage simplement, mais de penetration rdciproque et de mutuels ^changes.

On pourrait s'dtonner a bon droit de ne voir figurer dans notre tableau des etudes, ni la gdographie, dont nous avons expid si ch^rement Tignorance, ni Thistoire qui est une des conqu^tes de notre si^cle et une de ses gloires . On sait m^me que Raoul Frary fait de la geographie la gdndratrice de touteslesconnaissances utiles. II est done tres important de montrer comment, loin de la sacrifier, notre plan Thieve a la dignite de science et la rapproche de Tastronomie par des anastomoses, si Ton pent parler ainsi, qui dtablissent entre ces deux sciences une circulation et des echanges, et non en vertu du

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principe de Jacotot, si banal et si dangereux ea pedagogic : tout est dans tout.

Si la geographic n'ost pas une st^rie de probt^mos k r^soudre, tuais une galerie de tableaux itexhibcr.ouun repertoire de fails coramerciaux et de renscigneraents politiques a tenir il jour, nous ne saurons efTectivement oil placer la geographic, car elle sera parlout et nulle part. Mais, si la definition qu'en donoail d^jA Strabon, <• la g^ograpbie est T^lude des rapports de Thomme avcc la terre, •> resle la plus juste, celte science a pour principal objet de nous faire voir comment le systfime de la terre se rattache par d'intimes rapports au systeme dumonde. II faut, pour cela, que la terre soit con^ue corame uii systeme et que I'eiude en soit pr^sent^e systematiquement. Est-ce bien ainsi que nos gSographes con(;oivcnt I'^tude de la terre? Pas tons assuremenl, mais tons ceux qui ontftcoeurd'enseigneruHe science et nondes fragments epars, des episodes decousus d'une pseudo-science, a On choisira, dit M. Marcel Dubois, les traits esscntiels d'une philosopbie eleviSe et non pas seuiemcnt les faits capables de remplir les casiers de rencyclopedic. Mais on n'est pas Hbre de disposer des elements, erapruntes a doses variables, dans un ordre inspire par la fantaisie des reminiscences; on n'a pas ce droit, parcc qu'il est defendu de placer, soit dans une description, soit dans une etude analytique les effets avant les causes. » Une geographic respectueuse de I'ordre mfime

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do la nature suppose done la gdologie ; une geologic implique une theorie du double mouvenient de la terre ; cette theorie depend h son tour d'un plus vaste syst^me, celui du soleil, des 6toiles et des plan^tes r6gis par la gravitation universelle, bref, la gdographie serattache,sansaucunarbitraire,al'astronomie, M. Marcel Dubois poursuit : « Peut-on admettre que, dans la description d'un pays, Tdtude des c6tes soit plac^e au premier rang ? Je dis non, parce que les c6tes sont la faQade du relief interieur, parce que, pour prendre un exemple connu, notre littoral mediterraneen restera inexpliqu^, si vous n'avez dit d'abord ce que sont les Pyrenees, les Alpes, la vall6e du Rh6ne lui-m6me, car le Rh6ne remanie ce littoral par ses alluvions*. » Pour 6tre « logique et significative », cette description doit done 6tre report6e apr^s Texamen de la composition gdologique, de Thydrographie des eaux, de la force, exactement dos6e, de « Tassaut des vagues. » Alter des causes aux effets, c'est introduire dans la geographic Tesprit scientifique, c'est en finir avec ces st^riles et fantaisistes nomenclatures qui faisaient prendre en aversion la plus attirante des etudes : les Frahgais ne savaientpas la gdographie, comme ils ne savent pas les langues vivantes, pour une seule et mfime raison qui est

1. Marcel Dubois. Du rdle de la geographie dans I'enseignemenf et dans I'education.

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qu'on ne la leur enseignait pas. On la leur narrail a batons rompus et en anonnant.

II est si peu dans notre plan de n^gliger les dtudes geographiques qu'il les reclame absohiment pour deux raisons, Tuned'atilit^, Tautre de m^thode. Achevanlle cycle des etudes math6mathiques et astronomiques, les connaissances geographiques fournissent d6j5, une anthropologie et une sociologie provisoires, et apportent un dI6ment d'int6r^t direct et comme un souffle humain dans des etudes qui seront toujours, quel que soit le talent des maltres, aust^res et arides, exercices ndcessairement fatigantsde doigte et d'assouplissement. En outre, elles montrent le lien des explications aux applications, fortifient la confiance de I'^l^ve en la science qui, de si haut le ram^nesi bas et lui fait contracter Thabitude de voir, dans les effets, les causes et, dans les dv^nements, les lois. On salt que, pour 6difier son encyclop^disme geographique, Raoul Frary s'appuie sur un texte de Cournot qui est, en effet, tr^s bien choisi et excellent a citer: « Si Ton passe en revue chaque contr6e, en faisant connaitre la nature du climat, la structure du sol, les richesses naturelles qu'il poss^de, les mceurs et les lois des populations qui I'habitent, surtoutleur industrie et leur commerce, en insistant davantage, comme de raison, surlescontr^es avec lesquelles nousavons nousm^mes plus d'affinites do moeurs et d'institutions, plus de relations de commerce et d'affaires, on aura institu6

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ronseignement qui donne, sous la forme la plus attrayante, le plus de connaissances directement utiles, au point de vue de notre 6poque. Si done, le principe de Futility immediate et pratique devait un jour pr6valoir, au prejudice de la culture litteraire et au prejudice de rhistoire elle-m^me, dans les procdd^s de Tinstitution secondaire (car il s'agirait alors de proced6s d'instruction plus que de m6thodes et d'etudes), nul doute qu'un enseignement g6ographique, compris de la sorte, n'y dut tenir une grande place, peut-6tre m^me la place principale )>. Le paradoxe de Raoul Frary renferme un enseignement philosophique : il est tr^s vrai qu'au terme du cycle des etudes mathdmatiques et astronomiques, la geographic est comme un ach^vement et un couronnement provisoire ; elle annonce I'approche de ce qui n'est d^ja plus Toeuvre de Thonime, comme la science, mais Thomme m^me ; par des considerations de races, de peuples, de rapports de I'homme a la terre, au sol, aux climats, et, comme disait Hippocrate, « aux eaux, aux airs et aux lieux » elle est deja une sociologie ebauchee et une morale provisoire. Mais il ne faudrait pas prendre le bout d'une etape pour le terme du voyage : Tendroit ou la vallee se resserre et semble 6tre barr^e par la masse imposante d'une montagne, s'appelle, en divers pays, « le bout du monde », mais ce n'est qu'une illusion orgueilleuse des habitants qui, eux-m^mes, n'en sont pas dupes.

Les crainles que Ton pouvait concevoir a Tendroit dc rhistoire vont aussi se dissiper, a moins qu'on ne consid^re rhistoire comme un roman v^ridique de cape et d'^p^e etune enumeration interminable de r^gnes et de batailles. II est des g^ographes et des historiens qui meriteraient qu'on leur appliquat le mot : ce quine vaut pas la peine d'Mre dit, on le chante ; ce qui ne vaut pas la peine d'dtre su, ilsTenseignent avec un grand luxe de details et, pour ainsi dire, a grand orchestre de science et d'erudition. lis ne comptent pas assez sur les livres : rhistoire, a-t-on dit, de quelque mani5re qu'on la raeonte, fait toujours plaisir ; c'est dire qu'ayant Tintdret d'un poeme, elle renferme certaines parties qui rdclament bien moins un enseignement systematique que des lectures bien dirigees. Le livre en apprend toutautant que le professeur et le professeur n'est alors, sous pr^texte d'histoire, qu'un orateur ou un narrateur. Nous aimerons toujours les beaux recits et les beaux discours, mais ce n'est pas sans raison qu'on a supprim^ a la Sorbonne les chaires « d'eloquence » et les chaires dc « po^sie » grecques et latines. Dans le haut enseignement, rhistoire est devenue une science munic d'outils et de laboratoires pour la recherche ; dans Tenseignement moyen une re^volution analogue s'op^rera, dont il est facile de noter les signes prdcurseurs ; Thistoire dcviendra de plus en plus une sociologie exp^rimcntalo. Elle est faite, disaiont los ancions, pour racontcr, non

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pour prouver. Raconter toujours, sans d6montrer jamais, ce serait, pour Thislorien, s'exposer a s'entendre intcrpeller comme le lecleur d'Athalie par le gtom^tre : qu'est-ce que cela prouve ? Cela prouve que Racine est un admirable 6crivain et un excellent peintre des passions humaines et ce n'est pas pen de cliose : mais j'ai sous la main le livre de Racine ; je n'ai pas le droit d'exiger qu'on me repr^sente Atlialie, sinon au Thedtre- Frangais ; ce serait m6me tr5s hasardeux, sur certainos scenes, et tr^s onereux. Les historiens, en devenant sociolognes sans cesser d'etre historiens, ne courent aucun risque et n'ont rien a perdre : ils ^taient des 6rudits et ils seront des savants.

L'histoire, disait-on jadis, estle r^citdes 6v6nements qui se passent chez les peuples et entre les peuples. L'histoire, dit Littr6, fidMe disciple de Comte sur ce point, est la recherche des conditions qui font que les 6tatssociaux succ^dent les uns aux autres dans un ordre determine. L'histoire, ajouterons-nous, est le mode d'experimentation de la sociologie. Qu'on ne prenne pas ce terme d'exp^rimentation dans un sens vague ou restreint ; experimenter, ce n'est pas toujours modifier volontairementlesphenomi^nes sur lesquels on op5re et dont on s'efforce de comprendre la liaison ou le groupement, c'est ossenliellement les soumettre a I'^preuve d'une idee directrice, qui leur donne un caract^re rationnel et scientifique. Assurement, dans un sens, le

pass6 est mort et ce n'est que par m^laphore que Thistoire est une resurrection, mais, si Thistorien ne peut pas plus modifier les c^v^nements passes que Tastronome le cours desastres, il peut essayer des hypotheses explicatives qui deviendront des Veritas d^montrdes ; est-ce que Le Yerrier eut a modifier les orbites plan^taires pour d^couvrir « au bout de sa plume » la plan5te qui devrait porter son nom ? Guide par une id6e directrice, il faisait une hypothese, la verifiait par le calcul, experimental t idealement ; un obscur astronome de Berlin vit le premier la planete dans le champ de son telescope. Un fait est toujours bon a enregistrer mais je comparerais volonliers certains « decouvreurs » qui ne sont pas des inventeurs, aux astronomes qui ont eu la joie de donner leurs noms obscurs a ces fragments de planete qui circulent dans la region du cicl situee entre Mars et Jupiter, corps lumineux mais sans gloire, qui ne sont que les debris d'une grande planete qui s'est, dit-on,briseejadis. Voici done, en pen de mots, comment il faudrait concevoir les rapports des etudes historiques et sociologiques. La sociologie est une science d'origine frangaise qui a fait son tour d'Europe et n'est rentree que d'hier sur le sol natal. En butte a d'incessantes attaques elle a aussi d'ardents defenseurs : les premiers affectent de la confondre avec le sociaiisme, par un deplorable jeu de mots, qui trahit un pen d'ignorance et beaucoup de mauvaise foi ; les seconds la compromettenl parfois,

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tantoten lui donnant pour t4che de d6finir, scolastiquement, le « fait social » ou de construire, m^taphysiquement, la « cit6 moderne », tantot, en Fobligeant a se faire physiologic et a d^crire les fonctions de « I'organisme social » sans sesouvenirdu mot de P.-L. Courier <( qui nous d^livrera de la metaphore? » Ne serait-il pas plus simple de dire : la sociologie que nous enseignerons, science de la structure et du d^veloppementdes soci<§i6s, sera une histoire scientifique qui, au lieu d'aller du pass6 au present, remontera du present au pass^ en vue d'etablir des lois qui nous permettenl de prevoir et de pourvoir. Elles rangera les faits historiques tant6t en s6ries lin^aires, telles que chacun d'eux resiilte de ceux qui le precedent, tantdten sysl^mes organiqucs tels que ious ceux qui font partie de ces syst6mes, elantr^ciproquement causes et eflfets, fins et moyens, s'expliquent par leurs relations reciproques et aboutissent a des theories qui nous permettent d'anticiper Tavenir. Sices formules paraissent arides, qu'on emprunte a Taine sa peinture, je n'ose dire sa definition, des lois historiques et sociologiques * : « Au bout de peu de temps, Thistorienembrasserad'un regard Tensembledes faits qu^elles gouvernent ; il ne les verra plus comme des formules abstraites, mais comme des forces vivantes, mfeldes aux choses, partoutpresentes, toujours agissanles, v^ritables

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