‹ L'enseignement manuel de l'enfant dans l'école primaire [microforme]Chapitre 3 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CoNGRÈS INTERNATIONAL D’INSTITUTEURS AU HAVRE.

Le congrès international d’instituteurs eut lieu au Havre du 6 au 10 septembre 1885. Il comprenait plus de deux mille membres ; aux instituteurs français s'étaient joints des Anglais, des Belges, des Suisses, des Autrichiens, des Italiens et jusqu’à des Américains,

Le congrès fut ouvert par M. Goblet, alors ministre de l’instruction publique en France, et, dans son discours d'ouverture, le ministre signala comme très importante, ‘“ tant au point de vue social qu’au point de vue pédagogique,” la question du travail manuel dans l’école primaire,

À cette époque, 1485, la question du travail manuel, dont nous avons vu M. Corbon proclamer l'importance dès 1880, avait cause gagnée. Personne ne cntestait alors la nécessité d'adjoindre à l'enseignement primaire le travail manuel avec le maniement des principaux outils, de façon à former de bonne heure le goût ot la

à j 8 L'ENSEIGNEMENT MANUEL DE L'ENFANT | main del l'enfant, et à le mettre à même de choisir le genre de par ji métier"îe plus convenable à ses aptitudes, act: || La plupart des nations de l’Europe avaient devancé la France à l’ il dans l'organisation du travail manuel dans l'école, aussi, les insti- pro ll tuteurs étrangers devaient-ils apporter un concours bien précieux que j | aux travaux du congrès, qui allait avoir à traiter plusieurs ques- nor | tions, relativement au travail manuol. gne ll Ces questions étaient : ni 4 1° Le travail manuel doit-il prendre place dans l’enseignement mêt ll primaire ? être nil 20 En quoi consistera cet enseignement ? Quels en seront l'objet sen ll et le caractère ? de t 1 || 3 À qui sera-t-il confié, à l’instituteur lui-même ou à des maîires [e nil étrangers à l’école ? en 2 h || Avant d’être discutées en assemblée générale du congrès, ces L pi] uestions furent examinées, attentivement étudiées par une section Lap L || u congrès. Les travaux de cette section furent relatés dans un les f h || rapport fait par M. René Leblanc, ancien directeur de l'Ecole Ck Lil normale spéciale de travail manuel, à Paris, 1° || Dans ce rapport nous lisons : “Les adversaires momentanés du enco | principe du travail manuel s’y rallieront dès qu'ils voudront bien MI (| réfléchir que c’est comme procédé pédagogique qu’on leur propose tnt | de l’employer. C'est donc à la base de l'enseignement qu'il faut faire | placer les exercices manuels, com] [| ‘“ En effet, mettre entre les mains de l'élève la matière et l'outil, 20 || c'est répondre à ce besoin d'activité qui précède et provoque l'ac- : {| tivité intellectuelle, Lee | (| “Nos collègues de la Suisse, de la Pelgique, de l'Italie, ont Me Li apporté une aïde précieuse aux partisans du travail manuel en le É & £ à montrant Comme moyen de haute moralisation.” 4 + À La section à l’unanimité, moins deux voix, rép''ndit oui à la pre- à hs mière question. k pe 5 En réponse à la seconde, le rapport dit que cet enseignement Li Le dr consistera dans l'introduction aux programme : de connaissances et ie d'applications pratiques. “ Ces connaïssances et ces applications se all pê || complètent mutuellement, elles forment un tout dans lequel chaque 3° $ A .

‘| partie a un côté commun: celui qui demande le concours de l'œil prime | fi et de la main. quels ! “ C’est ainsi que le croquis, le dessin, le modelage, les exercices Jus h de menuiserie, d’ajustage, compiètent l’enseignement des éléments donne k de sciences mathématiques, et que les manipulations et les travaux pour Ê agricoles forment une partie importante de l’enseignement des verezÿ 20tions des sciences physiques et naturelles et de leurs applications nérie, i à l'agriculture, à l'hygiène et à l'industrie.” 4°. | & La section était d'avis, pour répondre à la troisième question, “ Tous || que l'enseignement manuel devrait être confié aux: instituteurs ; temps | É mais elle reconnaissait qu'en l'état, les instituteurs n'étaient pas par se Ë encore aptes à le donner, Aussi le rapport ajoutait : “ Il faut pré- nos élè

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parer les instituteurs à l'enseignement manuel, L'organisation actuelle suffit à atteindre ce but ; le dessin, le modelage, les travaux à l'atelier, au laboratoire et au champ d'expérience. font partie du programme obligatoire des écoles normales. Il suffit donc d’appliquer les règlements pour que chaque élève-maître sorte de l'école normale convenablement préparé et capable de transporter l'ensei- S&nement manuel dans l’école où il sera envoyé en qualité d’adjoint.”

En attendant que les instituteurs fussent capables de donner euxmêmes l’enseignement du travail manuel, cet enseignement devait être donné, sous la surveillance de l'instituteur, par des ouvriers présentant toutes les garanties désirables de Capacité, de moralité et de tenue. .

Ce rapport, dent nous venons de donner les grands traits, fut lu en assemblée générale, et la discussion suivit immédiatement,

Les adversaires de l'enseignement manuel avaient chargé M, Laplace, instituteur dans la Dordogne, de présenter les raisons qui les faisaient s’opposer à cet enseignement,

Ces raisons se résument ainsi :

1° L’instituteur a un programme très chargé, en y ajoutant encore, on risque de nuire au résultat des études, En effet, disait M. Laplace : “ L'école primaire doit donner à chaque enfant le minimum des connaissances nécessaires à tous. Quand elle pourra faire davantage, elle le fera, mais elle devra, se demander si elle ne Compromet pas le nécessaire pour accorder le superflu.”

2° Dans l’école on ne doit pas susciter chez l'élève des aptitudes pour une profession. “Je ne sais pas, ajoutait M. Laplace, s'il appartient à l'instituteur de laisser le goût de l'enfant se porter sur telle ou telle branche, bien souvent à l'encontre des vœux du père de famille, Et le nombre des métiers pour lesquels nous pourrions faire ainsi naître des vocations est si restreint que, si cet effet était produit, il y aurait dans ces professions surabondance de sujets et disette dans les autres, Nous desservirions ainsi bien des familles, Le droit de susciter et de diriger la vocation appartient sans réserve ali père de famille.”

3° Les travaux manuels sont inutiles sinon nuisibles à l’école primaire. Si cependant, ils pouvaient rendre quelques services, quels seraient les moyens d'exécution ?

Jusqu'au moment où les instituteurs eux-mêmes seront aptes à donner l’enseignement manuel, il faudra faire appel à un ouvrier pour donner des leçons. ‘ A un, à trois, Ou à quatre; car qui trouverez-vous dans un village qui fasse à la fois le découpage, la vannerie, les troillages, le tournage, le modelage ? ”

4° L'enseignement manuel dans l'école est très impopulaire, “ Tous les pères, selon M. Laplace, appelleront cet enseignement du temps gaspillé, Ils compteront avec quelque raison que trois heures par semaine, c’est une demi-journée... Et quand nous occuperons nos élèves à gâcher de l'argile ou à faire des cages, les pères s’in-

| 10 L'ENSEIGNEMENT MANUEL DE L'ENFANT surgeront, et tel qui voudra faire de son fils un cardeur de matelas in il où un marchand de chevaux, viendra nous dire: “Pour Dieu, int {| Monsieur, dispensez mon enfant de tous ces travaux où il se fatigue d't 1 et se salit inutilement.” mes al Telles furent en résumé les raisons données par les membres du 1 h | congrès opposés à l'introduction de l’enseignement manuel dans nu | l'école primaire. ler fac || CHAPITRE III En à || CONGRÈS INTERNATIONAL D’INSTITUTEURS AU HAVRE.—(Suite) Le | Ceux des membres du congrès qui considéraient comme un progrès Le à || essentiel l'introduction de l’enseignement manuel de l'enfant dans qua h || l'école primaire, exposèrent ensuite leurs raisons. En voici le une h | résumé :

| | Pour la plupart des partisans de cet enseignement, le travail La h | manuel est une question d'éducation intégrale ; c'est une question la r ÿ || pédagogique. Mil à | D'autres le considèrent comme un besoin de l'enfant qui a besoin ga : ù | de travailler des doigts comme il travaille de l'esprit, doit È | Selon un grand nombre, le travail manuel doit devenir la base sort h || de l’enseignement de l'école primaire, qui, tout en développant tral h || l'esprit par l'instruction générale, le cœur par l’enseignement moral, lon û | doit développer le corps par la gymnastique et par le travail ma- L (| nuel. Ils ajoutaient que l’instituteur a non seulement Le droit, mais son à le devoir de sonder l'esprit de ses élèves et d’éveiller leurs aptitudes frui À || naturelles. on « D. M. Sluys, directeur de l’école normale de Bruxelles, déplore qu’en léur à Belgique, comme en France, l'éducation intellectuelle occupe à peu prés h | près tout le temps que l’élève passe dans l’école, On néglige par ce O | | système de développer une des facultés de l’homme : l’habileté dans il manuclle. Desr h | ‘{ L'enseignement actuel, ajoutait-il, étant purement intellectuel, Boss || a pour effet de produire facilement des théoriciens ; il nous faut de l’ p | des hommes armés de théorie, mais qui soient en même temps pra- ce sc LI tiques dans les questions des travaux manuels.” dans 1h M. Sluys ne se dissimule pas la difficulté d'introduire cet enseigne- g'arg à ment dans l’école primaire, Il faudra du temps, bien des années, pu . hi peut-être, avant qu'il y soit organisé complètement, Mais ce résultat réell h n'est pas impossible à atteindre ; l'exemple de la Suède eu est la de qu | meilleure preuve. En Suède, ‘“ dans une école d’abord, deux écoles, To |À trois écoles, ensuite, on a introduit l’enseignement munuel ; quelques nuel I} hommes ont préparé des instituteurs, en créant des cours tempo- intro IL raires ; une école normale spéciale a été créée à Nüüs, par M. Abra- engei {| hamson, et la cause de l’enseignement manuel est actuellement ï gagnée dans ce pays. On est arrivé à ce résultat par l'initiative des vérité

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d'habitants, et il y a actuellement Auit cents écoles où le travail manue! est enseigné.’

Et dans ces écoles, la valeur scientifique et morale, loin de diminuer, s’est accrue, ‘parce que chaque fois qu'on introduit dans l’enseignement des connaissances nouvelles qui développent les facultés d'observation de l'individu et sa valeur technique, c'est au profit de toutes les branches sans exception et surtout de la moralité.”

L'enseignement du travail manuel a donc été introduit en Suède et sur une grande échelle,

En Italie, cette question a été discutée et adoptée par un congrès international d’instituteurs. Ces instituteurs comprenaient que quand on veut développer les facultés physiques du corps, il est une des parties de ce corps, la plus importante, la plus admirable : la main, qui a besoin d’être élevée, qui a besoin d'être exercée. Sans l'enseignement manuel dans l’école, que fait-on pour l'éducation de la main ? #“ On lui enseigne, dit M. Romuldo xray, instituteur à Milan, à tenir une plume ; mais, Messieurs, on n'écrit pas toute sa vie, les ouvriers auront très peu à écrire dans la vie; la main doit être exercée de bonne heure à manier un outil ; vos enfants sortent des écoles très mal préparés pour la vie; je dis que c'est une trahison envers l'enfant que de lui faire perdre du temps pour le lancer ensuite dans la vie sans être préparé.”

L'enseignement manuel doit être donné à l'enfant dès le début de son éducation dans l’école élémentaire, pour qu’il porte tous ses fruits. Là, en l’appropriant aux capacités intellectuelles des enfants, on obtient des résultats surprenants, parce que cette occupation leur plaît considérablement par les côtés intéressants qu’elle leur présente.

On a eu la preuve des bons résultats de l'enseignement manuel dans une exposition qui eut lieu à Besançon avant le Congrès. M. Desmoulins, conseiller municipal de Paris, en parle ainsi: ‘ A Besançon, des écoles avaient exposé leurs produits ; il y en avait de l’école maternelle qui est bien autre chose que l'école primaire : ce sont les plus élémentaires de nos classes élémentaires ; €h bien ! dans l'école maternelle, on a su accoutumer les mains des petits garçons, des petites filles, à des travaux textiles variés. Vous avez pu voir sous ce rapport, dans quelques expositions, des choses réellement merveilleuses, et ce sont les œuvres des petits enfants de quatre ou cinq ans.”

Tout en étant convaincus de la nécessité de l’enseignement manuel, plusieurs membres du congrès avaient l'air de redouter son introduction dans l’école primaire, par suite des difficultés de cet enseignement,

M. Chateluin, instituteur en Suisse, leur dit avec une grando vérité : “ Messieurs, il s’agit avant tout de nous prononcer sur une

question de principe : le travail manuel est-il bon à introduire dans l'école élémentaire ? Lorsque vous aurez affirmé d'une manière formelle votre volonté, vous trouverez vous-mêmes les moyens d'exécution.”

D'autres raisons, excellentes aussi, mais que nous ne pouvons pas citer, furent encore données. Puis le congrès passa aux voix.

La résolution qui lui était soumise était la suivante :

‘ Le congrès reconnaissant que le travail manuel doit faire partie intégrante d’un bon système d'éducation générale, puisqu'il contribue à développer l’activité, l'observation, la perception et l'instruction, émet le vœu qu'il soit introduit le plutôt possible dans les écoles primaires élémentaires,”

Cette résolution fut adoptée à une grande majorité aux applaudissements prolongés des membres,

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